Il y a deux semaines, en réaction à la diffusion de mon billet de blogue sur LinkedIn, j’ai reçu deux réactions stimulantes. Je vous partage aujourd’hui les éléments en lien avec la visualisation des distorsions électorales, en commençant par des commentaires supplémentaires sur des visualisations déjà discutées. Je termine sur une nouvelle proposition d’Essi Parent, selon moi la meilleure représentation des distorsions électorales.
Dans un prochain billet, je m’attaquerai à la visualisation des résultats électoraux comme tels.
Encore des diagrammes circulaires
J’avais bien deviné au lendemain des élections: si l’article du 6 octobre de Mélanie Meloche-Holubowski sur Radio-Canada ne représentait pas les distorsions électorales, c’est qu’au lendemain Daniel Blanchette Pelletier publiait comme en 2022 les résultats de sa simulation de la répartition des sièges si la réforme du mode de scrutin avait finalement abouti.
Je dois avouer: je suis déçue. En 2022, les schématisations des sièges de l’Assemblée nationale étaient reprises côte-à-côte pour faciliter la comparaison. L’exercice était même repris pour les quatre élections de 2008 à 2018.
Cette fois, les schématisations n’apparaissent qu’une après l’autre au début de l’article dans la section en défilement immersif (scrollytelling, merci OQLF!), rendant la comparaison plus difficile. Les voici ici côte-à-côte.
Cette année, pour comparer non seulement les deux compositions de l’Assemblée nationale selon le mode de scrutin entre elles, mais aussi avec la répartition du vote populaire, Daniel opte pour des diagrammes circulaires, comme les graphiques de La Presse j’avais critiqués dans mon dernier billet. Je ne répéterai pas pourquoi c’est une mauvaise idée.
Pour des diagrammes à barres empilées encore plus clairs
Il y a deux semaines, j’avais préféré la visualisation de données du Devoir à celle de La Presse à cause de son usage de diagrammes à barres empilées. En réaction au partage de mon billet sur LinkedIn, mon amie lyonnaise Claire Nourry m’a dirigée vers un billet qui contenait une représentation similaire, mais encore plus claire sur un point.
Claire m’a pointée vers un billet du géographe politique Arnaud Brennetot sur le blogue The Conversation. Il concerne les élections sénatoriales qui avaient lieu en France le 27 septembre 2026. Le premier graphique d’Arnaud représente une autre forme de distorsion électorale: la surreprésentation des communes moins populeuses dans le collège de délégué·e·s qui élisent le Sénat. Pour ce faire, il choisit deux diagrammes à barres empilées, comme l’avait fait Sarah du Devoir.
Même si je crois qu’Arnaud aurait pu choisir un titre plus clair pour le diagramme de gauche («Poids démographique dans la population totale»?), j’apprécie particulièrement les pointillés reliant les limites des barres équivalentes d’un diagramme à l’autre. Ils permettent d’évaluer plus facilement l’évolution des barres du milieu.
Voici ce que ça donnerait sur le graphique de Sarah. Encore plus facile à lire, non?
Quelle n’a pas été par la suite ma surprise de voir dans le commentaire suivant sur LinkedIn le graphique dont j’attendais la mise à jour avec les résultats électoraux plutôt que les prédictions électorales!
Source: Parent, Essi. Commentaire sous la publication de Marie Léger-St-Jean, «[Lundi, c’était jour d’élection au Québec…]», LinkedIn, 7 octobre 2026.Essi ne s’est pas arrêté là. En continuant à réfléchir à la meilleure façon de représenter le choix du peuple québécois et sa traduction par le mode de scrutin, il a atterri sur le diagramme suivant. Il s’agit d’un diagramme de Sankey. J’ai découvert ce type de visualisation dans la couverture électorale de la BBC qui l’utilise pour représenter le transfert des voix d’un parti aux autres. Je l’ai ensuite employé dans le cadre de ma recherche en histoire du livre.
Par contraste avec les autres représentations des résultats jusqu’ici, Essi part de la population totale du Québec plutôt que seulement des bulletins de vote valides. Trois catégories de personnes exclues des autres visualisations sont donc représentées en gris dans la moitié du haut sur le diagramme d’Essi: les personnes n’ayant pas droit de vote, celles qui se sont abstenues et celles dont le bulletin de vote a été rejeté.
La portion plus colorée du diagramme correspond aux données qu’on retrouve dans les autres visualisations. En bas à droite, c’est un peu comme deux diagrammes à barres empilées verticales, mais avec un espacement entre chaque barre. Plutôt que les barres soient reliées par des pointillés, comme ci-dessus, le lien se fait avec une surface colorée plus pâle que les barres et délimitée par des lignes courbes. On voit ainsi plus clairement que les 13% du vote populaire obtenus par la CAQ s’amincissent jusqu’à n’en produire aucun siège.
Vous pouvez lire l’analyse d’Essi, accompagnée de plusieurs autres graphiques, sur le premier billet de blogue du nouveau site Web pour ses prévisions électorales, Votovision. Notez qu’il modélise également les élections de samedi en Colombie-Britannique!
Source d’inspiration française
Je vous laisse sur la visualisation de données qui m’a le plus inspirée dans le billet d’Arnaud, auquel je référais ci-dessus.
J’ai appris que ce type de représentation s’appelait une carte à symboles proportionnels. Elle permet de représenter au moins deux valeurs pour chaque symbole (ci-dessus, pour chaque département français) en plus de le localiser géographiquement sur une carte:
la taille du cercle
le nombre de grands électeurs ayant voté pour des candidatures de droite et de centre-droite dans ce département
la couleur du cercle
la proportion que représente le nombre ci-dessus par rapport au nombre de votes exprimés par les grands électeurs dans ce département
Je me suis demandée ce que je pourrais faire avec une telle carte dans un contexte québécois. Quand une idée qui me semblait parfaite m’est venue, j’ai fait appel à d’anciens camarades pour m’aider à la réaliser. Je vous montre ça dans mon prochain billet.
Vous, comment visualiseriez-vous les résultats électoraux sur une carte à symboles proportionnels?
En ce lendemain d’élections, l’envie m’a prise —et surprise!— de reprendre la plume et de publier comme d’antan sur ce blogue. L’objet de cette envie inopinée de communiquer? Quelques commentaires sur la visualisation de données électorales dans les médias québécois, plus particulièrement sur les distorsions du mode de scrutin uninominal à un tour. Si c’est mon premier billet qui se consacre pleinement à la #dataviz, j’ai noté en 2018 la nécessité que la marge d’erreur des sondages soit représentée sur les graphiques et en 2019 l’existence des cartogrammes comme solution pour contrer les distorsions visuelles des cartes électorales traditionnelles.
Source: Philips’ “Simplex” Chart of Parliamentary Representation, 1892. Cambridge University Library, 1892.7.1447.
J’ai appris depuis, à l’automne 2024, que ces «cartes traditionnelles» s’appellent en fait des cartes choroplèthes. À la recherche d’un sujet pour mes conférences scientifiques à l’été suivant en discipline d’histoire du livre, je suis en effet tombée —à ma grande surprise!— sur un cartogramme britannique datant de la fin du XIXe siècle. Quoi? Les cartogrammes ne sont pas une invention du XXIe siècle propulsée par le Web?
En passant, la situation n’a pas changé depuis 2019, quand j’avais remarqué l’absence de cartogrammes dans la couverture des élections fédérales après de beaux exemples pourtant aux provinciales de 2018: aucun des médias que j’ai consultés n’offrait de représenter les résultats électoraux sur un cartogramme plutôt que sur une carte choroplèthe. Faites signe si vous aimeriez que j’en fasse un billet.
Ainsi, même si je me suis éloignée tant de la politique que de la visualisation de données depuis la pandémie, l’intérêt pour l’application de ce champ d’expertise aux données électorales ne m’a donc jamais complètement quittée.
Déni démocratique et visualisation de données
Revenons donc à nos moutons québécois du XXIe siècle. Pour moi, le fait le plus marquant de la soirée a été la distorsion électorale menant un parti qui a obtenu plus de voix que Québec solidaire (QS) à se retrouver sans siège à l’Assemblée nationale. Ça rappelle le sort du Parti conservateur du Québec (PCQ) en 2022 qui s’était également retrouvé le bec à l’eau malgré ses 13%.
Il appert que j’ai des convictions démocratiques plus fortes que mes valeurs de gauche parce que j’avais trouvé que c’était un déni démocratique impardonnable, et potentiellement même dangereux. Quand toute une gang vote pour un parti et que ça ne donne rien, je la comprendrais de commencer à se sentir légitime d’abandonner les urnes et de contempler la violence… M’enfin…
Déceptions
Comme cette distorsion était pour moi l’aspect le plus important de la soirée, j’étais surprise aujourd’hui de ne voir aucun graphique la représentant dans l’article de la journaliste de données Mélanie Meloche-Holubowski sur le site de Radio-Canada. Peut-être qu’on y prépare un article spécifiquement sur le mode de scrutin avec des simulations, comme en 2022?
Notons au passage que j’apprécie la rigueur et la transparence du diffuseur public dans son journalisme de données. Ces articles se terminent toujours par une section méthodologique. Suit une liste de toutes les personnes y ayant contribué, donc journaliste, chef·fe de pupitre ainsi que tous ceux et celles qui se sont chargées du design, du développement, de la révision linguistique et de la coordination.
Parlant de rigueur, pourquoi pas se munir de définitions?
visualisation de données
ensemble de méthodes permettant de résumer de manière graphique des données statistiques qualitatives et surtout quantitatives afin de les rendre plus facilement interprétables (Wikipédia, Office québécois de la langue française)
journalisme de données
mouvement visant à renouveler le journalisme par l’exploitation de données statistiques et leur mise à disposition, souvent à l’aide de visualisations (Wikipédia)
En quête de représentation des distorsions, j’ai bien trouvé un graphique sur le site de La Presse dans un article de Megan Foy, mais il emploie des graphiques circulaires, ces diagrammes en pointes de tarte qu’on appelle «camemberts» outre-Atlantique. Je croyais que c’était pourtant bien connu que ce type de diagramme est une mauvaisefaçon de comparer des proportions lorsqu’il y a plus de deux ou trois secteurs.
C’est d’autant plus traître quand on est pognés avec pas moins de TROIS partis en nuances de bleu!!! J’ai déterré un billet de blogue de 2018 dans lequel je militais déjà «pour une CAQ mauve pour éviter la confusion dans les visualisations!», et ce, avant même que le PCQ bleu marin ne se taille une place dans les visualisations. L’émission de sketchs Like-Moi! en avait justement fait une parodie, que j’avais oubliée.
Bref, La Presse devrait peut-être se doter d’un·e véritable journaliste de données.
Meilleures visualisations
Le site de prévisions d’Essi Parent que j’ai consulté au cours de la campagne m’a habituée à un graphique qui visualise plus clairement les distorsions électorales. Chaque parti y est représenté par une flèche partant du pourcentage de votes pour se rendre jusqu’au pourcentage de sièges, les deux valeurs s’exprimant sur le même axe horizontal. Les partis dont la flèche pointe à droite seraient surreprésentés à l’Assemblée nationale, selon ces prévisions, tandis que les partis pour lesquels elle pointe à gauche seraient les perdants du mode de scrutin actuel à cette élection.
Selon les prévisions d’Essi, le Parti québécois (PQ) et le Parti libéral du Québec (PLQ), donc le gouvernement et l’opposition officielle, devaient sortir gagnants des distorsions électorales. La Coalition avenir Québec (CAQ) devait être la plus grande perdante avec 19% des voix pour 10% sièges (donc surestimation de la prévision par rapport aux résultats). QS devait également souffrir du mode de scrutin, mais dans une moindre mesure, avec ses 10% des voix qui donneraient 4% des sièges. Le PCQ devait s’en tirer quitte.
Comme j’apprécie son graphique, j’avais bien hâte qu’Essi le mette à jour avec les résultats de la soirée électorale!
Mon complice d’autrefois en politique partisane, MartinPM, m’a toutefois dirigée vers Le Devoir qui, grâce à la journaliste de données Sarah Boumedda, présente un meilleur graphique que La Presse. Sarah a opté pour deux diagrammes à barres horizontales empilées plutôt que des diagrammes circulaires.
On est en mesure de comparer tellement plus facilement les résultats en termes de sièges et de votes pour le PQ, puis on saisit beaucoup mieux la différence pour les partis suivants grâce aux libellés qui indiquent les pourcentages.
Une seule petite erreur: il manque la décimale à «15%» et à «28%». En effet, il faut indiquer la décimale même si c’est «0» parce qu’elle indique le degré de précision du nombre. 15,0% ≠ 15%.
Notons par ailleurs que ce degré de précision n’est pas pertinent dans le cas présent étant donné que chaque valeur demeure distincte même si on l’arrondit. En effet, dans les taux de vote, les «12,4%» de QS deviendraient «12%», ce qui est différent des «13%» que deviendraient les «13,3%» de la CAQ.
Efficacité du vote
On y revient donc: plus de gens ont voté pour la CAQ que pour QS, et pourtant elle se retrouve sans députation. Pourquoi?
Pour comprendre pourquoi QS est désavantagé dans le mode de scrutin uninominal à un tour, mon billet de 2018 est toujours d’actualité. L’explication d’Essi Parent sous son graphique suggère pourquoi la CAQ l’est encore plus à cette élection-ci:
Le scrutin uninominal amplifie le parti en tête et pénalise les appuis dispersés.
En 2022, la CAQ était le parti en tête. Comme le rapportait Radio-Canada dans son article de journalisme de données, cette fois signé Daniel Blanchette Pelletier:
Avec seulement 41% du vote populaire, la Coalition avenir Québec a fait élire une forte majorité de députés, soit 90 des 125 élus (72%).
Cette fois, la CAQ ne disposait pas de cet avantage, et ses appuis ont toujours été «dispersés», c’est-à-dire qu’on vote pour elle au même taux un peu partout. Par contraste, le vote de QS est très concentré au centre de Montréal, rayonnant à partir du métro Berri-UQAM vers le nord jusqu’à Crémazie sur la ligne orange et vers l’est jusqu’à Viau sur la ligne verte.
Le vote de QS était également assez concentré dans Sherbrooke pour remporter le siège, ainsi que dans Taschereau et Jean-Lesage, où se trouvent les quartiers les plus densément peuplés de Québec.
Toutefois, dans la majorité des circonscriptions, les candidatures QS ne figuraient pas au palmarès des trois plus populaires et donc n’apparaissaient pas dans les infographies de la soirée électorale de Radio-Canada. Néanmoins, ce n’est pas en arrivant troisième partout —comme on pourrait caricaturer les résultats de la CAQ— qu’on fait élire une quelconque députation.
Demande(s) spéciale(s)
Même si Le Devoir offre une meilleure visualisation que La Presse, j’espère qu’Essi Parent prévoit mettre à jour son graphique à flèches avec les résultats de l’élection.
Et pourquoi pas le reproduire pour chaque élection depuis 1998, comme ces diagrammes à bandes verticales dans l’article de Mélanie Meloche-Holubowski qui présentent l’historique du nombre de sièges pour chaque parti? En plus des cinq «grands partis» que les médias ont suivi toute la campagne, le dernier graphique en bas à droite nous rappellent la montée fulgurante de la députation de l’Action démocratique du Québec (ADQ) en 2007 et sa chute vertigineuse dès l’année suivante.
Par ailleurs, Philippe J. Fournier de Qc125 n’a cessé de répéter aux ondes de Radio-Canada que jamais dans toute l’histoire canadienne, tant au palier fédéral que dans les élections provinciales —et territoriales? il n’a pas précisé, je crois— un parti n’avait remporté une élection avec moins de 30%. Le PQ n’a obtenu que 28%. Heureusement qu’il forme un gouvernement minoritaire, autrement ce serait absolument scandaleux.
Pour revenir au journalisme de données, j’ai cherché sur le site du Soleil, auquel je ne suis pas abonnée, mais n’ai rien trouvé, pas plus que sur le Journal de Montréal ou The Gazette. Est-ce que c’est moi qui n’ai pas assez fouillé? N’y a-t-il que Radio-Canada et Le Devoir qui emploient des journalistes de données au Québec?
Avez-vous vu passer d’autres visualisations des distorsions électorales dignes de mention? Connaissez-vous d’autres exemples aberrants dans les pays utilisant le mode de scrutin uninominal à un tour hérité des Britanniques? Et désirez-vous que j’approfondisse le sujet des cartogrammes? au XIXe siècle ou au XXIe siècle?
Maintenant qu’on a terminé le tour de la Grande-Bretagne (Angleterre, pays de Galles et Écosse), on traverse la mer d’Irlande pour couvrir la dernière nation constitutive du Royaume-Uni.
L’Irlande du Nord est dernière au sens à la fois de plus récente et de plus petite. Avec ses 18 sièges, elle pèse moins que deux fois moins lourd que le pays de Galles dans la Chambre des communes. Toutefois, c’est probablement plutôt en raison de son système partisan complètement différent qu’on n’en parle que très peu.
On connaît surtout l’Irlande du Nord pour les violences sectaires de la deuxième moitié du XXe siècle. D’ailleurs, juste choisir le drapeau à inclure dans ce billet pose un enjeu. La Ulster Banner est utilisée par les loyalistes et les unionistes; les démonstrations républicaines déploient plutôt le tricolore irlandais ou la croix de saint Patrick.
J’y vais donc du logo de l’assemblée de l’Irlande du Nord, qu’on appelle généralement Stormont par métonymie (et qui ne siège pas depuis trois ans parce que la méfiance règne entre les partis, mais ça c’est une autre histoire). Il met à l’honneur six fleurs de lin d’un très joli bleu pour symboliser les six comtés historiques de l’Irlande du Nord (nous y reviendrons) et l’importance de la culture du lin dans son histoire (ça, je laisse à d’autres).
Notons que j’évite d’utiliser les dénominations religieuses parce que quand j’ai demandé à 18 ans au tout premier Nord-Irlandais que je rencontrais s’il était catholique ou protestant, je me suis fait dire: «You’re rude!». L’Anglais qui est apparu derrière m’a montré sans le savoir la marche à suivre. Il a posé la question sous cette forme:
Are you Unionist or Republican?
J’ai donc su qu’il était unioniste (en faveur du maintien de l’Irlande du Nord dans l’Union britannique) plutôt que républicain (en faveur de son rattachement à la République d’Irlande au sud). En apprenant à connaître un peu mieux le jeune homme en question durant cette vibrante semaine du Parlement international de la jeunesse d’Oxfam, j’ai su qu’il était également protestant et qu’il s’impliquait dans un parti progressiste unioniste non sectaire, regroupant donc des gens des deux communautés.
En 2010, j’ai pensé l’avoir vu comme candidat à la télévision durant l’interminable soirée (nuit) électorale. Après avoir épluché les pages Wikipedia de chaque circonscription, je ne le retrouve pas comme candidat et ne peux que conclure que je l’ai halluciné…
Une île, deux pays (depuis un siècle)
Comme l’Écosse divisée en 32 council areas, l’île d’Irlande est divisée en 32 comtés traditionnels. On les appelle «traditionnels» parce qu’ils remontent à l’Invasion normande de l’Irlande à la fin du XIIe siècle (ça c’est 200 ans avant la naissance de William Wallace, aka Mel Gibson dans Braveheart). Cette invasion s’est limitée au sud-est de l’île, donc ce n’est pas avant le XVIe siècle qu’est apparue la carte ci-dessous.
En vert émeraude, on voit les 28 comtés traditionnels de la République d’Irlande. Ils y sont toujours utilisés, à quelques distinctions près. En vert qui tire plus sur le jaune, on voit les six comtés traditionnels de l’Irlande du Nord, qui ne sont plus utilisés, quoique vous reconnaîtrez certains noms dans les noms des circonscriptions.
Parlant de noms, sous le nom anglais, on trouve le nom en gaélique dans une police qui fait très Lord of the Rings.
L’Irlande était aussi divisée en provinces, qui ont davantage fluctué dans le temps. Le mot gaélique veut dire «cinquième» mais, à partir de 1610, il n’y en avait que quatre, comme on le voit sur la carte ci-dessous. L’Irlande du Nord provient d’une partie de la province d’Ulster, que vous reconnaîtrez dans le nom d’une circonscription et d’un parti.
La partition de l’Irlande en 1921 peut être décrite comme le résultat d’un compromis pour accorder l’indépendance à la majorité de la population de l’île en 1922.
Je n’ai pas eu le temps de me replonger dans mon travail de cégep en géopolitique sur l’IRA, donc tout ce que je vous dirai sur les Troubles, qui ont forgé notre imaginaire sur l’Irlande du Nord, c’est que le superbe film de Gus Van Sant Elephant sur les tueries de masse dans les écoles secondaires tire son titre d’un court métrage britannique sur l’absurdité des meurtres durant les Troubles.
L’Irlande du Nord au XXIe siècle
Un peu comme pour l’Écosse, l’Irlande du Nord administre elle-même son recensement et pose une question concernant l’identité nationale. L’une des prémisses de l’accord du Vendredi Saint (Good Friday Agreement), qui a mis en bonne partie fin aux violences, c’est que la population nord-irlandaise ne soit pas forcée de se considérer britannique.
Ainsi, en plus des identités «britannique» et «nord-irlandaise» qui sont, comme en Écosse, proposées au recensement, on retrouve l’identité «irlandaise». Je n’essayerai pas de faire une analogie en Amérique du Nord parce qu’elle risquerait trop d’être insultante. Voici comment ces identités se répartissent sur le territoire de l’Irlande du Nord.
Premier constat: mais qu’est-ce que ce trou de beigne blanc en plein milieu? C’est le Lough Neagh, le plus grand lac des îles Britanniques. Le lac Saint-Jean est quand même deux fois et demi plus grand.
Deuxième constat: peu de gens se définissent seulement comme Nord-Irlandais ou Nord-Irlandaise (zones bleues). La plupart se définit selon les identités historiques pré-partition: britannique (orange qui tire sur le rouge) et irlandaise (vert). Aucune idée si ces deux identités sont considérées plus extrêmes et s’il s’agit d’un signe de polarisation. Comme j’ai appris au Parlement international de la jeunesse d’Oxfam, identity is a very tricky thing.
Troisième constat: la répartition de ces différentes identités est beaucoup moins coupée au couteau que ce que j’aurais pensé. C’est une bonne nouvelle, je suppose?
Comment qu’on sonde l’Irlande du Nord?
D’après Wikipedia, une seule firme a sondé l’Irlande du Nord cette campagne. Je suis allée fouiller dans les cross-tabs de son plus récent sondage pour y découvrir à ma grande surprise aucune segmentation géographique de l’échantillon!
Les données ci-dessus d’identification nationale ne sont pas utilisées non plus. Pourtant, elles proviennent du recensement, ce qui permettrait de pondérer l’échantillon pour s’assurer qu’il soit représentatif. En effet, comme tout le monde répond au recensement, il permet de dire quelle(s) catégorie(s) de personnes est (sont) sous-représentée(s) dans l’échantillon par rapport à la population en général et qui est surreprésenté.
L’échantillon est plutôt segmenté en fonction de la position constitutionnelle (5 options) et de la «communauté» (4 options). Les choix de réponse permettent de comprendre ce dont il s’agit.
Position constitutionnelle:
fortement (strongly) nationaliste;
légèrement (slightly) nationaliste;
neutre;
légèrement (slightly) unioniste;
fortement (strongly) unioniste.
«Communauté»:
catholique;
protestant;
sans religion;
autre.
L’option «sans religion» indique clairement que «communauté» est un proxy (euphémisme?) pour l’appartenance religieuse.
Avant de se lancer dans la description des partis, on va faire le tour de la carte des circonscriptions électorales et de leur historique de vote en fonction de la position constitutionnelle.
Toponymie électorale
Le découpage de l’Irlande du Nord en circonscriptions électorales reprend en partie, comme j’ai dit, les comtés traditionnels. Faisons le tour du «beigne» dans le sens des aiguilles d’une montre en commençant par le haut (je suppose que les gens qui lisent ceci savent lire une montre; je m’excuse si j’ai un lectorat insoupçonné de la génération Y).
Dans le nord-est, on trouve le comté d’Antrim divisé en trois circonscriptions. Ensuite, quand on sait que Down est un comté traditionnel, on comprend mieux pourquoi les circonscriptions North Down et South Down ne sont pas collées, mais plutôt séparées par Lagan Valley et Strangford.
Au sud, le comté d’Armagh est divisé en deux. Pour des raisons qui m’échappent, mais peut-être liées à l’historique électoral qu’on verra plus loin, plutôt que d’utiliser les points cardinaux pour distinguer les deux circonscriptions, la portion septentrionale s’appelle Upper Bann (d’après une moitié de la rivière Bann) et la portion méridionale s’appelle Newry & Armagh (d’après les deux villes de la circonscription).
À l’ouest, le comté de Fermanagh n’est visiblement pas assez populeux pour former une circonscription à lui seul: il est donc combiné avec une partie du comté de Tyrone. Une autre portion de ce dernier forme une circonscription au nom de West Tyrone. Les territoires qui bordent le Lough Neagh dans le comté de Tyrone et celui de Londonderry au nord ont été combinés pour créer une circonscription au nom qui décrit sa position centrale dans l’ancienne province: Mid Ulster.
On termine avec Londonderry, le nom d’un comté mais aussi de la deuxième plus grande ville de l’Irlande du Nord. Les républicains l’appellent tout simplement Derry. La ville se retrouve dans la circonscription Foyle, du nom de la rivière qui y coule. Les portions du comté qui ne sont ni dans Foyle ni dans Mid Ulster se retrouvent dans East Londonderry.
Finalement, la capitale, Belfast, est la seule ville divisée en de multiples circonscriptions (aux noms très imaginatifs comme vous pouvez le constater sur la carte).
Historique électoral
Pour décrire l’historique électoral des deux dernières décennies dans la capitale, je procède une fois de plus dans le sens horaire en commençant en haut. Depuis 2001, le nord a toujours été unioniste; l’est a voté unioniste ou non sectaire; le sud a changé de mains entre partis unionistes et républicains; et l’ouest renvoie toujours des députés (pas de «e») républicains avec des majorités soviétiques (21 652 voix en 2017).
Pour le compte, on arrive à 1 circonscription unioniste, 1 républicaine et 2 qui changent de mains sur le plan constitutionnel.
Même exercice à l’extérieur de la capitale, cette fois en commençant par East Londonderry, toujours dans le sens horaire. Ces huit circonscriptions dans le nord-est du «beigne» votent toujours pour le bloc unioniste depuis 2001:
East Londonderry;
North Antrim;
East Antrim;
South Antrim;
North Down;
Strangford;
Lagan Valley;
Upper Bann.
Dans les six autres composant l’autre moitié du beigne, une seule a voté pour les deux blocs sur la même période de temps:
South Down;
Newry & Armagh;
Fermanagh & South Tyrone (a voté unioniste en 2015);
Mid Ulster;
West Tyrone;
Foyle.
En dehors de la capitale, la répartition est donc 8 circonscriptions unionistes, 5 républicaines et 1 qui peut changer de mains. À travers la nation constitutive, on obtient un total de 9 circonscriptions unionistes, 6 républicaines et 3 qui changent de mains sur le plan constitutionnel.
Encore des nouvelles couleurs à apprendre!
Si j’utilise le terme bloc, c’est bien évidemment parce qu’il y a plus d’un parti unioniste et plus d’un parti républicain. Et qui dit parti dit couleur pour représenter sur les infographies!
L’Irlande du Nord doit être une des rares régions du monde où aucun des principaux partis n’est représenté par la couleur rouge. On n’y retrouve pas de bleu royal non plus. Voici les partis qui ont représenté l’Irlande du Nord à Westminster depuis 2001 (avec leur couleur). Ils sont divisés en trois blocs en fonction de leur position constitutionnelle.
Bloc unioniste
DUP (orange qui tire sur le rouge)
On a déjà parlé du Parti démocrate unioniste (Democratic Unionist Party ou DUP) et de son soutien sans participation (confidence-and-supply agreement) au gouvernement conservateur de Theresa May en lien avec l’arithmétique parlementaire.
Fondé durant les Troubles, il tient la ligne dure sur le plan constitutionnel. D’après le sondage, c’est le parti des deux tiers de l’électorat fortement unioniste.
UUP (bleu poudre, ou fleur de lin?)
Le Parti unioniste d’Ulster (Ulster Unionist Party ou UUP) est le vieux parti unioniste. Il obtient la faveur de plus de gens légèrement (slightly) unionistes que fortement (strongly) unionistes.
La députée Lady Sylvia Hermon a quitté le parti en 2010 et représenté sa circonscription de North Down comme indépendante depuis. Elle ne se représente toutefois pas cette fois-ci.
Bloc neutre
Alliance (jaune)
Le Parti de l’Alliance d’Irlande du Nord (Alliance Party of Northern Ireland) a fait dans l’unionisme non sectaire avant . C’est le parti des gens neutres sur le plan constitutionnel, mais il attire aussi des modérés de part et d’autre.
Bloc républicain
Sinn Féin (vert forêt)
On a également déjà parlé de Sinn Féin et de sa politique abstentionniste, notamment en présentant l’arithmétique parlementaire. Anciennement soupçonné d’être le bras politique de l’IRA, le parti a la particularité d’opérer des deux côtés de la frontière qu’il ne reconnaît pas. C’est le parti des trois quarts de l’électorat fortement nationaliste.
SDLP (vert émeraude)
Le Parti social-démocrate et travailliste (Social Democratic and Labour Party ou SDLP) s’oppose à la politique abstentionniste de son rival républicain Sinn Féin. Fondé comme le DUP durant les Troubles, il attire toutefois davantage le segment modéré de son option.
Il y a aussi les verts mais, heureusement, ils ne détiennent aucun siège au Parlement de Westminster, parce qu’il y a tout de même une limite au nombre de teintes de vert qu’on peut distinguer! Ils tiennent sur le plan constitutionnel la même position que je considérerais caquiste que Alliance.
Les luttes à surveiller
Aux dernières élections, le DUP et Sinn Féin se sont débarrassés de leurs rivaux respectifs pour ramener la députation nord-irlandaise au bipartisme. À Westminster, on n’entendait donc que les voix du DUP et de la députée unioniste indépendante comme Sinn Féin ne s’y rend pas.
Les projections laissent toutefois entendre un retour au multipartisme. (J’ai d’ailleurs parlé de manière erronée d’une «entrée à Westminster de nouveaux partis» alors qu’il s’agit pour eux d’un retour. C’est ce qui arrive quand on veut introduire un sujet délaissé avant d’avoir eu le temps de faire ses recherches.) Le quotidien britannique The Independent a préparé un très utile topo de l’Irlande du Nord circonscription par circonscription. Voici ce que j’en ai retenu.
Même si South Belfast est la circonscription qui change de mains entre unionistes et républicains, The Independent soutient que la circonscription à surveiller à Belfast est en fait celle du nord, où le fils d’un républicain assassiné durant les Troubles, John Finucane, se présente pour Sinn Féin contre le leader parlementaire du DUP, Nigel Dodds, qui avait obtenu une majorité de 2081 voix en 2017. The Guardian l’a d’ailleurs présenté comme un des principaux challengers dans cette élection dans un portrait plus tôt dans la campagne.
Il semble que la course ne soit pas particulièrement serrée dans South Belfast: on s’attend à ce que le SDLP reprenne le siège des mains du DUP, qui l’avait gagné en 2017.
Dans East Belfast, la chef de l’Alliance, Naomi Long, tente de reprendre la circonscription qu’elle avait représentée de 2010 à 2015. Comme sa victoire priverait le DUP d’un siège, les deux partis républicains (de même que les verts!) lui laissent la voie libre. Ça ne risque pas d’être suffisant.
Finalement, on se souviendra que Sinn Féin domine la circonscription de l’ouest avec des majorités soviétiques.
À l’extérieur de la capitale, la circonscription qui peut pencher d’un côté comme de l’autre de la question constitutionnelle est détenue par la même députée du Sinn Féin depuis 2001, à l’exception de la période de deux ans entre les élections de 2015 et de 2017 où elle s’est retrouvée entre les mains du UUP. Comme par le passé, le DUP laisse la voie libre au UUP.
Du côté du bloc unioniste, on s’attend à ce que le DUP conserve tous ses sièges, à moins que le UUP cause la surprise dans South Antrim, surmontant le déficit de 3208 voix de la dernière élection. Le DUP est également favori pour prendre North Down que l’indépendante unioniste Lady Hermon a laissé vacante.
Du côté ouest, Sinn Féin devrait conserver tous ses sièges sauf Foyle, que le chef du SDLP tente de reprendre après que son parti l’ait perdu par seulement 169 voix en 2017.
C’est tout ce que j’ai le temps de préparer avant la publication du sondage de sortie des urnes à 17 heures chez nous. Pour la suite, ça se passera sur Twitter, à @primealurne.
À l’élection générale de 2015, le Parti nationaliste écossais (Scottish National Party ou SNP) balayait de jaune presque toute la carte de l’Écosse, ne laissant qu’une circonscription à chacun des trois vieux partis qui aspirent au pouvoir à Westminster. La domination du SNP est néanmoins toute récente.
En 2015, une année après le premier référendum d’indépendance, le SNP privait Labour de 40 sièges, et de tout espoir de former une majorité au parlement britannique. L’Écosse avait auparavant été un fiable bassin de voix pour les travaillistes.
L’emprise du SNP au nord de la frontière s’est relâchée un peu en 2017 avec la perte de 21 sièges, principalement aux mains des conservateurs (12). Le parti indépendantiste, qui gouverne Holyrood (le Parlement écossais), détient encore plus de la moitié des sièges écossais à Westminster, ce qui en fait la Deuxième Opposition officielle, devant les libéraux démocrates.
Les plus récentes cartes électorales donnent donc l’impression d’une nation constitutive plutôt homogène, d’autant plus que toute la carte du référendum de 2016 est jaune-orange Remain et que presque toute la carte du référendum de 2014 sur l’indépendance écossaise est rouge No. (En effet, seuls quatre secteurs sur 32 ont voté pour l’indépendance, mais ils regroupent tout de même 20% de la population.)
Cette apparente homogénéité masque beaucoup de volatilité. Si on définit une victoire serrée comme une majorité de moins de 10% des voix exprimées, 46 des 59 circonscriptions écossaises pourraient basculer et sont considérées «marginal». On y trouve des majorités d’aussi peu que 2 voix!
Pour comprendre le portrait électoral de l’Écosse, commençons par sa géographie. Nous pourrons ensuite situer dans l’espace les sentiments concernant l’identité nationale et les changements dans la force relative des partis.
La principale région écossaise qu’on connaît, à cause des nombreuses références culturelles à son endroit, c’est les Highlands. Que ce soit par le biais des franchises Highlander ou Outlander (Le Chardon et le Tartan en français), on imagine cet espace montagneux peuplé de braves guerriers en kilt (ou alors, dans le cas des fans de la deuxième franchise, on s’imagine ce qui se cache en-dessous de ce kilt).
Bien évidemment, qui dit Highlands dit aussi Lowlands. On est habitué à cette réalité au Québec et au Canada: les vastes étendues au Nord ne sont pas très densément peuplées. Même si les Highlands couvrent donc une plus grande superficie, surtout quand on tient compte des îles, la majorité de la population habite dans les Lowlands.
La vaste majorité (70%) habite en fait ce qu’on appelle communément la Central Belt ou «ceinture centrale». On dit que c’est une ceinture comme c’est là que l’Écosse est la plus étroite. On y trouve à l’est la capitale, Édimbourg, qui donne sur le Firth of Forth, estuaire qui débouche sur la mer du Nord. À l’ouest, c’est la plus grande ville, Glasgow. Le trajet en train entre ces deux villes ne prend qu’une heure.
Clydeside: la région autour de la plus grosse ville, Glasgow Lothian: la région autour de la capitale, Édimbourg Stirlingshire et Clackmannanshire: la région montagneuse et plus rurale au nord
Au sud de cette Central Belt, on trouve les Southern Uplands, un massif de collines métallifères. C’est là qu’on trouve à l’est la région des Scottish Borders qui, on devinera, borde la frontière avec l’Angleterre.
Il reste toutefois une région qui ne porte pas de nom sur cette carte: les terres basses au nord-est de la Central Belt, dans lesquelles se trouvent les villes d’Aberdeen et de Dundee, respectivement 3e et 4e plus grosses de l’Écosse.
Découpages administratifs et électoraux de l’Écosse
Comme on a déjà dit, l’Écosse possède 59 sièges au Parlement britannique de Westminster. Le Parlement écossais, lui, utilise un mode de scrutin proportionnel avec listes régionales. Dans ce contexte, donc, l’Écosse est divisée en huit régions regroupant 71 circonscriptions. Finalement, l’administration locale se fait à travers 32 conseils (council areas).
Certains sondages régionaux, comme celui de YouGov, publient les résultats en fonction des huit régions utilisées pour les élections écossaises. Par contre, les résultats des référendums de 2014 et de 2016 sont disponibles par council area, comme ce sont les conseils qui ont organisé ces scrutins.
Pour compliquer l’analyse encore plus, les frontières à chaque palier gouvernemental sont différentes, donc les différentes subdivisions ne s’emboîtent pas simplement les unes dans les autres (à l’exception des 71 circonscriptions conçues pour subdiviser les huit régions au Parlement écossais).
J’ai trouvé qu’on peut utiliser les régions géographiques décrites ci-dessus pour comprendre la carte électorale de l’Écosse: les Highlands (incluant les îles), la Central Belt, les Southern Uplands et, finalement, ce que j’appelerai le nord-est des Lowlands.
Subdivisions de l’Écosse
Nb de council areas
Nb de sièges à Westminster
Highlands et les îles
5
6
Nord-est des Lowlands
9
16
Central Belt
12
28
Southern Uplands
6
9
Les Highlands et les îles de même que les Southern Uplands ci-dessus correspondent de part et d’autre à une seule région pour les fins des élections pour Holyrood, les deux illustrées ci-dessous.
Le nord-est des Lowlands comprend les deux grandes régions électorales restantes; les quatre petites forment la Central Belt.
Identité nationale et indépendantisme
Grande découverte d’intérêt pour la fille de statisticien (et la chercheuse généalogique) que je suis: l’Écosse est en charge de son recensement depuis 1991! Au dernier, celui de 2011, elle a ajouté une question fort intéressante que Statistique Canada devrait contempler à l’avenir (comme il est trop tard pour 2021) avec la montée des volontés de «Wexit» (qui devrait vraiment trouver un meilleur nom):
What do you feel is your national identity?
On pourrait traduire la question par: «À quelle identité nationale sentez-vous appartenir?». Les trois choix de réponse étaient «écossaise», «britannique» et «autre», mais on pouvait en sélectionner plus qu’une. Une majorité de la population écossaise (62%) ne s’identifiait en 2011 que comme écossaise.
Avant, on posait uniquement une question concernant les compétences en gaélique écossais, que seulement 1% de la population parle, principalement dans les Highlands et les îles. (Dans les Hébrides extérieures ou Na h-Eileanan Siar, la moitié des 26 500 habitants et habitantes parlent gaélique.) Depuis 2011, on a donc une carte plus précise du nationalisme écossais qu’on peut placer côte à côte avec celle des résultats du référendum de 2014 sur l’indépendance de l’Écosse.
À gauche, proportion de personnes s’identifiant exclusivement comme écossaises par council area dans le recensement de 2011 (Wikimedia). À droite, résultats du référendum de 2014 sur l’indépendance de l’Écosse, toujours par council area (Wikipedia).
Tout d’abord, rappelons que les indépendantistes ont perdu le référendum 55% No et 45% Yes, ce qui fait que la carte de droite est presque toute rouge. Il s’agit d’un bon rappel que les concepts de nationalisme et d’indépendantisme ne sont pas interchangeables.
Néanmoins, on voit que les cartes, découpées en council areas (regroupant des populations de taille variable), sont un peu le négatif l’une de l’autre. À gauche, dans cette carte toute de bleu, les zones les plus foncées représentent les endroits où l’identité exclusivement écossaise est la plus forte: elles sont dans la Central Belt.
À droite, les territoires colorés du rouge le plus foncé sont les plus opposés à l’indépendance écossaise. Sans surprise, ils se situent le plus près de la frontière avec l’Angleterre, dans les Southern Uplands. L’autre bande foncée part du nord-est des Lowlands. Les Highlands et les Na h-Eileanan Siar sont moins opposés à l’indépendance.
Transformations du système partisan
Tel que présenté dans l’introduction, l’élection générale de 2015 a vu un tsunami SNP défilé sur l’Écosse, tournant au jaune une carte anciennement à prédominance rouge. Il ne restait qu’une circonscription pour chacun des trois vieux partis.
Lorsqu’on compare les cartes des résultats des élections de 2010 et de 2017, on obtient comme des images avant/après. Tout d’abord, la mainmise travailliste se limitait aux Lowlands. Depuis 2005, les Highlands et les îles n’élisent que des personnes députées affiliées aux libéraux démocrates ou au SNP. On sait toutefois que c’est dans les Lowlands que se trouve la vaste majorité de l’électorat.
À gauche, les résultats à l’élection générale de 2010. À droite, les résultats à l’élection générale de 2017 (Wikipedia).
On constate aussi que les conservateurs, qui n’étaient parvenus qu’à conserver qu’une seule circonscription écossaise en 2010, on reprit leur pied. Le SNP était d’abord établi dans le nord-est des Lowlands, mais en 2017 ces terres ont été conquises par les conservateurs, probablement comme c’est un des endroits où l’opposition au Brexit était la moins féroce (coloration plus pâle ci-contre) dans la marée orange de l’Écosse.
La Central Belt, anciennement presque totalement acquise aux travaillistes, est maintenant plus morcelée. C’est la seule subdivision où les quatre partis détiennent présentement des sièges. (C’est aussi la plus populeuse, et donc celle qui comprend le plus de circonscriptions.)
Résultats de 2010 dans la Central Belt (Wikipedia)Résultats de 2017 dans la Central Belt (Wikipedia)
Labour, qui détenait toute la Central Belt en 2010 sauf deux circonscriptions LibDem, n’a conservé que Edinburgh South en 2015. Le Parti travailliste a repris cinq sièges en 2017, et les conservateurs ont pris East Renfrewshire, dans la banlieue sud de Glasgow, où habite la moitié de la population juive d’Écosse.
Les deux circonscriptions de la Central Belt détenues par les libéraux démocrates en 2010 et en 2017 étaient Edinburgh West et East Dunbartonshire, en banlieue nord de Glasgow, détenue par Jo Swinson, maintenant chef du parti. Elle est en danger de reperdre son siège comme en 2015.
La première ministre de l’Écosse, Nicola Sturgeon, est également la frontwoman de la campagne actuelle du SNP pour les élections de Westminster, une situation toujours très particulière. Sa principale préoccupation pour cette élection est d’empêcher l’Écosse de sortir contre son gré de l’Union européenne. Elle a toutefois annoncé qu’elle voulait tenir dès 2020 (ça c’est l’année prochaine) un deuxième référendum d’indépendance.
La politologue Ailsa Henderson, qui a mené la Scottish Referendum Study, soutient que la position de chaque électeur et électrice sur cet enjeu local est plus importante que celle sur Brexit ainsi que l’affiliation partisane. Elle décrit quatre tribus politiques au sein de la population écossaise en fonction de leurs positions lors des deux référendums.
Indépendance
No
Yes
Brexit
Remain
33%
29%
Leave
22%
16%
Source: Rob Johns live-tweetant une présentation de Ailsa Henderson, Political Studies Association, 14 novembre 2019.
Dans une entrevue à l’agence de presse Reuters à la mi-novembre, elle explique que les positions pro-indépendance du SNP et pro-Brexit des conservateurs en font le parti tout désigné pour des segments différents de l’électorat.
Le SNP est le choix de ceux et celles qui souhaitaient l’indépendance de l’Écosse, qu’ils soient des Remainers ou des Leavers (colonne de droite dans le tableau, un total de 45%). Les conservateurs sont le choix évident de ceux et celles qui s’opposent à l’indépendance et veulent quitter l’Union européenne (en bas à gauche, 22% de l’électorat).
Source: PA
Ces deux partis sont effectivement clairement en tête des intentions de vote en Écosse. Leur vote se maintient d’ailleurs bien en Écosse, d’après l’immense sondage de YouGov de la fin novembre. Respectivement neuf et huit personnes sur dix qui auraient voté pour le SNP et les Tories en 2017 auraient l’intention de leur renouveler leur confiance. C’est surprenant puisqu’on craignait que le vote des conservateurs écossais s’effondre avec le départ de leur très talentueuse et aimée chef, Ruth Davidson, pour cause de désaccords fondamentaux avec Boris Johnson.
Ça laisse en reste Labour, avec sa position je-veux-le-beurre-et-l’argent-du-beurre sur Brexit et une similaire ambiguïté concernant la tenue d’un deuxième vote d’indépendance en Écosse. À peine plus de la majorité des personnes qui auraient voté pour Labour en Écosse en 2017 renouveleraient leur appui à Jeremy Corbyn.
La politologue ne mentionne pas les libéraux démocrates. Ce serait théoriquement le parti de ceux et celles qui s’opposent à l’indépendance écossaise et à la sortie de l’Union européenne. D’après YouGov, ce parti réussirait mieux que Labour à maintenir son électorat écossais, avec les deux tiers qui compteraient renouveler leur soutien. On remarque d’ailleurs dans toutes les projections que les libéraux démocrates passent devant les travaillistes au chapitre du nombre de sièges détenus en Écosse.
À un peu plus d’une semaine du scrutin, jetons un petit coup d’œil aux sondages et aux projections.
Voici les intentions de vote recensées sur Wikipedia depuis le début de la campagne. Les conservateurs demeurent largement en avance, mais les appuis de Labour augmentent davantage que ceux des conservateurs, rétrécissant l’écart. (Rappelons que la plupart des sondages excluent la comparativement très petite Irlande du Nord et son système partisan complètement distinct.)
Autrement, l’analyse demeure la même que la semaine dernière: les deux principaux partis (les Tories en bleu et Labour en rouge) montent dans les sondages alors que les libéraux démocrates (en orange) et le Brexit Party (en turquoise) baissent, au point où ce dernier a rejoint les partis nationalistes (combinés en jaune) et les verts sous la barre des 5%. C’est ce qu’on appelle en anglais le «squeeze» des partis plus petits partis alors que l’électorat se rallie vers un des partis de l’alternance du pouvoir.
Regardons donc comment se traduisent ces changements dans les projections.
Projections toujours unanimes
Les projections demeurent unanimes: les conservateurs seraient pratiquement certains d’obtenir une majorité, même si l’écart s’est rétréci avec Labour. On est passé de 355 à 384 sièges ou plus pour les conservateurs à une fourchette de 334 à 363 selon les projections. Du côté de Labour, alors que ça oscillait entre 184 sièges ou moins et 212 la semaine dernière, les projections prévoient plutôt entre 204 et 227 sièges. Les travaillistes sont donc toujours en danger d’obtenir leur pire résultat depuis la Deuxième Guerre mondiale (présentement 209 sièges en 1983).
J’ai laissé les projections dans le même ordre que la dernière fois, plutôt que de les ordonner à nouveau. On n’aurait qu’à inverser UK-Elect et Bailey and English pour replacer de la projection la plus optimiste à la plus pessimiste pour les conservateurs.
Je rappelle que le siège du président de la Chambre est exclu de ces projections, pour un total de 631 sièges en Grande-Bretagne.
Plus qu’une seule projection (326 Politics) donne aux libéraux démocrates une plus grande députation qu’ils n’avaient à la dissolution. Outre la montée des conservateurs et la chute de Labour par rapport à leur nombre de sièges au moment de la dissolution, les projections sont unanimes sur le fait que le Parti nationaliste écossais (Scottish National Party ou SNP) augmenterait sa députation à Westminster et que le Brexit Party risque de n’y faire élire personne.
Parce qu’on ne peut pas constamment mettre l’Irlande du Nord de côté, voici les projections pour ses 18 sièges. Elles n’ont pas changé depuis la semaine dernière.
On est maintenant à 10 jours du scrutin. La dernière semaine a été chargée émotivement. Mardi, une lettre du grand-rabin britannique au Times exprimait la peur dans la communauté juive à l’égard d’un gouvernement travailliste à cause de l’antisémitisme dans le parti. Le soir même, Jeremy Corbyn a donné une très mauvaise entrevue à Andrew Neil, le bulldog politique de la BBC.
Des débats se tenaient les deux derniers soirs. Jeudi, au débat sur l’environnement de Channel 4, Boris Johnson et Nigel Farage, absents, ont été remplacés par des sculptures de glace, ce qui a été mal reçu par les conservateurs. Vendredi, un attentat terroriste au couteau à Londres a servi de prélude au débat avec sept partis mais pas tous les chefs à la BBC.
Toutefois, à Prime à l’urne, on se concentre davantage sur les sondages, donc on va s’y tenir malgré les événements qui déboulent. La projection tant attendue a été publiée mercredi soir: c’est celle qui avait le mieux réussi en 2017, la seule à avoir vu venir le gouvernement minoritaire de Theresa May. Elle aurait aussi désigné le bon parti gagnant dans 93% des sièges.
Les bonnes et mauvaises nouvelles de la projection
La projection est commandée par le sondeur YouGov à deux chercheurs de University College London (UCL): Benjamin Lauderdale et Jack Blumenau. Ils ont produit un beau document de 49 pages disponible en pdf rempli de tableaux et de graphiques. J’ai lu ça ainsi que l’analyse de Stephen Bush au New Statesman, une revue hebdomadaire associée à Labour (parce que ça crie beaucoup au meurtre par rapport aux sondages chez les travaillistes, ces temps-ci)1.
Comme avec les projections qu’on a vu dans le dernier billet, ça n’augure rien de bon pour Labour, toujours dangereusement proche de son pire résultat depuis la Deuxième Guerre mondiale. La pdg du site de projection Best for Britain, qui travaille avec le modèle de Electoral Calculus, offre toutefois une note d’espoir dans ce tweet:
Very similar to the MRP @BestForBritain has used for tactical voting advice at http://getvoting.org : the good news is that enough seats have become marginal for us to win IF remainers vote tactically.
Naomi Smith explique que la bonne nouvelle c’est que suffisamment de luttes sont devenues serrées (marginal) pour que le vote stratégique ait une chance de fonctionner.
Je vais commencer par présenter la méthodologie de la projection de YouGov (comme mes questions aux autres projectionnistes sont restées sans réponse sur Twitter à part pour Forecast UK) et les résultats régionaux, pour les mettre à jour par rapport à ce que j’avais pu exposer dans le billet sur la carte électorale de l’Angleterre.
Finalement, on pourra zoomer encore plus et comparer la projection aux intentions de vote exprimées dans trois sondages locaux dans des circonscriptions visées par le vote stratégique à Londres. J’aime beaucoup la formulation des questions qui ont été posées.
Les données de YouGov
Du 20 au 26 novembre, YouGov a sondé un échantillon représentatif de plus de 13 500 personnes en Grande-Bretagne (comme toujours, ce sondage exclut l’Irlande du Nord) pour obtenir leurs intentions de vote. Pour atteindre un échantillon de près de 100 000 personnes et avoir plus d’observations pour chaque circonscription, YouGov a sondé près de 87 000 personnes tirées de son panel (top-up sample).
Les résultats de ce deuxième échantillon, non probabiliste mais plus de 6 fois plus grand que l’échantillon représentatif, ont été pondérés en fonction de ceux dans l’échantillon représentatif. Au final, on obtient en moyenne 159 observations par circonscription: pas assez pour traiter ces données comme des sondages locaux.
Trois modèles en un
La projection de YouGov se fait à partir d’une régression multi-niveaux et d’une poststratification (multilevel regression and poststratification ou MRP). Cette méthodologie est si commune présentement au Royaume-Uni que l’acronyme «MRP» est utilisé comme synonyme de projection.
La régression multi-niveaux s’appuie sur trois modèles:
une modélisation des différents segments de la population (population model);
une modélisation des réponses aux questions de sondage en fonction de caractéristiques de la population (survey response model);
un modèle de participation électorale pour prédire si un individu votera ou pas en fonction du comportement de l’électorat en 2015 et en 2017 (turnout model).
La poststratification consiste à transposer les résultats d’un sondage national aux circonscriptions locales en évaluant la proportion de chaque segment de population présent dans chaque circonscription.
Grosso modo, le premier modèle segmente l’électorat et le deuxième prédit la direction dans laquelle ira chacun de ces segments dans chaque circonscription. Le troisième détermine la proportion dans laquelle chacun des segments ira effectivement voter.
Pour obtenir la projection, les chercheurs ont lancé 1000 simulations (ça, je l’ai seulement su en posant une question sur Twitter).
Sous quelle loupe considère-t-on la population?
Dans la modélisation effectuée pour YouGov, la population est caractérisée selon ses choix politiques passés et des caractéristiques démographiques plus traditionnelles.
L’historique électoral utilisé comme caractéristique de la population inclut:
l’élection européenne de 2019;
l’élection générale de 2017;
le référendum de 2016.
Il y a également une variable pour le niveau d’attention portée à la politique sur une échelle de 0 à 10.
Les caractéristiques proprement démographiques incluent:
l’âge;
le genre;
le niveau d’éducation;
l’état civil;
l’origine ethnique.
Sur ce dernier point, l’électorat britannique est divisé entre les origines ethniques blanche (91%); noire (2%); «Asian» (6%), ce qui au Royaume-Uni désigne les gens du sous-continent indien; et mixte et/ou multiple (1%).
Portrait régional
Les résultats régionaux sont plus encourageants pour Labour que le dernier gros sondage de YouGov, présenté à la fin du billet sur la carte de l’Angleterre, et le sondage local dans Great Grimsby, discuté dans le dernier billet. Ainsi, la région du North West et le pays de Galles seraient revenus dans la colonne de Labour.
On voit à travers la Grande-Bretagne l’effet du «squeeze» des plus petits partis, qui voient leurs intentions de vote diminuer sous la pression des grands partis rappelant que eux seuls peuvent gagner. Le soutien des libéraux démocrates, qui se situait entre 14% et 17% dans le Nord de l’Angleterre et les Midlands, y est descendu à 10% et moins. Il tient mieux dans le sud (où ils ont plus de chances d’être élus): en un mois, les intentions de vote n’ont baissé que de deux points de pourcentage.
Les intentions de vote pour le Brexit Party se sont effondrées partout comme il ne présente que 275 candidatures en raison de la Leave Alliance unilatérale qu’il a proclamée. Les verts dépassent ainsi le Brexit Party dans le sud, incluant Londres, et sont à égalité dans les Midlands.
Le portrait est différent dans le nord de l’Angleterre et au pays de Galles, bastions travaillistes qui ont voté Leave au référendum, parce que c’est là que se présente le Brexit Party dans l’objectif de bloquer Labour. Il y perd tout de même 8 à 9 points de pourcentage. La région du Nord East reste la plus favorable, mais passe de 19% à 10%. Toujours aucune projection n’entrevoit la possibilité qu’il gagne un siège.
Qui arrive deuxième?
Ça m’a surprise, mais les analyses électorales au Royaume-Uni incluent souvent une carte des deuxièmes partis arrivés deuxièmes (runner-up). Je n’en avais jamais vu avant de les produire moi-même pour Québec solidaire en 2013. Ainsi, les pages 6 et 7 sont dédiées à des cartes (malheureusement pas des cartogrammes) des partis gagnants dans chaque circonscription, puis des deuxièmes.
Comme le rappelle Stephen Bush, on continue d’assister au réalignement partisan sur des bases moins régionales et plus sur le type d’environnement, urbain ou rural (quelque chose qu’on observe et étudie beaucoup aux États-Unis):
The parties of the left and centre are increasingly the party of the:
big city working class,
ethnic minority voters of all incomes,
graduates and
social liberals.
The parties of the right are increasingly the party of:
Ainsi, la marée bleue à gauche au sud de la frontière écossaise s’explique non seulement par la majorité conservatrice qu’on prédit, mais aussi par le fait que les circonscriptions urbaines, plus rouges, sont noyées dans les grandes étendues rurales votant Tory.
À droite, on voit comment le bloc des couleurs chaudes aurait pu se diviser l’Angleterre et le pays de Galles pour espérer donner une chance au Royaume-Uni de rester dans l’Union européenne. Toutefois, comme on l’a vu avec l’important désaccord initial entre les sites de promotion du vote stratégique, la carte n’aurait pas nécessairement eu l’air de ça avec l’état des faits et les informations disponibles au début de la course.
Ce que cette carte du meilleur deuxième ne dit pas, c’est la distance entre deuxième et troisième: elle ne distingue pas entre châteaux-forts, luttes serrées et courses à trois. On peut toutefois le déduire du tableau des résultats projetés par circonscription. Par contre, il ne dit pas la proportion de l’électorat de chaque parti disposée à changer d’allégeance pour des raisons stratégiques. Pour ça, ça prend des sondages locaux.
Les nouvelles courses à trois à Londres
Une série de trois sondages a été menée plus tôt ce mois-ci (du 7 au 12 novembre) par Deltapoll pour évaluer où se situait le vote stratégique pour défier les conservateurs dans trois luttes londoniennes.
On se souvient que Londres est un territoire de plus en plus travailliste (notamment des suites du réalignement urbain—rural des partis) et le seul bastion Remain au sud de la frontière écossaise. Voici à quoi ressemblait la carte au lendemain de l’élection anticipée de 2017.
Les quartiers centraux sont extrêmement forts pour Labour, sauf les coins plus riches de l’ouest de la ville. Les banlieues (ce qu’on appelle la «London commuter belt» en anglais) sont conservatrices, sauf là où elles votent LibDem. C’est pourquoi on suppose que le vote stratégique devrait aller vers les libéraux démocrates plutôt que vers les travaillistes dans ces sièges Con-Leave.
Les trois circonscriptions visées par les sondages sont Finchley and Golders Green, Kensington et Wimbledon (oui, c’est pas juste le nom d’un tournoi de tennis, c’est aussi une banlieue au sud de Londres). Ce sont trois circonscriptions au profil électoral différent.
Un cinquième de l’électorat de Finchley and Golders Green, au nord dans la couronne de l’Outer London, est juif. Cette circonscription est passée de travailliste à conservatrice en 2010. Les partis de l’alternance du pouvoir sont restés à 10 points de pourcentage de différence jusqu’en 2017, où Labour était à un peu plus de 1600 voix de reprendre le siège.
Comme partout, les résultats de l’élection européenne de ce printemps rapportés sur la circonscription indiquent que les libéraux démocrates y auraient obtenu le plus de voix par une bonne marge. Ils y ont d’ailleurs parachuté Luciana Berger, une députée juive qui a quitté le Parti travailliste à cause de l’antisémitisme institutionnalisé.
Berger a abouti (après d’autres pérégrinations) chez les libéraux démocrates, et ils ont jugé stratégique de l’envoyer se battre dans une circonscription où c’est normalement bleu ou rouge. Le Financial Times a dépêché un journaliste dans la circonscription, et il parle de l’état de la course au podcast électoral UK Election Countdown aujourd’hui (à partir de 18:35).
La circonscription de Kensington, c’est pas mal à l’arrondissement (borough) Kensington and Chelsea dans l’Inner London. Elle avait toujours été solidement conservatrice avant de virer au rouge en 2017 par une majorité de 20 voix (vingt! il ne manque pas de 0!).
La circonscription Wimbledon, dans la portion sud de la couronne de l’Outer London, a toujours été conservatrice depuis la Deuxième Guerre mondiale, à l’exception de deux élections générales pendant que le travailliste Tony Blair était au pouvoir au tournant du XXIe siècle.
Comme dans les deux autres circonscriptions, la marge entre les partis de l’alternance du pouvoir s’est rétrécie en 2017 et les libéraux démocrates seraient arrivés premiers à l’élection européenne du printemps.
Les sondages locaux de Deltapoll
Après avoir demandé aux personnes répondant au sondage pour qui elles avaient l’intention de voter, on leur a présenté deux scénarios hypothétiques de luttes à deux plutôt qu’à trois. Ainsi, on demandait: si je vous dis que seul Labour avait des chances de gagner contre les conservateurs, pour qui voteriez-vous? Et si c’était les libéraux démocrates?
Les résultats, bien présentés par l’équipe de graphisme de The Guardian, indiquent que dans les trois circonscriptions un vote stratégique pour Labour échouerait alors qu’il fonctionnerait pour les LibDems.
Le fait que le vote stratégique fonctionne s’il est dirigé vers les libéraux démocrates mais pas si c’est vers Labour n’est pas très surprenant quand on considère qu’ils étaient deuxièmes dans les intentions de vote exprimées initialement.
C’est encore moins surprenant lorsqu’on considère les données de la British Election Study sur les sentiments des sympathisants et sympathisantes à l’égard de l’autre parti.
Perception à l’égard de l’autre parti
Je n’ai pas retrouvé les données à la source de ce graphique, mais je devine qu’on demandait de situer son opinion des partis sur une échelle de 0 à 10. On a regroupé les choix de 0 à 4 dans la catégorie «n’aime pas» (dislike), le choix 5 a donné la catégorie «ambivalente» et les choix de 6 à 10 se sont retrouvés dans une catégorie «positive» (warm).
À gauche, on trouve ce que l’électorat travailliste Remain dans l’étude pense des libéraux démocrates. À droite, c’est l’inverse. On constate qu’une majorité de l’électorat LibDem a une opinion négative de Labour, alors que l’électorat de ce dernier est beaucoup plus chaud (34% contre 25%) ou ambivalent (26% contre 18%) à l’égard que leurs rivaux Remain.
On peut donc raisonnablement conclure que les personnes qui votent Labour sont plus confortables à l’idée de voter LibDem que l’inverse, quoique ces résultats masquent peut-être des différences régionales.
Est-ce que l’opinion de l’électorat travailliste a évolué, toutefois, à mesure qu’il a appris à connaître Jo Swinson? Si oui, ce n’est pas de bon augure pour les libéraux démocrates si on se fie à la popularité de la chef des LibDems mesurée à différents points par YouGov. Son dernier sondage (ou le fait saillant que la firme en a tiré) a fait grand bruit, lui aussi.
On constate que, pendant que le sondage a été mené les 11 et 12 novembre, près de la moitié de l’électorat (48%) avait une opinion défavorable d’elle, une proportion en hausse depuis son élection à la chefferie, en fait. En contrepartie, seul un quart (24%) de l’élection en a une opinion favorable.
Avant même ces résultats, beaucoup de gens avaient remis en question le choix des libéraux démocrates d’axer leur campagne sur la personne de leur chef, notamment en mettant «Jo Swinson’s Liberal Democrats» et sa face en gros sur l’autobus de campagne.
Différences entre sondages locaux et projection
Dans les trois circonscriptions, l’écart entre les partis membres du bloc des couleurs chaudes est plus parti dans la projection que dans le sondage local, au point où Labour dépasserait les libéraux démocrates par un point de pourcentage dans la projection dans Finchley and Golders Green.
Finchley and Golders Green
Kensington
Wimbledon
Sondage
Projection
Sondage
Projection
Sondage
Projection
Tories
46%
45%
36%
37%
38%
43%
LibDems
32%
27%
33%
29%
36%
30%
Labour
19%
28%
27%
26%
23%
26%
Serait-ce le résultat d’une différence méthodologique? Ou le reflet du fait que les intentions de vote bougent? Les sondages locaux de Deltapoll ont été menés du 7 au 12 novembre alors que le sondage national qui a nourri la projection de YouGov s’est fait deux semaines plus tard du 20 au 26 novembre.
Dans tous les cas, les consignes de vote stratégique continuent d’être partagées dans les trois.
À un peu plus de deux semaines du scrutin, les sondages n’augurent rien de bon pour Labour (ils doivent donc mentir) et ne sont pas que remplis de bonnes nouvelles pour les libéraux démocrates. Bref, ça augure mal pour le camp Remain et/ou deuxième référendum.
Voici les intentions de vote recensées sur Wikipedia depuis le début de la campagne. Notons que la plupart des sondages excluent la comparativement très petite Irlande du Nord et son système partisan complètement distinct. Les conservateurs sont largement en avance, mais l’écart avec Labour est assez stable.
Les deux principaux partis (les Tories en bleu et Labour en rouge) montent dans les sondages alors que les libéraux démocrates (en orange) et le Brexit Party (en turquoise) baissent, au point où ce dernier rejoint les partis nationalistes (combinés en jaune) et les verts sous la barre des 5%. C’est ce qu’on appelle en anglais le «squeeze» des partis plus petits partis alors que l’électorat se rallie vers un des partis de l’alternance du pouvoir.
C’est bien beau ces sondages nationaux, mais on sait très bien que ce ne sont pas de très bons indicateurs dans un scrutin uninominal à un tour. Aux dernières élections fédérales canadiennes, les conservateurs ont même gagné le vote populaire pendant que les libéraux ont récolté le plus de sièges!
Regardons donc les (mauvaises nouvelles qui attendent Labour dans les) projections et dans un sondage local qui a beaucoup fait jaser.
Projections unanimes
Les projections sont unanimes: les conservateurs seraient présentement certains d’obtenir une majorité. J’ai ordonné les projections de la plus optimiste (384 sièges ou plus) à la plus «pessimiste» (355) pour les conservateurs ou, si vous préférez, de la plus pessimiste (184 sièges ou moins) à la plus «optimiste» (212) pour Labour.
Outre la montée des conservateurs et la chute de Labour, les projections sont unanimes sur le fait que le Parti nationaliste écossais (Scottish National Party ou SNP) augmenterait sa députation à Westminster et que le Brexit Party risque de n’y faire élire personne. Elles sont partagées sur le sort des libéraux démocrates, de Plaid Cymru et des verts, mais les différences demeurent minimes.
Parce qu’on ne peut pas constamment mettre l’Irlande du Nord de côté, voici les projections pour ses 18 sièges.
Trois des quatre projections prévoient l’entrée à Westminster de nouveaux partis nord-irlandais le retour à Westminster de certains partis nord-irlandais (c’est ce qui arrive quand on veut introduire un sujet délaissé avant d’avoir eu le temps de faire ses recherches!), des partis qui prendraient leurs sièges, contrairement au Sinn Féin, comme on l’a vu en parlant d’arithmétique parlementaire. Vivement le moment où j’aurai le temps de me plonger dans ce système partisan nouveau pour moi et visiblement en changement!
Ce que les sondages disent sur Labour
Comme le soulignent Stephen Fisher, John Kenny et Rosalind Shorrocks (des universités Oxford, Southampton et Manchester respectivement), les projections placent Labour sensiblement au même niveau que son pire résultat de l’après-guerre: seulement 209 sièges en 1983, à la première réélection de Margaret Thatcher.
On l’avait vu dans le billet sur la carte électorale de l’Angleterre: à en croire le méga-sondage de YouGov avec un échantillonnage assez grand pour distinguer les régions, Labour serait en train de perdre le nord, qui avait voté Leave. Toutefois, dans le dernier coup de sonde de la firme (21-22 novembre), Labour tient bon dans le nord, avec une avance de 7 points sur les conservateurs alors que ceux-ci mènent 42% contre 30% à l’échelle de la Grande-Bretagne.
Une lutte à finir dans les Midlands
Dans les sondages locaux, par exemple, c’est une autre histoire. Un sondage commandé par The Economist dans Great Grimsby et mené par Survation a fait grand bruit. Cette circonscription du Lincolnshire, bien que dans les Midlands, est détenue par Labour depuis 1945. On se souvient que les Midlands sont plutôt conservateurs et ont voté avec le plus de conviction pour sortir de l’Union européenne.
En 2010, les conservateurs étaient passés à quelque 700 voix de ravir Great Grimsby aux travaillistes. L’avance de Labour était redevenue plus confortable en 2015 grâce à l’importante division du vote causée par UKIP, à l’époque dirigé par Nigel Farage: sa candidate était arrivée troisième, presqu’à égalité avec le candidat conservateur (25% contre 26%). En 2017, comme le vote de UKIP s’est effondré, le Parti conservateur chauffait à nouveau les fesses de Labour, qui l’a quand même emporté avec un peu plus de 2500 voix d’avance.
D’après les calculs de Chris Hanretty, la circonscription aurait voté à 69% pour Leave au référendum de 2016. Le politologue a également transposé les résultats de l’élection européenne: le Brexit Party aurait reçu 49% des voix contre 14% pour Labour. Comme on a vu dans les billets sur le pays de Galles et sur l’Angleterre, c’était une élection battue sur des enjeux et avec un mode de scrutin très différents.
Quel ne fut pas le choc, néanmoins, la semaine dernière de voir les conservateurs avec une avance de plus de 10 points de pourcentage sur Labour dans le sondage de Survation.
Si ce sondage reflète fidèlement la réalité (ce qu’on ne peut demander à un seul sondage de faire), un vote stratégique de la part de la totalité des personnes qui soutiennent les libéraux démocrates (à 4%) et les verts (à 3%) ne suffirait pas à combler le retard de Labour, qui visiblement perd des voix au profit du Brexit Party.
Dans le prochain billet, j’aborderai enfin un sondage sur des courses à trois à Londres dont j’ai envie de parler depuis plusieurs semaines maintenant!
Avant de retourner aux sondages et aux projections auxquels s’intéresse généralement Prime à l’urne, passons en revue les moments forts prévisibles d’une campagne qui se sont produits la semaine dernière.
Un premier débat télévisé s’est déroulé mardi dernier avec uniquement les chefs des partis de l’alternance du pouvoir.
L’émission Question Time de la BBC a consacré une demi-heure à chacun et chacune des quatre chefs qui avaient la plus grande députation au déclenchement de l’élection.
La Manifesto Week, comme l’ont appelée les médias, se termine aujourd’hui avec le dévoilement du «manifeste» conservateur.
Leaders on the telly
Il fallait que j’écrive ce sous-titre en anglais pour attirer l’attention sur le fait que les Britanniques disent «telly» plutôt que «tivi» comme nous en Amérique du Nord.
Je l’ai mentionné dans le billet constitué de brèves médiatiques: le programme de débats télévisés et autres apparitions télévisuelles est très chargé durant cette élection. Wikipedia en liste 15 au total sur 4 chaînes britanniques et 6 chaînes ou stations affiliées régionales.
Pour m’assurer que ça rentre dans la largeur de ce billet, j’ai séparé le tout par la portée du débat: Royaume-Uni, pays de Galles, Écosse ou Irlande du Nord.
Remarquez comme c’est la première ministre de l’Écosse, Nicola Sturgeon, qui représente le Parti nationaliste écossais (Scottish National Party ou SNP) à la télévision. C’est comme si le Bloc et le Parti québécois étaient en fait un seul et même parti, et qu’en 2000 Lucien Bouchard avait représenté le Bloc québécois au débat des chefs (c’était plutôt Gilles Duceppe).
Le menu a changé pour le 28 novembre: un débat sur Sky News, qui aurait été le seul avec les trois partis prétendant au pouvoir, a été remplacé par un débat sur l’environnement à Channel 4. Les sept partis ont été invités, mais Boris Johnson et Nigel Farage du Brexit Party ont décidé de passer leur tour. Ce sera donc le premier débat à l’échelle du Royaume-Uni de Plaid Cymru et du Parti vert, représentés respectivement par le chef Adam Price et par la co-chef Siân Berry.
Face-à-face sur ITV
La semaine dernière se tenait les deux premiers événements nationaux. Voici les faits saillants du face-à-face de mardi dernier sur ITV d’après la BBC:
YouGov a effectué un sondage le soir même pour savoir comment les chefs avaient été perçus lors de ce débat. Les commentateurs et commentatrices s’en sont tenus semble-t-il au top-line finding: que Boris Johnson aurait gagné le débat 51% à 49%. C’est une façon ridicule de comprendre le résultat, et ça ne rend surtout pas justice au sondage qui a demandé bien plus que ça.
D’ailleurs, les résultats de la question concernant la performance, bonne ou mauvaise, de chaque chef semblent contredire ce résultat simpliste.
Ainsi, les personnes qui ont répondu au sondage ont trouvé que les deux chefs s’en sont bien tirés, mais légèrement plus (67% contre 59%) trouvaient que Jeremy Corbyn avait bien fait. Est-ce à dire qu’il aurait dépassé les attentes? Peut-être bien. Vous pouvez aussi consulter les résultats concernant les qualités démontrées par les chefs et leur maîtrise des enjeux sur le site Web de YouGov.
Question Time
Vendredi se tenait une édition spéciale de l’émission Question Time durant laquelle les chefs se présentait une à un (orthographe intentionnelle) devant l’auditoire pour répondre à ses questions. Aux messieurs ci-dessus s’ajoutaient deux femmes qui ont malencontreusement toutes deux choisi de porter une robe turquoise pastel.
La BBC a préparé une compilation de moments où chaque chef paraît mal:
Pays de Galles
Je ne sais pas pourquoi le pays de Galles a droit à un débat de plus que l’Écosse: il faudrait demander aux stations régionales de la BBC.
Le premier débat a eu lieu à la station galloise d’ITV le dimanche 17 novembre. Jane Dodds, qui a représenté les libéraux démocrates, a été élue à l’élection partielle de cet été qui a donné lieu à la première itération de la Remain Alliance.
Écosse
Je rappelle que le 10 décembre, c’est l’avant-veille du scrutin.
Essoufflant tout ça! Il reste maintenant à voir ce qui se passera sur l’autre île britannique.
Irlande du Nord
Vous vous souvenez comme je vous ai dit que le système partisan était complètement différent en Irlande du Nord? Voici pour la première fois, donc, les concurrents du Parti unioniste démocrate (Democratic Unionist Party ou DUP) et du Sinn Féin introduits dans le dernier billet.
La présentation de chacun des partis nord-irlandais devra une fois de plus attendre, mais j’ai bon espoir qu’on y arrive avant la fin de la campagne.
Manifestes électoraux
Les propositions électorales sont présentées d’une bien drôle de façon au Royaume-Uni. Tout d’abord, au tout début de la campagne, on a eu droit à ce qui ressemblait à des cadres financiers, et ce, avant que le détail des propositions soient annoncées.
Ensuite, les manifestos n’ont rien de la concision des plateformes électorales (ou même des programmes!) qui circulent durant les campagnes au Québec et au Canada.
Full disclosure: j’ai travaillé avec l’équipe de graphisme sur les publications de Québec solidaire durant la campagne de 2014, donc ça m’amuse particulièrement de voir comment ces documents sont conçus et mis en page.
Voici donc sept manifestes électoraux publiés cette semaine par les partis prétendant au pouvoir, par un des partis nationalistes et par les partis vraiment désavantagés par le mode de scrutin.
Finalement, je n’ai pas trouvé de manifestes électoraux publiés jusqu’à maintenant pour cette campagne en Irlande du Nord. J’attends également le manicfesto (sic) de mon parti préféré: le Monster Raving Loony Party, l’équivalent britannique du Parti rhinocéros, qui présente quand même 24 candidatures pour le scrutin du 12 décembre!
Dans le prochain billet: ça va mal pour Labour… à moins que la situation ait changé au moment où j’aurai le temps de l’écrire!
J’ai terminé le dernier billet en rappelant que, grâce au fameux mode de scrutin uninominal à un tour (first-past-the-post), ce ne sont pas seulement quatre courses différentes dans les quatre nations constitutives qui se passent dans cette élection britannique, ou même sept si on divise l’Angleterre en quatre comme je l’ai fait dans le dernier billet, mais bien 650 courses.
Tous les commentateurs et commentatrices le disent: l’enjeu de l’élection, c’est de savoir si Boris Johnson pourra diriger un gouvernement majoritaire, et ainsi faire passer l’entente qu’il a négociée pour sortir de l’Union européenne. Autrement, ça va devenir assez compliqué pour lui.
Les libéraux démocrates ont dit être prêts à travailler avec quiconque remettra la décision entre les mains de l’électorat en organisant un référendum sur son entente. C’est déjà la position que défend le Parti travailliste. Il est difficile de croire que le Parti conservateur pourrait y consentir, même si c’est la seule voie pour lui permettre de garder le pouvoir.
Vous avez peut-être déjà vu les Brexit diagrams de Jon Worth, ces flow charts qui où une probabilité est attribuée à chaque événement ou résultat, ce qui permet de calculer une probabilité globale pour un résultat final. À l’aide de ce procédé, il avait déterminé que les résultats les plus probables étaient une élection générale avant la fin de l’année. C’est effectivement ce qu’on est en train de vivre.
Jon continue avec une quatrième série de diagrammes, cette fois pour déterminer ce qui risque de se produire après l’élection. Entrons avec lui dans l’arithmétique parlementaire.
Arithmétique parlementaire
Rappelons-nous comment se répartissent géographiquement les 650 sièges.
Pays
Nb de circonscriptions
Angleterre
533
Écosse
59
Pays de Galles
40
Irlande du Nord
18
TOTAL
650
La majorité est donc théoriquement de 326.
D’autres faits à noter quand on réfléchit à l’arithmétique parlementaire britannique sont illustrés (mais invisibilisés) dans la représentation suivante de la Chambre des communes, tant celle élue en 2017 que celle à la dissolution.
Si vous vous amusez à compter tous les ti-points ou à additionner les nombres de sièges, vous constaterez qu’il n’y en a pas 650 de représenter, mais bien 642: il manque donc 8 sièges.
Ceux et celles qui ne votent pas
Tout d’abord, les Britanniques ont cette habitude particulière de ne pas compter le président de la Chambre dans les résultats, parce qu’il est considéré comme non partisan.
Ainsi, les partis de l’alternance du pouvoir, les Tories et Labour, présentent des candidatures dans toutes les circonscriptions de la Grande-Bretagne —donc Angleterre, pays de Galles et Écosse— exception faite de Chorley dans le Lancashire (nord-ouest de l’Angleterre). C’est la circonscription de Lindsay Hoyle, le nouveau président de la Chambre (oui, Lindsay est aussi un nom de gars au Royaume-Uni… posez-moi pas de questions…).
Les trois partis qui prétendent au pouvoir (j’inclus les LibDems) lui laissent la voie libre, mais un vert et un indépendant se présentent contre lui. Son affiliation est inscrite comme étant «Speaker seeking re-election» («président qui tente de se faire réélire»).
Donc ça explique un siège manquant. Et les sept autres? On les voit sur cette carte des résultats de 2017, en vert forêt en Irlande du Nord (trop de partis pour trop peu de couleurs…).
Ces circonscriptions ont été remportées par le Sinn Féin, un parti républicain (qui prône donc la réunification de l’Irlande). Il opère d’ailleurs également au sud de la frontière sans douane, en République d’Irlande. Il gagne toujours des sièges aux élections britanniques, mais n’envoie pas de députation à Westminster (la métonymie qui désigne le Parlement britannique).
La visualisation de la Chambre des communes ci-dessus présente donc uniquement les député·e·s qui votent? Pas tout à fait. Parmi celles et ceux représentés, il y en a trois qui ne voteront pas non plus. En effet, le président de la Chambre est assisté de trois adjoints, qui s’abstiennent comme lui.
Majorité parlementaire
Pour opérer un gouvernement majoritaire, le nombre de courses que doivent gagner les conservateurs dépend du nombre que le Sinn Féin gagnera. À la dernière législature, sept des 18 sièges d’Irlande du Nord étaient tenus par ces abstentionnistes. Les sites de projection Electoral Calculus et Forecast UK prévoient respectivement 7 sièges et entre 3 et 6 sièges.
Au plus bas, 7 personnes élues à la Chambre des communes ne voteraient pas dans la prochaine législature. Au plus, ce serait le statu quo, avec 11 qui ne votent pas. Si on soustrait ces abstentions des 650 sièges, on obtient une majorité fonctionnelle qui se situerait entre 320 et 322. Les conservateurs doivent faire élire deux personnes de plus, qui deviendront adjoints au président (le troisième viendra du rang des travaillistes, comme le président).
Pour être sûrs et certains de pouvoir faire passer leur entente, les conservateurs devraient donc gagner dans au moins 324 circonscriptions.
Il divise les possibilités selon trois cas de figure en fonction des résultats des conservateurs.
Cas de figure
Sièges conservateurs
Gouvernement conservateur majoritaire
320 ou plus
Gouvernement minoritaire compliqué
entre 300 et 319
«Victoire» pour Labour
299 ou moins
Vous aurez peut-être remarqué que je suis donc en désaccord avec le chiffre précis que met Jon sur le gouvernement conservateur majoritaire. Je lui en ai parlé sur Twitter, et il m’a répondu que c’est parce que le Parti unioniste démocrate (Democratic Unionist Party ou DUP) s’abstiendrait.
Lorsque Theresa May avait perdu sa majorité en lançant l’élection anticipée de 2017, le DUP a obtenu 10 des 18 sièges nord-irlandais et lui a offert son soutien sans participation (confidence-and-supply agreement). Ils se sont pas mal fait avoir —pour rester polie— par Johnson lorsqu’il a négocié l’entente pour sortir de l’Union européenne.
Et donc au final?
Les deux cas de figure aux extrémités (320 sièges conservateurs ou plus, ou encore 299 sièges conservateurs ou moins) mènent directement à deux résultats opposés sur l’enjeu du Brexit: l’adoption avant le 31 janvier 2020 de l’entente négociée avant le déclenchement de l’élection ou un deuxième référendum qui ne pourra pas se tenir avant l’été 2020.
Entre les deux, divers jeux de coulisses pourraient augmenter les chances qu’un ou l’autre de ces résultats se produisent. Néanmoins, si les conservateurs gagnent entre 300 et 319 sièges, on risque surtout de voir perdurer l’impasse.
On parle peu de ces possibilités parce qu’à l’heure actuelle les maisons de sondage et les preneurs de paris s’entendent pour dire que les conservateurs risquent d’obtenir une confortable majorité le 12 décembre.
C’est pourquoi l’attention est si dirigée vers le vote stratégique, pour faire mentir les projections, toujours difficiles à faire dans un paysage mouvant et un mode de scrutin uninominal à un tour.
Vote stratégique
Ipsos MORI a trouvé dans son sondage mené du 15 au 19 novembre qu’il y avait plus d’appétit pour le vote stratégique à cette élection que lors des deux dernières élections générales: 14% de l’électorat a l’intention de voter pour un parti qui permettra de battre le parti honni plutôt que pour celui qui représente le mieux son point de vue, contre 11% et 10% respectivement lors des élections de 2017 et 2015.
C’est l’autre projet de Jon, un Anglais qui vit à Berlin, un ancien travailliste qui s’implique chez les verts en Allemagne: un ardent Remainer on devinera. Il a préparé le 2019 UK General Election Tactical Voting Guide, qu’il met à jour quelques fois par semaine.
Trop de chefs, pas assez d’indiens?
(Est-ce que je peux dire ça?)
Jon part des cinq (oui, cinq!) outils de vote stratégique:
Un site, Compare the Tacticals, permet de les comparer de même que les deux du côté Brexit (un de plus que la dernière fois que j’avais vérifié!). On y voit aussi les résultats aux élections précédentes et les changements de consigne.
Les différences dans leur posture (anti-Brexit, anti-conservateur ou pour un deuxième référendum) influencent leurs consignes dans les circonscriptions où avaient été élus des personnes qui ne se représentent pas cette fois sous la bannière conservatrice. Si ce sont d’ardents Remainers, les sites anti-Brexit et pour un deuxième référendum peuvent les appuyer. Les deux autres ne voudront pas.
Par exemple, Anna Soubry se représente dans Broxtowe, dans le Nottinghamshire dans les Midlands. Elle a été élue comme conservatrice avec une majorité de moins de 900 voix, 2,6 fois moins que ce qu’ont obtenu les libéraux démocrates.
Get Voting (anti-Brexit) et People’s Vote n’hésitent pas à donner la consigne de voter pour elle comme elle a beaucoup mobilisé pour un deuxième référendum. Toutefois, tactical.vote (anti-Tory) suggère plutôt de voter pour Labour.
Le guide de vote stratégique de Jon
Heureusement, les cinq sites s’entendent dans la vaste majorité des circonscriptions. Dans celles où ce n’est pas le cas, Jon a passé en vue les données disponibles. Un de ses objectifs est clairement de contrer l’argument que le vote stratégique est inefficace parce que les consignes sont divergentes.
Dans sa mise à jour du 21 novembre, il a trouvé dans les 573 sièges en Angleterre et au pays de Galles que 76% des consignes concordaient entre les cinq sites.
Consignes concordantes
Consignes discordantes
Châteaux-forts conservateurs
Cas complexes
Consigne proposée
Encore trop tôt
436
75
52
10
Jon a passé au peigne fin chacun des 62 cas complexes et détaille son analyse avant de donner sa recommandation. Broxtowe est un des dix cas encore trop complexes pour lequel il n’est pas encore prêt à donner une recommandation.
Pour l’Écosse et l’Irlande du Nord, il refait l’analyse. Ce sera une bonne occasion de couvrir le système dans chacune de ces nations.
Et, comme on l’a suggéré sur Twitter, pourquoi pas en faire un diagramme? C’est un bel exemple d’une initiative qui s’insère dans ce qui se fait d’autre plutôt que de tenter de recommencer à zéro.
Ça fait longtemps que je cherche comment présenter les enjeux partisans de l’Angleterre, cette nation constitutive qui domine le Royaume-Uni. Les cartes et les cartogrammes offrent des portraits tout en nuance dans lesquels j’ai tendance à me perdre. Finalement, j’ai trouvé qu’on pouvait très bien expliquer la carte électorale de l’Angleterre en regardant des tableaux découpés en quatre.
C’est moins joli, mais c’est plus simple, vous allez voir.
Informellement, on peut diviser l’Angleterre entre le Nord, les Midlands et le Sud, où on trouve la capitale, Londres. Sur la carte de l’Angleterre ci-contre, le nord est en bleu, les Midlands en vert et le Sud en jaune. Comme il s’agit d’une carte de l’Angleterre et non de la Grande-Bretagne, il manque l’Écosse en haut de la section bleue et le pays de Galles à gauche de la section verte (il toucherait aussi au bas de la section bleue).
Pour y aller grossièrement, le Nord vote Labour depuis toujours (c’est-à-dire depuis Margaret Thatcher) et a voté Leave au référendum de 2016. Ce sont dans les Midlands conservateurs que les Anglais (et les Britanniques) ont voté avec le plus de conviction pour sortir de l’Union européenne, et ce, à 59%. Le Sud, plus conservateur, était aussi plus partagé lors du référendum.
L’autre distinction entre le Sud et les Midlands, c’est que, tout en étant bons troisièmes, les libéraux démocrates y sont plus forts qu’ailleurs en Angleterre. Le Sud est également plus favorable aux verts que le reste de l’Angleterre: c’est d’ailleurs là qu’on trouve leur seul siège, à Brighton Pavilion.
Londres et les autres régions
Seule Londres (et l’Écosse et l’Irlande du Nord) a voté majoritairement pour Remain, et ce, à 60%. À la fois métropole et capitale qui regroupe un sixième de la population anglaise, Londres est vraiment une île métaphorique au sein du pays, une île qui devient de plus en plus rouge dans la marée bleue que sont les Midlands et le Sud de l’Angleterre.
Pour des fins statistiques, l’Office for National Statistics, l’équivalent britannique de Statistique Canada ou de l’Institut de la statistique du Québec (dont le site Web est bilingue anglais et gallois), divise l’Angleterre en 9 régions: trois dans le nord, deux dans les Midlands (est et ouest, tout simplement) et quatre dans le Sud, dont une pour Londres.
East of
England
London
South East
South West
East
Midlands
West
Midlands
Yorkshire and
the Humber
North
East
North West
Comme nous le verrons, les divisions régionales, utilisées par les sondeurs, servent aussi d’aires de vote aux élections européennes. Plutôt que de recalculer les résultats en fonction la pondération de chaque région dans sa plus grande division, j’ai regroupé visuellement les régions dans les tableaux qui suivent en fonction de la subdivision (Nord, Midlands, Sud et Londres).
Le système partisan en Angleterre
Voyez comme les mêmes tendances persistent de l’élection de 2015 à celle de 2017, bien que les niveaux de soutien soient différents pour les partis à l’échelle nationale:
le Nord et Londres, tout deux Labour, contre les Midlands et le Sud pour les Tories;
les appuis pour Labour sont au plus bas dans le Sud, puis dans les Midlands;
les plus grands appuis pour tant pour les libéraux démocrates que pour les verts sont dans le Sud et à Londres;
les Midlands sont les moins accueillants envers les LibDems.
J’ignore le United Kingdom Independence Party (UKIP) parce que ses appuis se sont effondrés en 2017 comme le référendum sur l’adhésion à l’Union européenne a été tenu, et même gagné l’année, précédente.
Pour récapituler, donc, deux subdivisions de l’Angleterre sont conservatrices et deux sont travaillistes. On peut les distinguer entre elles par l’appui relatif aux libéraux démocrates.
Tories
Labour
LibDems
Verts
Nord
–
+ +
–
Midlands
+
–
– –
Sud
+ +
– –
+
+
Londres
–
+ +
+
+
C’est la fameuse spécialisation géographique du vote au sein du bloc des couleurs chaudes dont parlait le billet précédent. Si Londres est un endroit où à la fois Labour et les LibDems réussissent bien, chacun à leur échelle, le Sud allergique aux travaillistes est une terre d’accueil pour les LibDems. Labour règne aussi en roi dans le Nord, où les libéraux démocrates n’obtiennent pas de très bons résultats.
L’axe Remain/Leave en Angleterre
Le sentiment à l’égard de l’Union européenne menace de brouiller les cartes du système partisan depuis le référendum. On l’a déjà dit mais, en Angleterre, seule Londres a voté Remain, et ce, légèrement plus fortement que le vote Leave dans toutes les autres régions.
Ajoutons donc une colonne Brexit à notre tableau synthèse.
Brexit
Tories
Labour
LibDems
Verts
Nord
+ Leave
–
+ +
–
Midlands
+ + Leave
+
–
– –
Sud
Leave
+ +
– –
+
+
Londres
+ + Remain
–
+ +
+
+
Les deux subdivisions conservatrices et les deux travaillistes qu’on pouvait avant départager par leur appui relatif aux libéraux démocrates peuvent maintenant être distinguées aussi par leur position envers l’Union européenne.
Des partis divisés
Je vais simplifier à outrance pour illustrer le grand écart qu’ont dû faire les partis de l’alternance du pouvoir. En gras sont les subdivisions qui posent problème.
54%-59% Leave
44%-60% Remain
Tories
Midlands
Sud
Labour
Nord
Londres
Si on place Labour dans la colonne Remain pour un instant, les positions des partis de l’alternance du pouvoir s’alignent à Londres (Labour et Remain) et dans les Midlands (conservateurs et Leave). Les Tories se sont toutefois retrouvé avec un potentiel problème dans le Sud, où l’appui modéré à la sortie de l’Union européenne signifie qu’il y a un électorat Remain non négligeable. Une partie de cet électorat votait Tory.
Depuis, un des grands Brexiters en chef, Boris Johnson, est devenu chef du Parti conservateur et a effectué une purge après qu’une portion de sa députation se soit rebellée sur un vote au tout début de son mandat. Avec un slogan comme «Get Brexit Done!», le Parti conservateur n’essaie plus de conserver ses sièges où on a voté Remain en 2016: c’est pourquoi les commentateurs et commentatrices prévoient des pertes conservatrices dans le Sud et en Écosse.
Comme on a vu dans le billet précédent sur les deux blocs que je refuse d’appeler Leave et Remain, Labour s’est sorti de son grand écart entre le Nord Leave et Londres Remain en promettant un deuxième référendum pour donner au peuple l’occasion de clôre le débat.
Une des questions de cette élection, c’est de savoir s’il remportera son pari en étant en mesure de conserver ses sièges qu’on appelle Lab-Leave dans le Nord (et au pays de Galles). Il y est parvenu en 2017 contre Theresa May. Johnson revient à la charge avec la même stratégie: les châteaux-forts rouges tiendront-ils encore le coup?
La toute dernière élection
Comme on a vu avec le pays de Galles, les positions europhiles et eurosceptiques se sont superposées au système partisan aux élections européennes du printemps dernier. La grande surprise avait été de voir les partenaires junior des blocs qu’on a vus dans le dernier billet sortir en tête: le Brexit Party pour les couleurs froides et les libéraux démocrates pour les couleurs chaudes.
Résultats régionaux aux élections européennes de 2019
Si on compare au tableau synthèse, on remarque que:
les Midlands et le Sud demeurent les endroits les plus forts pour le Parti conservateur, même lorsqu’il se retrouve reléguer en cinquième place à l’échelle de l’Angleterre;
le Sud est encore plus spectaculairement allergique au Parti travailliste que dans les élections générales de 2015 et de 2017;
le Sud et Londres plus particulièrement sont encore plus clairement favorables aux libéraux démocrates que le Nord et les Midlands.
Finalement, beaucoup plus de gens se sont permis de voter vert comme le mode de scrutin proportionnel à l’échelle régionale donnait espoir de finalement élire des verts britanniques au Parlement européen. Notons que la population de chaque région détermine la taille de son eurodéputation.
On constate que, malgré le fait que les partenaires junior de chaque bloc ont mieux réussi à l’élection du printemps, Labour a conservé son avantage sur son partenaire dans le Nord. Les libéraux démocrates ont toutefois devancé Labour à Londres.
Quels résultats seront garants du futur?
Le grand enjeu pour ceux et celles qui tentent de coordonner le vote stratégique est de déterminer quel scénario de base employer pour calculer vers le parti vers lequel l’électorat anti-Brexit ou anti-Tory devrait se tourner.
Plusieurscommentateurs suggèrent que l’élection de 2017 était peut-être une anomalie, que les appuis pour Labour étaient anormalement élevés (plutôt que d’indiquer un nouvel état de fait). D’autres soutiennent que ce serait une erreur de se fier à la toute dernière élection, celle du printemps dernier, parce que le mode de scrutin et les enjeux ne sont vraiment pas les mêmes aux élections européennes.
Que disent les sondages?
YouGov a mené du 17 au 28 octobre un sondage en Angleterre avec un échantillonnage assez grand pour pouvoir présenter des résultats par région. Un deuxième sondage a été mené du 30 octobre au 4 novembre pour Londres seulement.
Les appuis au Brexit Party, jamais très grands à Londres, sont probablement à prendre avec des pincettes ailleurs comme c’était avant l’annonce qu’il abandonnait son statut de parti national à la faveur d’une Leave Alliance unilatérale.
Sondages YouGov de la mi-octobre au début novembre 2019
Le changement le plus important se retrouve dans le Nord où, d’après ce sondage, le Parti travailliste serait en train de perdre son pari de maintenir une coalition Leave dans le Nord et Remain à Londres en promettant un deuxième référendum.
En effet, en cette terre censée être rouge foncé, dans deux des trois régions, les conservateurs seraient en avance. Celle où Labour tient encore bon, North East, est la plus petite (son plus grand centre urbain est Newcastle upon Tyne). C’est aussi celle où le Brexit Party réussirait le mieux: on peut supposer que si ses appuis diminuent, North East basculerait dans la colonne des conservateurs comme les deux autres régions du Nord.
L’autre partie de l’Angleterre où on voit du changement est celle où c’était le Parti conservateur qui devait faire le grand écart: le Sud plus partagé sur l’enjeu du Brexit. En 2015 et en 2017, le Sud de l’Angleterre était plus conservateur que les Midlands: ce ne serait plus le cas d’après ce sondage. De plus, les LibDems devanceraient maintenant Labour dans le Sud.
Nous avons examiné l’Angleterre découpée en quatre, mais aux fins de l’élection du 12 décembre, elle se divise en 533 circonscriptions où se déroulent 533 courses distinctes. C’est à celles-ci, auxquelles s’ajoutent les 40 du pays de Galles, les 59 de l’Écosse et les 18 de l’Irlande du Nord, que s’attardent les sites de projection, mais surtout les sites de vote stratégique.