Réaction

La course pour la médaille de bronze

À Tout le monde en parle, hier, Guy A. Lepage a commencé son entrevue avec les analystes politiques en leur demandant:

Le PLQ et la CAQ se chicanent ensemble, et le PQ et Québec solidaire se chicanent de leur bord. Est-ce qu’il y a deux courses parallèles entre deux partis qui pourraient former le gouvernement et deux partis qui voudraient former l’opposition?1

Comme les prévisionnistes Éric Grenier et Philippe J. Fournier, je m’intéresse davantage à la deuxième:

— Again, we’re talking about the bottom of the race, we gotta talk about the top!

— But it’s so interesting, right?2

Bien évidemment, j’ai le point de vue très particulier d’une personne qui a analysé le vote solidaire pour voir où il serait possible d’éventuellement faire des gains.

Aujourd’hui est un grand jour: c’est l’occasion pour moi de voir si les analyses que j’ai préparées en 2014 en vue des élections qui viendraient quatre ans et demi plus tard se sont avérées juste.

Commençons notre observation de la course pour la médaille de bronze avec une controverse qui a beaucoup alimenté mon fil Facebook dans les derniers jours. Vous pouvez aussi vous rendre directement à l’analyse de la répartition géographique des appuis péquistes et solidaires.

L’attrait du orange

Pancarte libérale tricolore (bleu, orange, rouge) dans Hochelaga
Source: Skelling, Yannick. Publication Facebook. 28 septembre 2018.

Des photos du PQ et du PLQ qui «récupéraient» le orange solidaire ont beaucoup circulé sur mon fil Facebook.

Cette pancarte du PLQ, posée au coin des rues Guimond et Pie-IX dans la circonscription Hochelaga-Maisonneuve, n’est pas très utile si l’objectif était de confondre l’électorat. Le candidat Julien Provencher-Proulx n’est même pas identifié…

Je ne crois donc pas que le PLQ essaie de «récupérer» la sympathie envers Québec solidaire.

Envoi postal de Carole Poirier sur fond orange
Source: Skelling, Yannick. Publication Facebook. 28 septembre 2018.

Ce dépliant du PQ illustre bien, à mon avis, la course en cours pour la médaille de bronze. Il donne l’impression, avec son fond orange, que Carole Poirier est en fait candidate de QS.

Il permet d’associer le visage de la candidate (qui se trouve sur le bulletin de vote) avec la couleur orange associée à QS pour espérer que les personnes qui ne prennent pas le temps de lire les noms de parti se trompent et votent pour elle en voulant voter pour QS.

Dans un quartier avec un taux d’analphabétisme plus élevé qu’ailleurs sur l’île3, c’est plutôt futé! (Je vous laisse juger du caractère éthique ou pas de la manœuvre.)

Macarons oranges «Solidaire avec Dave Turcotte»
Source: Bédard-Wien, Jérémie. Publication Facebook. 23 septembre 2018.

L’objectif de «récupération» du orange par Dave Turcotte laisse tant qu’à moi moins de place à l’interprétation puisque le macaron utilise également le terme «solidaire». Autant je trouve la tactique efficace dans Hochelaga, autant je la trouve désespérée dans Saint-Jean, sur la Rive-Sud de Montréal.

Dans les projections finales de Too Close To Call et de Qc125, Québec solidaire (QS) n’a aucune chance de l’emporter dans Saint-Jean. L’objectif des macarons serait donc de rallier le vote QS pour permettre au député sortant de conserver son siège.

Le problème, c’est que dans la dernière projection par circonscription de Too Close To Call avant que ne soit prise la photo (celle du 21 septembre), le PQ était à 27,2% et QS à 14,8%4. Si tout l’électorat solidaire transférait plutôt au PQ, celui-ci atteindrait 42,0%, ce qui aurait effectivement permis de potentiellement dépasser la CAQ à 38,8%5.

Il faudrait que le PQ réussisse à récupérer tout tout tout le vote solidaire dans Saint-Jean pour espérer battre la CAQ. Toutefois, la manœuvre risque d’aliéner autant de gens qu’elle réussirait à tromper (en faisant croire que Dave Turcotte est le candidat solidaire pour lequel une personne voulait voter).

Bref, il me semble vraiment désespéré de penser qu’on puisse l’emporter en trompant un maximum de 50% de l’électorat solidaire dans Saint-Jean (et ce, parmi les personnes qui voient le macaron!).

Si le 21 septembre Too Close To Call accordait 6% de chances au péquiste Dave Turcotte de conserver sa place à l’Assemblée nationale, dans ses projections finales, Saint-Jean est devenu un siège assuré pour la CAQ6. C’est également ce que projette Qc1257.

La multiplication des bleus

D’autres internautes ont fait remarqué qu’à ce titre, QS «récupérait» tout autant le bleu péquiste. Ou est-ce le bleu caquiste? (Vous remarquerez que je milite pour une CAQ mauve pour éviter la confusion dans les visualisations!)

Je n’ai pas fait d’étude systématique, mais j’ai l’impression que la quantité de bleu dans le matériel de QS a augmenté depuis sa fusion avec Option nationale. Le parti de gauche semble avoir intégré plus de bleu à son graphisme parce que c’était la couleur d’ON. (Encore un autre bleu! Une chance qu’il y a eu fusion!)

Bannière Facebook bleue de Québec solidaire
Source: Bannière Facebook. Québec solidaire, 16 septembre 2018.

On se retrouve donc effectivement avec du matériel qui ressemble à celui du PQ, quoiqu’avec une facture graphique un peu différente.

Il semble que Like-Moi en ait fait toute une parodie, de tous ces bleus.

Sketch primeur Like-Moi! | Positions politiques

[ PRIMEUR SAISON 4 ]

Soyez informés, allez voter! Une nouvelle nouveauté toute neuve de Like-Moi!

#FULLIMPACT #BLEUvsBLEU

Publiée par Like Moi sur Samedi 22 septembre 2018

 

Les prognostics

Alors c’est l’état de la course pour la médaille de bronze vue de mon fil Facebook. De quoi a-t-elle l’air dans les sondages?

Nous avons eu droit à quatre sondages de fin de campagne (dont un dernier de Forum qui a été publié à minuit moins 58: j’ai veillé tard…).

Dernière date du sondage Maison de sondage Taille de l’échantillon CAQ PLQ PQ QS
27 sept. Léger
(panel Web)
1502 28% 26% 17% 17%
27 sept. Mainstreet
(appels automatisés)
1760 28,7% 26,8% 18,4% 14,9%
28 sept. Ipsos
(2/3 en ligne et 1/3 par téléphonistes)
1250 26% 25% 14% 13%
30 sept. Forum
(appels automatisés)
1716 33% 28% 20% 17%

Les projections finales des trois sites qui donnent des projections consolidées (et non une par sondage comme le modèle Forest/Guntermann) font état d’une course pour la médaille de bronze très incertaine en nombre de sièges.

Poll Tracker9 Too Close To Call10 Qc12511
PQ QS PQ QS PQ QS
Vote populaire 19,0% 16,5% 18,4% 16,0% 19,4% 15,1%
Sièges
Minimum 1 5 4 5 1,0 3,8
Projection 10 10 8 7 11,7 6,7
Maximum 31 18 22 11 23,3 9,5

Toutes les projections placent le PQ devant QS sur le plan du vote populaire. Elles situent aussi toutes le minimum de sièges du PQ sous celui de QS. Comment est-ce possible? Le Poll Tracker placent même les deux partis souverainistes à égalité pour le nombre de sièges!

C’est parce que le vote de Québec solidaire est très concentré. Il est donc plus sûr que celui du PQ à certains endroits, mais il est aussi trop diffus ailleurs pour espérer gagner autant de sièges que le PQ avec la même proportion des voix à l’échelle provinciale.

Les défis contraires des concurrents

Bryan Breguet de Too Close To Call a accompagné sa dernière projection de ce diagramme à bandes fort utile pour comprendre les défis différents des deux partis qui s’opposent pour la troisième place.

Nombre de sièges par chances de gagner la circonscription
Source: Breguet, Bryan. «Projections finales pour Québec 2018: une majorité CAQ». Too Close To Call (blogue), 30 septembre 2018.

Complètement à gauche, on retrouve le nombre de circonscriptions dans lesquelles chaque parti n’a absolument aucune chance de l’emporter. À l’opposé, à droite, on trouve le nombre de circonscriptions que chaque parti a définitivement en banque.

Chaque parti? Remarquez qu’il n’y a pas de bande bleue complètement à droite, au-dessus de «100%». C’est parce que dans les simulations de Too Close To Call, il n’y a aucune circonscription que le PQ a gagné à chacune des 10000 simulations. Il y a toujours eu un autre parti qui a emporté une circonscription péquiste dans une ou plusieurs simulations.

À l’autre bout du spectre, Québec solidaire a beaucoup plus de circonscriptions que le PQ où il n’a aucune chance (environ 60% des circonscriptions contre 40% pour le PQ).

Le vote de Québec solidaire est tellement concentré qu’il lui assure trois sièges garantis le long de la ligne orange à Montréal, mais il fait en sorte qu’il n’est pas compétitif ailleurs.

On voit le même phénomène dans la course pour la première place où «[l]e vote PLQ est trop concentré pour être vraiment compétitif12.» Les libéraux ont plus de sièges assurés que les caquistes, mais ils ont aussi plus de circonscriptions où ils n’ont aucune chance.

L’inefficacité du vote solidaire

Cette élection devrait marquer la fin de l’ère de Québec solidaire—parti montréalais, mais ça demeure un parti exclusivement urbain.

Regardez la carte électorale de Too Close To Call: on ne voit pas de polygones oranges!

Source: Breguet, Bryan. «Projections finales pour Québec 2018: une majorité CAQ». Too Close To Call (blogue), 30 septembre 2018.

C’est parce que les 7 circonscriptions qu’il donne à QS dans sa projection sont toutes à Montréal et à Québec, des circonscriptions urbaines, donc trop petites pour être visibles quand on «zoom out» comme ça.

Projection du vote populaire (30 septembre 2018)
Source: Fournier, Philippe J. «La Coalition avenir Québec aux portes du pouvoir». L’Actualité, 30 septembre 2018.

Cette concentration des voix en ville rend le vote de Québec solidaire extrêmement inefficace cette élection-ci. Dans un mode de scrutin proportionnel, avec 13% à 17% des voix, comme le prévoit la projection finale de Philippe J. Fournier, Québec solidaire pourrait espérer obtenir entre 16 et 21 sièges. Dans le meilleur des meilleurs scénarios, Too Close To Call lui en accorde 17 et Qc125, 11.

Pourquoi Québec solidaire obtient moins de sièges avec un mode de scrutin uninominal à un tour?

Bryan Breguet dirait que c’est parce qu’il est «stupide», mais ce n’est pas très complet comme explication13. Examinons plus précisément comment ces intentions de vote se distribuent dans la province.

Les sondeurs divisent le Québec en trois à cinq régions. Les trois régions de base sont la région métropolitaine de recensement de Montréal, celle de Québec et le reste du Québec. Ipsos et Mainstreet divise la première entre l’île de Montréal et ses banlieues. Forum ajoute une couche de précision en subdivisant ces dernières en couronne Nord et couronne Sud.

Intentions de vote dans la région métropolitaine de recensement de MontréalMontréal (57 sièges)

Le tout dernier Forum est le seul à placer la CAQ devant les libéraux dans la course pour la médaille d’or. PQ et QS se mènent dans tous les sondages une chaude lutte pour la médaille de bronze.

Malheureusement, Léger ne distingue pas entre l’île et ses couronnes. Voyons ce qu’ont trouvé les autres sondages.

Intentions de vote sur l'île de MontréalÎle de Montréal (27 sièges)

D’après Mainstreet et Ipsos, les libéraux auraient une avance très solide sur l’île de Montréal. Ils trouvent également une course à trois plus ou moins serrée pour la deuxième place.

Forum, par contraste, trouve que la CAQ se détache du groupe de chasse pour obtenir définitivement la médaille d’argent sur l’île de Montréal. L’avance des libéraux n’y est pas du tout aussi éclatante. Rappelons que ces sondages ne distinguent pas entre l’est francophone et l’ouest anglophone de l’île.

Intentions de vote dans les couronnes de MontréalCouronnes nord et sud de Montréal (30 sièges)

Tous les sondeurs qui distinguent les couronnes de l’île placent les partis dans le même ordre, mais les égalités statistiques ne sont pas les mêmes.

Forum a encore une fois la CAQ plus haut, la positionnant plus solidement en avance. Elle est également en première position dans Mainstreet, mais tout juste. Les barres d’erreur des meneurs se chevauchent dans Ipsos, qui a une plus petite taille d’échantillon, donc des marges d’erreur plus grandes.

La course entre le PQ et QS est par ailleurs, sans surprise, moins serrée en banlieue de Montréal que sur l’île.

Intentions de vote dans la région métropolitaine de recensement de QuébecQuébec (13 sièges)

La région métropolitaine de recensement de Québec est la plus petite région de base qu’étudient les sondeurs. On n’y retrouve que 13 circonscriptions, soit moins de la moitié des 27 circonscriptions sur l’île de Montréal et des 30 dans les couronnes.

La petite taille d’échantillon de Mainstreet cause plus de chevauchement, mais les trois autres sondages trouvent une CAQ confortablement en avance dans la région où sa montée a commencé (avec l’élection partielle dans Louis-Hébert il y a presqu’exactement un an).

Léger, Ipsos et Forum ont tous trouvé une course serrée pour la médaille d’argent.

Intentions de vote dans le reste du QuébecReste du Québec (55 sièges)

Il n’y a que dans le dernier Mainstreet que le PQ devance QS au-delà de la marge d’erreur, et ce, uniquement dans le reste du Québec, où la CAQ par ailleurs domine.

Transposition en sièges

En somme, la CAQ est en avance partout sauf sur l’île de Montréal. Le PQ et QS sont à égalité statistique partout dans les intentions de vote sauf dans le reste du Québec. Si leur course pour la médaille de bronze est si serrée, pourquoi la variabilité des projections de la taille de la députation péquiste est si grande?

Examinons les projections par circonscription de Too Close To Call et de Qc125. Ci-dessous, la liste des circonscriptions où Québec solidaire aurait au moins 2% des chances de l’emporter (le seuil de Bryan a utilisé pour ses guides du vote stratégique14).

Région Nb de sièges Intentions de vote
Circonscriptions à 2% ou plus de chances de gagner Too Close To Call Qc125
Île de Montréal 27 sièges 11%-21%
Gouin 100% >99%
Mercier 100% >99%
Sainte-Marie—Saint-Jacques 100% >99%
Hochelaga-Maisonneuve 80% 92%
Laurier-Dorion 80% 62%
Rosemont 50% 65%
Maurice-Richard 21% 7%
Bourget 9%
Pointe-aux-Trembles 3%
Couronnes de Montréal 30 sièges 10%-21%
aucune circonscription
Région métropolitaine de recensement de Québec 13 sièges 10%-25%
Taschereau 96% 82%
Jean-Lesage 32% 15%
Jean-Talon 2%
Reste du Québec 55 sièges 13%-24%
Rouyn-Noranda—Témiscamingue 35% 23%
Sherbrooke 17% 21%
Chicoutimi 4%
Abitibi-Ouest 2%
Saint-François 2%

Les appuis de 10% à 21% de Québec ne mèneront à aucun siège dans les Couronnes de Montréal (qui en distribuent 30).

L’appui important dans le reste du Québec (13%-24%) pourrait au moins se traduire par 5 sièges sur 55 (9% de la représentation), mais ça implique que Québec solidaire gagne dans Chicoutimi, Abitibi-Ouest et Saint-François. Too Close To Call y accorde entre 2% et 4% de chances aux candidatures solidaires.

Le parti n’a, à ce que je sache, aucune ressource particulière dans ces trois derniers comtés. De plus, la gang d’Abitibi-Ouest risque d’être réquisitionnée pour appuyer Rouyn dans sa sortie de vote, et c’est assurément le cas de Saint-François, de l’autre côté de la rivière à Sherbooke.

L’appui impressionnant de Québec solidaire dans la RMR de Québec (10%-25%) pourrait permettre aux deux têtes de proue d’Option nationale, Catherine Dorion dans Taschereau et Sol Zanetti dans Jean-Lesage, d’être élus à l’Assemblée nationale. La dernière projection de Too Close To Call ajoute Jean-Talon avec 2% de chances.

Avec deux à trois sièges sur 13, QS récolterait 15% à 23% de la représentation de la région de Québec, un taux beaucoup plus efficace que dans le reste du Québec.

Il n’y a qu’à Montréal que le vote de Québec solidaire est efficacement concentré. En effet, le parti de gauche, crédité de 11% à 21% d’appuis, est en droit d’espérer récolter de sept à neuf sièges parmi les 27 de l’île. C’est entre un quart et un tiers de la représentation de la métropole!

Si le vote solidaire est si efficace à Montréal, c’est qu’il est concentré dans l’est de l’île, qui envoie 14 personnes à l’Assemblée nationale. Dans le seul Léger de cette année qui a offert des résultats ventilés entre l’est et l’ouest de l’île (mené en juin), Québec solidaire obtenait entre 16% et 28% dans l’est francophone (et anciennement péquiste) et entre 2 et 10% dans l’ouest anglophone (solidement libéral)15.

Les appuis du parti de gauche sont passés de 11% à 15% dans Léger dans la RMR de Montréal, donc on est en droit de croire que l’appui a augmenté dans l’est, mais on ne sait pas dans quelle proportion (c’est le travail des prévisionnistes)16.

Le terreau historiquement fertile de Québec solidaire pourrait lui permettre de gagner une plus grande proportion de sièges dans l’est de Montréal que son appui populaire. En effet, sept à neuf sièges dans le meilleur des meilleurs scénarios sur les 14 de l’est de l’île, c’est entre la moitié et 64% de la députation!

Même si on ne compte que les cinq sièges les plus certains, Québec solidaire gagnerait 36% des sièges de l’est de Montréal. Je resterais bien surprise que le parti obtienne un aussi haut score, même dans l’est de Montréal, sans obtenir plus de sièges.

Maman, c’est fini!

Me Marchi, Martin et moi seront réunis ce soir pour suivre la soirée électorale dans le comté de Jean-François Lisée. Suivez-nous sur Twitter pour une soirée qui s’annonce haute en couleurs!

Notes

Réaction

L’électorat est encore très volatile à la veille du dernier débat

Vous l’avez sans doute déjà lu dans les médias: à la lumière des sondages Mainstreet et Léger de cette semaine, nous avons maintenant une vraie course.

Plutôt que chaque parti s’en tienne soigneusement à son couloir (CAQ dans le 1er, PLQ dans le 2e, PQ dans le 3e et QS dans le 4e), les deux meneurs zigzaguent entre les deux premiers couloirs et font monter la pression sanguine de Bryan Breguet à Too Close To Call:

Mon cauchemar (en tant que “projectionniste”): l’incertitude vient de passer de très faible à quasiment maximale. Pour preuve, les distributions aujourd’hui vs le 7 septembre

Source: Breguet, Bryan. Tweet. @2closetocall, 19 septembre 2018.

Les deux graphiques dans cette vidéo présentent à la verticale le nombre de simulations, sur 10000, qui donnent un certain nombre de sièges (sur l’axe horizontal) à chacun des trois principaux partis (différenciés par couleur).

Les courbes de distribution des sièges de la Coalition avenir Québec (mauve) et du Parti libéral du Québec (rouge) se chevauchent maintenant complètement. Deux semaines auparavant (deuxième graphique), elles étaient presque aussi distinctes l’une par rapport à l’autre qu’elles ne le sont par rapport à celle du Parti québécois (bleu).

Course serrée et électorat volatile

La course se resserre alors que l’électorat demeure très volatile. Commençons par jeter un coup d’œil à notre graphique habituel, mis à jour grâce au rapport du dernier sondage Léger:

Visiblement la volatilité de l’électorat fait du surplace. Toutefois, ça commence à être difficile de comparer avec les élections précédentes.

Ayant déjà établi que le choix définitif (barres bleues) était la donnée la plus significative (plutôt que «Probable que je change d’avis» en rouge), je me suis dit qu’on pourrait visualiser uniquement celle-là en «empilant» les campagnes électorales plutôt que de les mettre côte à côte.

Évolution de la volatilité durant la campagne

En modifiant le script que j’utilise dans R pour faire les graphiques d’intentions de vote avec barres d’erreur, voici ce que j’ai pu produire. On constate que l’électorat est plus volatile qu’il ne l’a jamais été à ce moment-ci dans une campagne électorale.

Volatilité de l'électorat au fil des campagnes électorales des 10 dernières années selon les sondages Léger

Sur l’axe vertical, on trouve la proportion de personnes sondées dont le choix est définitif parmi celles qui ont nommé un parti dans leurs intentions de vote (et donc excluant les personnes indécises). Plus un point est bas, donc, plus l’électorat est volatile (moins de personnes ont fait un choix qu’elles jugent définitif).

Les sondages de cette élection sont en saumon. Le premier sondage est donc particulièrement bas, mais nous n’avons pas de comparatif dans la précampagne durant les autres élections. En 2012 (vert) et en 2014 (turquoise), les premiers sondages de la campagne se sont terminés autour du jour du déclenchement (jour J – 35).

En 2014, la proportion de personnes qui avaient fait un choix définitif était définitivement plus élevée tandis que les marges d’erreur pour les valeurs au déclenchement en 2012 et en 2008 se chevauchent.

Le premier sondage qui mesurait la volatilité en 2008 (mauve) est apparu à trois semaines du scrutin. Elle était alors comparable à celle que Léger a mesuré la semaine dernière (à jour J – 21).

Au sondage suivant de 2008, toutefois, la proportion de personnes dont le choix était définitif avait confortablement dépassé la barre des 60% (à jour J – 15). Dix ans plus tard, nous sommes toujours solidement sous la barre des 60%.

Comme tout le monde le dit, le débat de demain soir (jeudi) risque d’être crucial, de même que l’enregistrement le lendemain (vendredi) de l’émission de Tout le monde en parle, qui sera diffusée dimanche soir.

Solidité du vote de chaque parti

La semaine dernière, j’avais noté une mauvaise nouvelle pour le Parti québécois (PQ): son électorat avait crû mais était plus volatile. Cette semaine, c’est au tour du Parti libéral du Québec (PLQ) et de la Coalition avenir Québec (CAQ) de voir la solidité de leur électorat baisser. Le PQ reprend à cet égard un peu du poil de la bête.

L’électorat de Québec solidaire (QS) est toujours le plus volatile des quatre partis représentés à l’Assemblée nationale. Toutefois, avec la baisse de la proportion de personnes qui ont fait un choix définitif parmi les personnes qui ont l’intention de voter pour la CAQ, le PLQ et le PQ, l’écart est beaucoup moins grand entre les trois plus grands partis et QS.

J’ai déjà hâte au prochain sondage de Léger, qui sera peut-être le dernier!

En effet, depuis les dix dernières années, Léger sort toujours un sondage la fin de semaine précédant le scrutin complété le jeudi précédant (jour J – 4). Le sondage d’hier a été complété au jour J – 14, un sondage est donc à prévoir dans 10 jours… pas certaine qu’il reste de la place pour un autre entre les deux!

Données sources

Vous pouvez consulter le tableur qui a permis de faire le graphique sur Google Spreadsheets.

 

 

Réaction

Jeunes, vertu et abstention

Jeudi était jour de débat, mais c’était aussi le jour où s’est tenu un colloque sur les jeunes et le/la politique. Dans ce cadre, La Presse a diffusé un sondage Ipsos concernant uniquement les jeunes de 18 à 25 ans (la catégorie habituelle est 18 à 35 ans).

Participation électorale des jeunes

Nous avons parlé il y a deux semaines des divergences entre Léger et Mainstreet concernant les intentions de vote chez les jeunes. Le sondage de cette semaine ne comportait pas de question sur les intentions de vote, mais plutôt sur l’intérêt envers la campagne, l’intention d’aller voter (sans demander pour qui) et les enjeux les plus importants.

Ce qui m’a marqué, c’est que 81% des jeunes sondés disaient avoir l’intention d’aller voter1.

Il n’y aurait donc pas de différences à prévoir selon l’âge en termes de participation électorale? En août, Léger avait trouvé que 79% des personnes qui leur ont répondu étaient «certaines» d’aller voter2. (C’est pas exactement la même question, comme faisait remarquer Martin Leduc3, mais les résultats sont tout de même comparables.)

Ça surprend parce qu’on décrie depuis longtemps le problème de la participation électorale épouvantablement basse des jeunes. En 1985, un peu moins des deux tiers des moins de 25 ans ont voté tandis que c’était les trois quarts de la population totale. En 2008, c’était moins de 40% des moins de 25 ans (contre 57% pour l’ensemble de la population ayant droit de vote)4.

Merveilleux! Le problème du décrochage des jeunes serait réglé!

Or is it?

J’ai plutôt l’impression qu’une partie de ces jeunes sont soit remplis de bonnes intentions, soit qu’ils connaissent la bonne réponse et c’est ça qu’ils répondent. (Un peu comme quand le dentiste nous demande si on passe la soie dentaire à tous les jours.)

C’est ce qu’a répondu aussi Sébastien Dallaire, premier vice-président et directeur général pour le Québec chez Ipsos:

Les sondages surestiment l’intention d’aller voter depuis…toujours. Peu importe l’âge.  Il y a une question de désirabilité sociale, mais aussi les gens peuvent avoir “l’intention” d’y aller, mais sans forte conviction et ne se déplacent pas le jour j5.

Quand il parle de «désirabilité sociale», il parle de savoir c’est quoi la bonne réponse.

Sondages et participation électorale

Comme Sébastien Dallaire dit, ce ne sont pas que les jeunes: c’est connu, les gens votent davantage dans les sondages que dans la vraie vie. En fait, je devrais dire que c’est documenté.

Dans un sondage post-électoral, en 2012, 90% des personnes sondées ont répondu avoir voté6. Le taux de participation provincial, toutefois, était de 75%. Un sondage post-électoral de 2008 a été complété par 74% de personnes qui disaient avoir voté alors que le taux de participation avait été de 57%7.

Les chercheurs de 2012 écrivent que c’est «parce que les abstentionnistes sont moins enclins à répondre aux sondages.» Pierre Drouilly, un sociologue qui commentait les résultats du sondage post-électoral de 2008, semble plus d’avis que c’est une question de «bonne réponse»:

Cette sous-estimation du taux de participation est probablement le reflet d’un discours social normatif, moraliste et réprobateur sur le “mauvais citoyen” qui néglige son “devoir démocratique”, alors qu’ailleurs dans le monde, “des gens meurent pour acquérir le droit de voter”8

Il pense donc que les personnes qui répondent aux sondages «manque de sincérité», plutôt que de conclure que les abstentionnistes ne répondent pas au sondage.

Il serait en fait théoriquement possible de vérifier si les personnes sondées mentent ou pas: les abstentionnistes sont le seul groupe de l’électorat auxquelles on peut attacher des données nominatives.

Les «feuilles de bingo»

Le vote est secret (au grand dam d’organisateurs et d’organisatrices comme moi), donc on ne pas savoir avec certitude qui vote CAQ, QS ou Bloc Pot: il faut demander, et les gens ont droit de mentir ou de ne pas répondre.

Sauf que vous avez remarqué, quand vous allez voter, qu’on barre votre nom de sur la liste électorale? C’est pour s’assurer que vous ne reveniez pas voter une deuxième fois. Mais ça veut quand même dire qu’on sait qui a voté et qui n’a pas voté (avec nom, adresse et date de naissance).

Les partis bien organisés utilisent cette information les jours de scrutin (vote par anticipation et le «vrai» jour d’élection) pour savoir qui, parmi les personnes qui les appuient, appeler et rappeler —et rappeler encore!— parce qu’ils et elles ne seraient pas encore aller voter.

Pour y arriver, chaque parti a des runners dans chaque circonscription où il fait sortir son vote. Ces personnes font en voiture ou à vélo la tournée de tous les bureaux de scrutin à chaque heure pour aller chercher les «feuilles de bingo». Celles-ci donnent les numéros d’électeur des personnes qui ont voté depuis la dernière feuille.

On les appelle des «feuilles de bingo» parce que, dans le bon vieux temps que je suis assez vieille pour avoir connu, les directions de scrutin ne fournissaient pas cette information.

Les partis postaient donc des bénévoles à chaque table avec une liste de personnes qui les appuyaient: la fameuse «feuille de bingo». Le personnel électoral donnait le numéro de la personne qui se rendait dans l’isoloir et, quand comme bénévole tu avais ce numéro sur ta feuille, tu criais «bingo!» (intérieurement).

Dans ce bon vieux temps, donc, les runners faisaient la tournée pour ramasser les feuilles de bingo de chaque bénévole de son parti dans chaque bureau de scrutin. Ça faisait beaucoup de va-et-vient et prenait beaucoup d’énergie bénévole pour nourrir la machine à faire sortir le vote!

Différentes sortes d’abstentionnistes

Tout ça pour dire que si les partis savent qui a voté et qui n’a pas voté, les membres de la communauté de recherche universitaire devraient pouvoir le savoir aussi. Il y a sans doute des enjeux de confidentialité qui font en sorte qu’ils n’utilisent pas cette source d’information.

Dans l’article cité ci-dessus, Drouilly a néanmoins caché une typologie intéressante de l’abstentionnisme dans une note de bas de page:

  • l’abstentionnisme «forcé»;
  • l’abstentionnisme «structurel»;
  • l’abstentionnisme «conjoncturel»9.

Abstentionnisme «forcé»

C’est ainsi que Drouilly désigne les personnes qui voulaient aller voter, mais ont eu un empêchement de dernière minute. Il évalue que ça explique l’abstentionnisme de 5% de l’électorat, parce que «c’est le taux qu’on observe dans les pays où le vote est obligatoire».

Le plus intéressant, pour moi, est que c’est exactement le même taux qu’ont trouvé les chercheurs de 2012, sans utiliser le terme! En effet, en construisant le questionnaire du sondage post-électoral, ils sont procédé à une expérience (une information qu’eux aussi ont caché dans une note de bas de page10).

Pour la moitié des personnes sondées, le choix de réponse était binaire (avez-vous voté? oui/non).

L’autre moitié avait quatre choix:

  • «je n’ai pas voté»;
  • «je voulais voter mais je ne l’ai pas fait»;
  • «d’habitude je vote mais je n’ai pas voté cette fois»; et
  • «je suis certain d’avoir voté à cette élection».

Sans surprise, des choix de réponse différents donnent des résultats différents:

Le pourcentage d’abstentions est légèrement plus élevé (5 points) quand on offre aux gens la possibilité de dire qu’ils n’ont pas voté cette fois mais que la chose n’est pas coutume.

Ça ressemble pas mal à la définition de l’abstentionnisme forcé de Drouilly.

Abstentionnisme «structurel»

Drouilly s’étend peu sur ce type d’abstentionnisme:

c’est un abstentionnisme d’origine sociologique, qui est le fait de populations défavorisées au plan économique, culturel et politique. Il est aussi le fait de populations en situation d’anomie sociale et (ou) d’isolement géographique.

C’est ce qui expliquerait donc que les habitations à loyer modique (HLM) votent peu, même lorsque les partis tentent spécifiquement de rejoindre les populations défavorisées qui y vivent. (L’équipe de Françoise David avait été déçue de constater que ses efforts particuliers n’avaient pas été récompensés dans Gouin en 2008.)

Si l’abstentionnisme «forcé» est donc temporaire pour une personne donnée, l’abstentionnisme «structurel» serait difficile à changer sans améliorer les conditions de vie des personnes qu’il affecte:

C’est l’abstentionnisme structurel qui explique que certaines circonscriptions votent toujours moins que la moyenne: ce sont généralement des circonscriptions défavorisées dans les centres urbains comme le Centre-Sud de Montréal (Hochelaga-Maisonneuve, Sainte-Marie-Saint-Jacques, Saint-Henri-Sainte-Anne), ainsi que certaines circonscriptions éloignées (en Gaspésie, en Abitibi-Témiscamingue, sur la Côte-Nord).

Drouilly évalue l’abstentionnisme «structurel» à environ 10%-15% parce que «dans le meilleur des cas les taux de participation ont de la difficulté à dépasser les 80%».

Abstentionnisme «conjoncturel»

C’est le type d’abstentionnisme qui intéresse le plus Drouilly parce qu’il croit que c’est lui qui fluctue d’élection en élection: il dit qu’il «origine du contexte de chaque consultation».

À une élection donnée, des électeurs peuvent s’abstenir davantage, soit qu’ils ne trouvent pas de parti à leur goût (c’était le cas des électeurs souverainistes aux élections fédérales avant l’apparition du Bloc québécois); soit qu’ils soient en rupture avec leur parti naturel, mais pas au point de voter pour l’adversaire; soit encore que l’enjeu de la consultation leur soit indifférent.

Drouilly, dans son article, analyse les quatre élections qui se sont déroulées entre 1998 et 2008. En 2007 et 2008, le taux de participation a connu une chute spectaculaire. C’est d’ailleurs pourquoi le Directeur général des élections du Québec avait mandaté la Chaire de recherche sur la démocratie et les institutions parlementaires pour étudier «Les motifs de la participation électorale au Québec: Élection de 2008», une enquête citée ci-dessus.

Nous reviendrons à l’hypothèse principale de Drouilly et aux changements au taux de participation dans la dernière décennie. Un indice: Bryan Breguet en parle dans ce billet sur des ajustements qu’il a apportés à son modèle.

Notes

Mise à jour

La discorde persiste concernant les appuis de Québec solidaire

Demandez (sur Twitter) et vous recevrez!

Joseph Angolano, vice-président chez Mainstreet, m’a envoyé le lien vers le rapport de Mainstreet. J’ai donc pu mettre à jour mes graphiques d’intentions de vote avant répartition (avec les barres d’erreur!).

Intentions de vote avant répartition dans les sondages complétés entre le 7 et le 10 septembre 2018

Je n’ai inclus que les derniers Mainstreet et Léger parce que les sondages de CROP, d’Ipsos et de Forum datent d’avant le déclenchement.

On constate que tous les résultats sont compatibles (les barres d’erreur se chevauchent), sauf ceux pour Québec solidaire:

Intentions de vote pour QS avant répartition dans les sondages complétés entre le 7 et le 10 septembre 2018

En effet, aucune des barres d’erreur ne touche à la ligne des 12,5%.

Hier soir, à l’annonce des résultats du sondage Léger, Bryan Breguet de Too Close To Call avait fait remarquer que Léger et Mainstreet divergaient sur les intentions de vote pour la CAQ et pour QS:

En gros Léger et Mainstreet s’entendent parfaitement sur le PLQ et le PQ, mais Léger a la CAQ 5 points plus élevé et QS 5 points plus bas. Intéressant que les différences soient entre CAQ et QS1.

Il arrive à cette conclusion à partir des résultats après répartition. Comme on a vu, avant répartition, les deux firmes de sondage s’entendent sur le fait que les intentions de vote pour la CAQ se trouvent entre 27% et 31%.

Dans son billet de ce matin, Bryan s’étendait plus longuement sur le sujet, en rappelant la différence entre les sondages locaux et nationaux de Mainstreet qu’il avait évoquée dans son billet d’hier:

Mainstreet et Léger en fait s’entendent parfaitement sur le PLQ et le PQ. Par contre ils ont des chiffres fort différents pour la CAQ et QS. Mainstreet a ces partis à respectivement 31% et 16% alors que Léger les a à 35% et 11%. Une différence de 4-5 points pour chaque parti. Qui dit vrai? Impossible d’y répondre pour sûr mais les sondages par comté de Mainstreet sont bien plus cohérents avec une Coalition à 35%-36% et QS à 11%. Ainsi je serais tenté de dire que Léger a possiblement raison ici. Mais il nous faudra attendre d’autres sondages (et en fait l’élection) pour en être sûr2.

Je vous encourage à lire par vous-mêmes son billet sur les divergences entre les sondages locaux et nationaux de Mainstreet. Pour vous titiller, voici le tableau sur lequel il se base:

Résultats moyens des partis dans les 31 circonscriptions avec des sondages locaux
Source: Breguet, Bryan. «Les sondages par circonscription indiquent un raz de marée CAQ. Ont-ils raison?» Too Close To Call (blogue), 10 septembre 2018.

Récapitulons: d’une part, les sondages nationaux de Léger et de Mainstreet continuent d’être en désaccord sur les appuis pour QS. D’autre part, les sondages locaux de Mainstreet donnent des résultats qui s’inscrivent davantage dans ceux que publie Léger (CAQ plus haute, QS plus bas).

Données sources

Vous pouvez consulter le tableur qui a permis de faire les graphiques sur Google Spreadsheets.

Notes

Mise à jour

Un électorat péquiste en hausse, mais plus volatile

Mon Dieu qu’il était temps! Comme l’a dit sur Twitter Bryan Breguet, qui piaffait d’impatience:

Juste une observation générale mais quand il y a davantage de personnes/sites faisant des projections que de firmes offrant des sondages, c’est pas vraiment normal1.

C’est fait: ce matin, nous avons le rapport du dernier sondage mené par Léger du 7 au 10 septembre!

J’attends de mettre la main sur le rapport du sondage Mainstreet effectué du 5 au 7 septembre pour refaire le graphique des intentions de vote avant répartition des personnes indécises. (C’est fait!) Pour l’instant, je n’ai que l’article du Soleil, qui ne donne que les résultats après répartition.

Nous pouvons toutefois mettre à jour nos graphiques concernant la volatilité de l’électorat:

La volatilité de l’électorat est plutôt stable, avec la portion de l’électorat qui a fait un choix pour qui ce choix est définitif qui est passée en deux semaines de 56% à 58%.

Les résultats par parti choisi sont plus révélateurs:

Les intentions de vote pour le Parti québécois semblent en progression, avec une hausse de deux points de pourcentage en deux semaines (19% à 21% après répartition des personnes indécises). Toutefois, il est passé du parti à l’électorat le plus solide au deuxième plus incertain des quatre grands partis.

En effet, au sondage se terminant le 28 août, 64% des personnes qui disaient avoir l’intention de voter pour le PQ considéraient leur choix comme étant définitif. Au sondage qui s’est conclu hier, ce ne sont que 54% de l’électorat qui ont l’intention de voter PQ. Le parti de Jean-François Lisée est donc le seul qui a vu la volatilité de son électorat augmenter!

Est-ce donc le signe que des personnes qui hésitent entre le PQ et la CAQ disent maintenant qu’elles voteraient pour le PQ, mais qu’elles peuvent encore changer d’idée?

Pour ça, il va falloir aller fouiller dans les réponses à la question du deuxième choix… à suivre!

Données sources

Vous pouvez consulter le tableur qui a permis de faire les graphiques sur Google Spreadsheets.

Notes

Réaction

Visualisation et mode de collecte de données

Je vous ai laissés en suspens vendredi dernier en vous promettant une nouvelle visualisation des plus récents sondages. Pour se rafraîchir la mémoire, la marge d’erreur dépend du pourcentage obtenu dans le sondage (elle augmente à mesure qu’il s’approche de 50%) et de la taille de l’échantillon (l’un monte quand l’autre descend), pas de la taille de la population dont on veut connaître l’opinion.

Chose promise, chose due

J’ai refait un graphique similaire à celui de Qc125 (avec les marges d’erreur cette fois) pour les trois derniers sondages du diagramme présenté. J’ai joint le sondage de Forum (effectué le 23 août auprès de 965 personnes) et le dernier Léger (effectué du 24 au 28 août auprès de 1010 personnes)1.

J’ai d’abord tenté de le faire dans Google Spreadsheets, pour que vous puissiez accéder au fichier et vérifier le tout. Toutefois, je n’avais la possibilité que de mettre une barre d’erreur constante ou en pourcentage, or, nous avons vu vendredi que c’était justement un peu plus compliqué que ça.

J’ai aussi essayé avec Excel et son équivalent en logiciel libre LibreOffice pour arriver toujours au même problème: pas moyen de définir une barre d’erreur différente pour chaque point. Ce n’est donc pas surprenant qu’on voit aussi peu de représentations des données de sondage avec leurs marges d’erreur.

J’arrivais réussi à m’en sortir en faisant des graphiques en chandeliers comme on utilise pour représenter l’évolution des cours boursiers, mais Martin trouvait ça laid. Pour plaire donc à la moitié responsable du visuel de notre duo, j’ai donc sorti l’artillerie lourde: j’ai programmé le graphique dans le logiciel libre d’analyse statistique R.

Après plusieurs heures de gossage, ç’a donné ceci2:

Intentions de vote avant répartition avec marge d'erreur dans les sondages complétés entre le 20 et le 28 août 2018

Le point situe le résultat du parti dans le sondage. Le trait vertical, délimité par deux barres horizontales, indique l’intervalle de confiance si on tient compte de la marge d’erreur à 95% (ou 19 fois sur 20). On constate que les traits en haut sont plus longs que les traits en bas. Comme on l’a rappelé au début, la marge d’erreur augmente avec la proportion (ou plutôt sa proximité à 50%).

On voit ainsi en comparant les scores des différents partis verticalement au sein d’un même sondage que:

  • dans CROP, la CAQ et le PLQ sont à égalité statistique;
  • dans Forum, le PLQ est plutôt à égalité statistique avec le PQ (et la CAQ loin devant);
  • dans Léger, les intentions de vote pour la CAQ et le PLQ se chevauchent, donc sont à égalité statistique comme dans CROP.

Différences de mode de collecte de données

Bryan Breguet de Too Close To Call s’est penché jeudi sur les scores qui divergent d’un sondage à l’autre dans un billet intitulé «Québec Solidaire à 8 ou 14%?». Il est troublé par le fait que la divergence suit la différence dans le mode de collecte de données:

Intentions de vote pour QS avec marge d'erreur avant répartition dans les sondages complétés entre le 20 et le 28 août 2018

On constate que trois sondages situent le parti sous la barre des 10% et deux, ceux qui sont effectués par appels automatisés, sont au-dessus. Plus important encore: les résultats de ces deux groupes ne se chevauchent pas, même si on tient compte de la marge d’erreur. (Aucune des barres horizontales ne touche à la ligne des 10%.)

Mainstreet et Forum, qui utilisent des appels automatisés, obtiennent donc des résultats significativement plus élevés que CROP et Léger, qui utilisent des panels Web, et Ipsos. Cette dernière firme combine une collecte de données en ligne avec la bonne vieille méthode des êtres humains qui appellent d’autres êtres humains pour leur poser des questions.

Pareil, pas pareil?

Bryan a fait 10000 simulations pour conclure que soit Mainstreet, soit Léger se trompe. Il a supposé que les intentions de vote «réelles» à l’égard de Québec solidaire se situaient à 10%. Il a simulé pour une taille d’échantillon de 1010 personnes sondées, comme dans Léger.

Sur l’axe horizontal, on trouve les intentions de vote de Québec solidaire (centrées à 10% parce que c’est l’hypothèse de départ). Sur l’axe vertical, c’est le nombre de simulations pour lesquelles Québec solidaire obtenait un pourcentage donné.

Distribution de 10000 simulations
avec QS à 10% et une taille d’échantillon de 1010

Distribution de 10000 simulations avec QS à 10% et une taille d’échantillon de 1010
Source: Breguet, Bryan. «@Alex_Blanchet Voici la distribution de 10000 simulations avec QS à 10% et taille d’échantillon de 1010. Est-ce possible d’etre sous les 8? oui mais peu probable. Et être au-dessus de 13 (avec taille ech de 2650) est quasi impossible». Tweet. @2closetocall, 30 août 2018.

Léger a Québec solidaire à 6%: on voit que très peu de simulations placent le parti de gauche sous les 7%. Pour Mainstreet, Bryan utilise les données des sondages quotidiens (pour lesquels l’accès est payant). Québec solidaire était alors à 13,1% (il a depuis passé la barre des 15%). Encore une fois, à peu près aucune simulation n’obtenait des résultats aussi hauts.

Un effet que sur les intentions de vote pour Québec solidaire

Si on regarde les résultats pour les autres partis, on constate qu’il n’y a pas de biais systématique en fonction du mode de collecte des données.

Forum (qui utilise des appels automatisés) place la Coalition avenir Québec et le Parti québécois loin devant les autres, au-delà des marges d’erreur.

Intentions de vote pour la CAQ avec marge d'erreur avant répartition dans les sondages complétés entre le 20 et le 28 août 2018 Intentions de vote pour le PQ avec marge d'erreur avant répartition dans les sondages complétés entre le 20 et le 28 août 2018

Quant au Parti libéral, c’est CROP qui le place anormalement haut.

Intentions de vote pour le PLQ avec marge d'erreur avant répartition dans les sondages complétés entre le 20 et le 28 août 2018

On va donc surveiller de près l’évolution des différences entre les intentions de vote mesurées par les différentes maisons de sondage. Elles ne semblent toutefois importantes que pour déterminer la composition de l’Assemblée nationale puisque l’identité du gouvernement semble déjà déterminée: le billet d’hier sur Too Close To Call s’intitule «La CAQ a plus de 99% de chances de gagner!» (toujours si l’élection se tenait aujourd’hui).

Données sources

Vous pouvez consulter le tableur qui a permis de faire les graphiques sur Google Spreadsheets.

Notes

Réaction

Marge d’erreur et sondages divergents

Il semble que Bryan Breguet avait répondu un peu trop rapidement mardi au tweet de Marc-Antoine Berthiaume. Ce dernier avait soulevé les divergences énormes entre les sondages de Léger et de Mainstreet sur les intentions de vote des jeunes de 18 à 34 ans à l’égard de Québec solidaire. (Pour savoir de quoi je parle ou vous rafraîchir la mémoire, lisez mon billet de mercredi, «Le vote des jeunes et la variabilité des sondages».)

Les hauts dirigeants de Mainstreet ont lancé une campagne sur Twitter pour réitérer leur confiance en leurs résultats (et au passage dire que Léger est dans l’champ). Voici un de leurs plus récents tweets en date:

Nous assistons à une croissance réelle de QS au cours des derniers jours. Nous le ressentons de manière anecdotique, et nous le voyons dans nos sondages nocturnes. Quelque chose est en train de se passer.1

(On suppose que par «sondages nocturnes», le vice-président de Mainstreet veut dire «nightly polls», ou sondages effectués tous les soirs.)

Une observatrice, Suzanne Lachance, ancienne porte-parole du Rassemblement pour l’alternative progressiste (RAP), un des grands-parents de Québec solidaire, a résumé la situation:

Bon, en plus des querelles de politiciens, nous avons droit aux querelles de sondeurs… 😉2

Les simulations de Bryan

Pour en avoir le cœur net, Bryan a fait 20000 simulations en supposant que les «vraies» intentions de vote pour QS dans le groupe d’âge se situaient en fait à la moyenne entre les deux sondages: 18,4%. Il a supposé une taille de sous-échantillon de 150 personnes (la taille de celui de Léger).

Il a trouvé que c’était hautement improbable, sans être complètement impossible, que, si QS est vraiment à 18,4% chez les 18 à 34 ans, un sondage trouve 8% et l’autre, 25,9%. Le diagramme à barres ci-dessous montre le nombre de simulations de sondage (axe vertical) pour lesquelles un certain score (axe horizontal) d’intentions de vote pour QS chez les jeunes de 18 à 34 ans a été obtenu.

Simulations au sujet des intentions de vote des 18 à 34 ans à l'égard de Québec solidaire
Source: Breguet, Bryan. «Mais possiblement en raison des faibles tailles d’échantillons (150 chez Léger, 525 chez Mainstreet, les autres entre les deux). J’ai fait 20,000 simulations avec #QS en centrant à la moyenne des sondages (18.4%). Taille d’échantillon théorique pour les simulations: 150». Tweet. @2closetocall, 30 août 2018.

Il conclut donc que l’un des deux sondages est probablement dans l’champ (mais y’a pas moyen de savoir lequel parce que ça prendrait une élection là là, pas dans un mois).

En réalité, les appuis de QS chez les 18 à 34 ans doivent être soient plus élevés, soient plus bas que 18,4%. S’ils sont plus élevés, la courbe serait décalée vers la droite, et le score de Mainstreet (25,9%) ne serait plus aussi improbable. À l’inverse, s’ils sont plus bas, la courbe serait décalée vers la gauche, et le score de Léger (8%) ne serait plus aussi improbable.

Léger et Mainstreet sont les extrêmes, mais ni l’un ni l’autre n’est complètement seul:

Diagramme à bandes des intentions de vote pour QS chez les 18 à 34 ans pour chacune des cinq firmes de sondage
Source: Breguet, Bryan. «Ok, dernier regard sur les 18-34 ans pour @QuebecSolidaire et les différences entre sondeurs. Tout d’abord, voici le score de QS aprmi les 18-34 ans (électeurs décidés et enclin) chez les 5 firmes.». Tweet. @2closetocall, 30 août 2018.

Il résume donc la situation ainsi:

En conclusion: les différences observées entre sondeurs pour QS chez les 18-34 ans ne peuvent pas être complètement expliquées par les marges d’erreur et tailles d’échantillons. Il y a quelque chose d’autre. Après, j’avoue ne pas avoir d’explication actuellement.3

Mais qu’est-ce que cette marge d’erreur dont il parle? Est-ce que c’est toujours ±3, 19 fois sur 20?

Composition de la marge d’erreur

Ok, je vais mettre une formule pour les personnes à qui ça parle, mais n’ayez pas peur, je saute directement aux implications ensuite.

La marge d’erreur à 95% (donc 19 fois sur 20), c’est 1,96 écart-type ou:

Formule de la marge d'erreur à 95%
p est une proportion (le pourcentage qu’obtient le choix de réponse dans le sondage: 8% dans Léger et 25,9% dans Mainstreet) et n est la taille de l’échantillon (le nombre de personnes sondées).

Ça veut dire que:

  • La marge d’erreur est indépendante de la taille de la population qu’on veut étudier: qu’on cherche à connaître l’opinion dans une seule circonscription ou dans l’ensemble du Québec ne change rien à la marge d’erreur d’un sondage donné.

Autrement dit, ce n’est pas parce qu’on étudie une plus petite population qu’on peut se permettre d’avoir un plus petit échantillon: la marge d’erreur dépend de la taille de l’échantillon, pas de la taille de la population.

  • La marge d’erreur augmente quand la taille de l’échantillon diminue (ça, c’est assez intuitif).
  • La marge d’erreur dépend aussi du résultat obtenu au sondage (la proportion): plus le pourcentage est bas (ou s’éloigne de 50%, pour être plus exacte), plus petite est la marge d’erreur. Ce n’est donc pas toujours ± 3 (ou la marge d’erreur indiquée au début du sondage), 19 fois sur 20.

L’intervalle de confiance s’étend de la valeur du pourcentage obtenu moins la marge d’erreur à la valeur de ce même pourcentage plus la marge d’erreur.

Visualiser la marge d’erreur

Les graphiques de Qc125 rapportant les résultats des sondages ne représentent pas la marge d’erreur et donnent l’impression d’une variation dans le temps (avec le trait qui relie les observations). Je n’aime pas ces choix de représentation graphique.

Comparaison des intentions de vote du 10 au 21 août 2018 telle que présentée par Qc125
Source: Fournier, Philippe J. «La CAQ se maintient en territoire majoritaire». L’actualité, 27 août 2018.

Au moins, la visualisation contient toute l’information nécessaire pour calculer les marges d’erreur de chaque observation: le pourcentage (p) est indiqué dans les cercles et la taille de l’échantillon (n) se trouve au bas de chaque «colonne» (au-dessus du mode de collecte de données et les dates de terrain, qui n’influencent pas la marge d’erreur4).

Dans mon prochain billet, je propose une façon légèrement différente de visualiser les résultats des sondages et discuter plus en profondeur des différences entre maisons de sondage.

Notes

Réaction

Le vote des jeunes et la variabilité des sondages

Je me suis réveillée ce matin avec ceci dans mon fil Facebook:

Diagramme en bandes des intentions de vote des 18-34 ans auquel il a été ajouté «qui répondent au téléphone» superposé au-dessus d'une image de Ozzy Osbourne qui dit «What the fuck is that?» lorsque sonne un téléphone
Source: Franjeançois Vrobençal, Facebook

En haut, on trouve un diagramme en barres tiré d’un article du Devoir paru hier soir à 21h121 et amendé par Jean-François Provençal des Appendices. En bas, on retrouve ce qu’on appelle un meme. On y voit une image de l’émission de télé-réalité The Osbournes dans laquelle le métalleux déchu Ozzy Osbourne ne sait pas ce qui se passe lorsque le téléphone sonne2.

Il faut lire jusqu’au bout

L’ajout de «qui répondent au téléphone» après «18-34 ans» suppose que les sondages sont encore menés en appelant des numéros de téléphone tirés au hasard du bottin. Comme j’ai expliqué dans la section Sondages du b.a.-ba des élections, les maisons de sondage ont développé des nouvelles méthodologies pour s’adapter aux nouvelles habitudes communicationnelles.

Et justement, si on lit l’article du Devoir jusqu’à la fin, on retrouve cet encadré concernant la méthodologie:

Méthodologie

Le nouveau sondage Web de Léger a été réalisé auprès de 1010 Québécois ayant le droit de vote du 24 au 28 août, alors que la campagne était commencée. Par comparaison, un échantillon probabiliste similaire aurait une marge d’erreur d’environ plus ou moins 3%, 19 fois sur 20. (je souligne)

Donc le «problème» avec ce sondage n’est pas une méthode périmée dans notre monde de téléphones intelligents.

Sondages divergents

Capture d'écran du Baromètre élections 2018 pour les 18-34 ans en date du 28 août 2018
Source: Berthiaume, Marc-Antoine. Tweet. @maberthiaume2, 28 août 2018.

Marc-Antoine Berthiaume a soulevé sur Twitter un questionnement beaucoup plus pertinent:

Comment expliquer que chez @leger360, pour les 18-34 ans, #QS arrive en 5ème place avec 8% et que @MainStResearch place en 2ème position avec 23,4%? C’est un écart de 15,4%!

Il contraste ainsi le diagramme du Devoir basé sur les données du sondage Léger avec les données du Baromètre élections 2018 de Mainstreet. Cet outil est financé par le Groupe Capitales Médias qui regroupe des quotidiens francophones de Gesca (filiale de Power Corporation) qui ont été rachetés par Martin Cauchon3. L’abonnement pour les particuliers est payant4.

Bryan Breguet de Too Close To Call lui a répondu:

Facile: tailles d’échantillon petites. Donc variance est grande

mais a rapidement ajouté:

Cela étant dit la différence est un peu grande ici, je l’avoue

Regardons de plus près en plaçant les données côte à côte:

Mainstreet
avant répartition
Léger5
après répartition
Écart
n pondéré = 602 (sur 2350) 165 (sur 1012)
CAQ 25,3% 26% +1
QS 23,4% 8% -15
PLQ 22,1% 35% +13
PQ 12,1% 16% +4
PVQ 4,7% 9% +4
PCQ 1,2% 3% +2
NPDQ 3% +3
Autres 1,6% 0% -2
Indécis 9,7%

On constate tout d’abord que les données de Mainstreet sont avant répartition puisqu’elles comprennent un pourcentage de personnes indécises. Les résultats ventilés de Léger sont toujours après répartition.

Il est donc normal que les pourcentages de Léger soient plus élevés que ceux de Mainstreet: la somme des intentions de vote pour Léger est de 100% tandis qu’elle est de 90% dans Mainstreet6. Ça explique tout le bleu qu’on retrouve dans la colonne qui indique la différence entre les deux.

On peut par ailleurs supposer que la présence de 1,6% de jeunes qui ont l’intention de voter pour un autre parti dans Mainstreet et leur absence dans Léger est compensé par la présence dans ce dernier sondage de 3% de jeunes qui voteraient pour le NPD Québec. Autrement dit, probablement qu’une bonne part des jeunes qui voteraient pour un «autre» parti dans Mainstreet voterait en fait pour le NPD Québec.

Sauf que ce n’est pas cette différence qui a fait sursauter les Zinternetz. En plaçant les données côte à côte et en ordonnant les partis en fonction de leur score dans Mainstreet, on voit immédiatement là où les sondages divergent: les intentions de vote pour Québec solidaire et pour le Parti libéral du Québec (toujours chez les 18 à 34 ans).

Alexandre Blanchet, docteur en science politique, démontre bien l’incertitude inhérente aux sondages dans un exposé intitulé «Sous le capot des sondages: Un petit guide pour les journalistes et autres geeks». (Attention: les deux fois que j’ai ouvert la page, elle semble avoir fait planter ma connexion Internet.)

la bonne question à se poser n’est souvent pas de savoir quel sondage est meilleur qu’un autre, mais plutôt de savoir de quelle réalité il est le plus probable que ces sondages émanent. Les sondages sont une manifestation de la réalité qui nous intéresse. Ils en sont une manifestation plus ou moins précise, et parfois plusieurs réalités différentes pourront être cohérentes avec les sondages que nous observons. Avec le scénario de l’élection de 2003 où la réalité était claire et nette, nous avons obtenu des sondages qui étaient eux aussi très clairs: le PLQ menait, le PQ était deuxième et l’ADQ était troisième. Avec le scénario de l’élection de 2012, où les intentions de vote étaient beaucoup plus serrées, plusieurs réalités étaient concordantes avec les sondages que nous obtenions.7

En effet, les sondages peuvent changer sans que la réalité sous-jacente ne change.

En attendant que j’aie le temps de me plonger dans le sondage de Léger, je vous invite à lire le délicieux article de The Gazette sur le sujet, qui conclut en disant que:

many Quebecers are still indulging in a favourite pastime, which is to vote strategically8

(Le débat a continué sur Twitter: pour savoir où il en est rendu, il suffit de lire le billet suivant, «Marge d’erreur et sondages divergents».)

Notes

Réaction

Volatilité et probabilité d’aller voter

Dans leur balado de juin, Philippe J. Fournier de Qc125 et Alec Castonguay de L’Actualité discutaient de Laurier-Dorion, la circonscription où j’habite (et où Martin a été responsable du pointage durant la campagne de 2012). C’est la circonscription montréalaise au sud de la Métropolitaine entre l’Acadie et Papineau. Elle réunit deux quartiers très différents, séparés par un chemin de fer: Parc-Extension à l’ouest et Villeray à l’est.

Parc-Extension, c’est la place où manger du poulet au beurre (plus de l’agneau korma pour moi) et regarder des joueurs de cricket beaucoup plus compétents que dans La Grande Séduction.

Villeray, c’est des cafés qui donnent le choix entre du lait de vache, d’amande ou de soya et des bouchers qui font affaire directement avec des fermiers locaux. Bref, c’est comme le Plateau dans l’imaginaire de ben des gens. (Le Plateau est très différent de Villeray, mais je vais garder mes guerres de clocher de montréalo-centriste pour les visites avec les cousins et cousines.)

Donc, comme le disaient les gars à la balado politique de L’Actualité, Laurier-Dorion est une circonscription que Québec solidaire pourrait ravir aux libéraux si suffisamment de gens dans Parc-Extension restent à la maison. Jusque là, on est d’accord. Là où j’ai tiqué, c’est quand ils ont contrasté le potentiel manque de motivation de l’électorat allophone acquis au PLQ de Parc-Extension avec la supposément immanquable motivation de l’électorat solidaire dans Villeray:

Les partisans de Québec solidaire, là, ils ne restent pas à la maison. Quand t’es Québec solidaire, dans’ vie, la seule chose qui te reste, c’est d’aller voter. Ok? Parce que tu sais que tu vas pas gagner. Alors ils vont aller voter1.

C’est sans doute ce que porte à croire la ferveur des solidaires sur les médias sociaux, mais l’électorat de Québec solidaire est en fait le plus volatile de ceux des partis représentés à l’Assemblée nationale, and I have the numbers to prove it.

Source: «La politique provinciale au Québec». Léger, 18 août 2018, p. 7.

Québec solidaire est le seul parti représenté à l’Assemblée nationale dont plus de la moitié des gens qui ont l’intention de lui accorder leur vote pourrait changer d’idée. C’est presque toujours comme ça depuis que Léger a commencé à présenter les résultats pour l’électorat de Québec solidaire en 2012.

Un regard historique

Dans les dix sondages Léger pour lesquels nous avons des données sur QS, il n’y a qu’à trois reprises que l’électorat de CAQ est moins certain que celui de QS (31 juillet 2012, 31 août 2012 et 13 mars 2014). On constate par ailleurs que c’est généralement l’électorat du PQ qui est le plus solide.

Alors ils vont aller voter?

En plus d’être le plus volatile, l’électorat de Québec solidaire est moins enclin à aller voter que celui du Parti québécois ou de la Coalition avenir Québec. Il ressemble à cet égard à l’électorat du Parti libéral du Québec.

Source: «La politique provinciale au Québec». Léger, 18 août 2018, p. 39.

Sur cinq personnes qui ont répondu qu’elles avaient l’intention de voter pour Québec solidaire, quatre ont dit que c’était «certain» qu’elles iraient, mais une a dit que c’était «probable». Au Parti québécois, c’est juste une personne sur dix.

Ainsi, l’électorat qui dit dans les sondages qu’il a l’intention de voter pour Québec solidaire, c’est pas une gang de chevaliers et guerrières de la démocratie, toujours prête pour le combat. C’est du monde ordinaire qui se reconnaît dans le discours ou l’approche, mais pas tout à fait assez, dans bien des cas, pour se déplacer au bureau de scrutin ou pour concrétiser un changement d’allégeance.

Données sources

Vous pouvez consulter le tableur qui a permis de faire le graphique sur Google Spreadsheets.

Notes

Réaction

L’électorat est-il plus volatile qu’à l’habitude?

Le Journal de Montréal titrait samedi dernier «Du jamais-vu: 45% des électeurs peuvent encore changer d’idée»1.

Du jamais-vu: 45% des électeurs peuvent encore changer d'idée
Source: Alexandre Beaupré, Facebook

Est-ce que la conjoncture est si différente cette fois-ci? J’ai vérifié dans les sondages des dix dernières années. C’est beaucoup, 45% de l’électorat qui pourrait changer d’idée, mais c’est pas du jamais-vu:

Tout d’abord, le pourcentage de personnes qui répondent qu’il est probable qu’elles changent d’avis (bandes rouges) n’est pas la mesure la plus significative. En effet, c’est pas évident d’identifier la différence entre cette réponse-là (en rouge) et «Je ne sais pas» (en jaune) quand la question, c’est «Est-ce que votre choix est définitif?». Si 45% semble immense, c’est tout de même moins que la somme des «Ne sait pas» (24%) et des «Probable que je change d’avis» (25%) en mai dernier.

La mesure la plus significative, c’est plutôt la portion de gens qui affirment que leur choix est définitif. Comme on le constate sur le graphique avec les bandes bleues qui montent au cours d’une même année, puis redescendent au début de la prochaine année électorale, cette proportion augmente toujours au fil de la pré-campagne et de la campagne électorale.

L’autre fois où ça s’est produit…

Dans les sondages Léger des dix dernières années, outre cette année, cette mesure est passée une autre fois sous la barre des 50%: en janvier 2012. On était toutefois encore loin d’une campagne électorale. Le gouvernement libéral majoritaire avait été élu en décembre 2008: il restait donc un an à son mandat.

De plus, en janvier 2012, la grève étudiante se préparait, mais n’avait pas encore éclos dans l’univers médiatique. Elle n’avait donc pas encore polarisé la population québécoise.

Alors «45% des électeurs [qui] peuvent encore changer d’idée», ce n’est pas du jamais-vu, mais ce l’est aussi près d’une élection dans la dernière décennie.

Données sources

Vous pouvez consulter le tableur qui a permis de faire le graphique sur Google Spreadsheets.

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