Réaction

Ma circonscription est plus créative que la tienne

Dans mon dernier billet, j’ai mentionné une vidéo de la campagne de Québec solidaire dans Brome-Missisquoi. Entretemps, y’a aussi la gang de Jeanne-Mance—Viger qui a publié un vidéoclip: c’est une circonscription encore plus surprenante!

J’aimerais tout d’abord présenter ces circonscriptions du point de vue d’une ancienne responsable des élections à Québec solidaire. Je ferai ensuite le lien avec le dernier billet en évaluant si ces vidéos constituent des dépenses électorales.

Pas toutes le même budget

Les différents partis mènent leurs campagnes différemment pour respecter leurs budgets de taille très variée.

Photo de la candidate avec une bénévole devant une pancarte du NPDQ
Source: Petropoulos, Apostolia. Publication Facebook, 4 septembre 2018.

Certains ont les moyens pour des pancartes avec la photo et le nom de la candidature locale. J’en ai vu à Montréal pour les quatre partis représentés à l’Assemblée nationale et les trois partis sondés par Léger (Parti conservateur, Parti vert et Nouveau Parti démocratique du Québec). Comme ce sont de très petits volumes, ces pancartes coûtent cher.

D’autres, comme le parti Citoyens au pouvoir, doivent se contenter, du moins à Montréal, de pancartes avec la photo de leur chef et leurs engagements. C’est en allant sur leur site Web, sur le site du Directeur général des élections (DGEQ) ou en attendant d’avoir en main son bulletin de vote qu’on apprend le nom de son candidat ou candidate.

Bénévoles au travail dans le local électoral
Publication Facebook. Québec solidaire Hochelaga-Maisonneuve, 24 septembre 2018.

Ces disparités de ressources financières comme militantes existent autant dans les campagnes locales au sein d’un même parti. Une campagne de Québec solidaire dans Hochelaga-Maisonneuve dans l’est de l’île de Montréal, avec un beau local pour accueillir les bénévoles du quartier, ne ressemble en rien à une campagne dans Maskinongé en Mauricie, où Simon Piotte, le candidat solidaire, se déplace en vélo pour aller faire du porte-à-porte dans sa circonscription rurale1.

Le budget n’est pas tout

C’est dans cette optique que j’ai été très surprise de constater que cette superbe vidéo provenait de la campagne dans Brome-Missisquoi d’Alexandre Legault (le fils de François Legault, mais pas du chef de la CAQ):

Je me souviens

Québec 2050 : Je me souviens

Le 1er octobre, nous ne pouvons pas attendre 4 ans de plus.

Pour laisser un environnement sain aux générations futures, ça commence par un gouvernement solidaire. Un gouvernement écologiste, un gouvernement responsable.

Tout est encore possible, mais il faut s’y mettre Maintenant. Sérieusement. Pour faciliter la vie des générations futures.

Joignez le mouvement pour une transition économique, écologique qui profite à tous et à toutes.
adhesion.quebecsolidaire.net

Publiée par Alexandre Legault dans Brome-Missisquoi sur Mardi 18 septembre 2018

La seule autre vidéo locale dont je me souvenais, c’était celle de Rouyn-Noranda—Témiscamingue en 2012: Mon père est grand. C’est le fils du candidat Guy Leclerc qui l’avait produite.

Sa mère était agente officielle et l’avait rémunéré pour être certaine de ne pas se faire taper les doigts par le DGEQ. (La connaissant, c’était pas du tout une tentative de népotisme: elle aurait sûrement préféré utiliser l’argent pour imprimer plus de dépliants ou de pancartes.)

Rouyn-Noranda et le Témiscamingue sont loin de la ligne orange à Montréal, mais forment néanmoins un terreau fertile pour Québec solidaire, qui y a obtenu son 13e meilleur score (sur 124) en 2012. C’est l’une des circonscriptions les plus fortes en région. Un sondage local Mainstreet fait même état d’une course à trois excluant le Parti libéral2.

Vous pouvez constater ci-dessous que Québec solidaire avait 124 candidatures en 2012 et en 2014, puis 125 en 2018.

Vous comprendrez donc ma surprise à voir la vidéo de Brome-Missisquoi, qui était 46e au palmarès des circonscriptions en 2014 au sein de Québec solidaire. Et que dire de Jeanne-Mance—Viger, 116e circonscription (sur 124) en 2014!

Voici le vidéoclip de la chanson «Solidaires» de Mackjoffatt, avec en vedette le candidat solidaire Ismaël Seck:

ES-TU SOLIDAIRE?

Une campagne électorale, c’est pas toujours obligé d’être des slogans poches et des promesses vides 😉

Si t’es solidaire, le 1er octobre, tu votes Ismaël Seck!

Un énorme merci à Mackjoffatt pour la conception de cette magnifique chanson de campagne!




P.S. L’utilisation d’une chaise roulante dans le vidéoclip se veut avant tout pour illustrer la réalité des personnes dans notre système de santé et n’est en aucun cas dans le but de prendre à la légère la situation des personnes en situation de handicap

Publiée par Ismaël Seck sur Vendredi 21 septembre 2018

 

Changements au palmarès?

Les appuis de Québec solidaire sont indéniablement plus hauts qu’en 2014, et ce, partout à travers le Québec. Dans un sondage local Mainstreet, le parti est crédité de 18% après répartition des personnes discrètes (derrière la CAQ à 32%, le PQ à 23%, le PLQ à 22%)3.

Toutefois, d’après les projections, la circonscription de Brome-Missisquoi ne devrait pas bouger beaucoup dans le palmarès de Québec solidaire.

Vote populaire4 Projections pour 2018
Circonscription 2012 2014 Too Close To Call5 Qc1256
Brome-Missisquoi 4,6% (61e) 6,8% (46e) 15,6% (41e) 12,6% (48e)
Jeanne-Mance—Viger 5,1% (45e) 3,4% (116e) 13,8% (62e) 11,7% (64e)

Par contraste avec la progression observée dans la circonscription montérégienne, Québec solidaire a perdu un peu plus de 450 voix dans Jeanne-Mance—Viger de 2012 en 2014 (ce qui représente près de 30% de ses voix de 2012). C’est un rappel important qu’une personne qui a voté Québec solidaire n’est pas à tout jamais acquise au parti.

D’après les projections pour cette élection-ci, la circonscription, qui couvre exactement le territoire de l’arrondissement de Saint-Léonard, devrait quitter le bas du palmarès et revenir à un classement qui s’approche davantage à celui de 2012.

Bryan Breguet de Too Close To Call reconnaît néanmoins qu’il surestime probablement cette circonscription de l’est de Montréal.

Montréal, cette région si diversifiée

C’est l’occasion de revenir à Pierre Drouilly, cité dans le billet sur l’abstentionnisme. La première fois qu’on m’en a parlé, c’était pour me parler de ses régions sociologiques du Québec. Il divise le Québec en 11 régions, incluant trois à Montréal.

Aucun sondage n’atteint ce niveau de précision: au mieux, les sondeurs donnent les résultats ventilés de l’est et de l’ouest de Montréal séparément. Toutefois, je crois que la distinction que Drouilly fait dans l’est de l’île est très importante. Il isole le nord-est de Montréal, dans lequel on trouve beaucoup d’allophones.

Sources: «Fichiers de la géométrie des circonscriptions électorales du Québec (2017)». Élections Québec. Consulté le 26 septembre 2018; Drouilly, Pierre. «La structure des appuis aux partis politiques québécois, 1998-2008». Dans Les partis politiques québécois dans la tourmente: Mieux comprendre et évaluer leur rôle, 131‑68. Québec: Presses de l’Université Laval, 2012.

Ci-dessus, vous voyez les 27 circonscriptions montréalaises de la carte de 2017 réparties dans les trois régions sociologiques de Drouilly: l’Ouest de Montréal en rouge, l’Est en bleu et le Nord-est en jaune.

Ci-dessous, une carte conçue par l’agglomération de Montréal à partir des données du recensement 2016 pour montrer les différentes concentrations d’allophones sur l’île (les quadrilatères plus foncés représentes des coins avec plus de ménages allophones).

Carte de la concentration des allophones à Montréal (2016)
Source: «L’Atlas sociodémographique 2016: Agglomération de Montréal». Recensement de 2016. Montréal en statistiques. Ville de Montréal: Service du développement économique, septembre 2018, p. 21.

Les appuis à Québec solidaire augmentent beaucoup dans la moitié est de l’île. Peut-être même que le parti plafonne à cet endroit et que son vote devient inefficace comme celui du Parti libéral dans le West Island. Cela signifierait que chaque point de pourcentage supplémentaire n’apporte pas nécessairement plus de sièges parce qu’on atteint des scores vraiment élevés dans certaines circonscriptions sans que ce soutien «déborde» au-delà de celles-ci.

Toutefois, on ne sait pas si Québec solidaire monte tant dans le nord-est (plus allophone) que dans l’est (francophone) de l’île. Les sondages ne distinguent pas entre anglophones et allophones, donc on n’a pas plus de données sur lesquelles se fier.

Bref, la montée de Québec solidaire sur l’île de Montréal, particulièrement dans sa moitié est, se traduit dans les projections par une hausse dans des circonscriptions comme Jeanne-Mance—Viger. Nous verrons le 1er octobre si c’est vrai ou si c’est dû à l’amalgation de tout l’est de l’île dans les sondages.

Maintenant qu’on a situé un peu la géographie du vote solidaire, revenons à nos vidéos.

Dépenses électorales ou pas?

Deux aspects de la publicité peuvent coûter de l’argent:

  • sa production;
  • sa diffusion.

Les graphistes et vidéastes qu’on emploie pour faire de la publicité —qu’elle soit en ligne, dans les journaux, à la radio ou à la télévision— peuvent être bénévoles ou payés. Dans le dernier cas, leur rémunération compte comme une dépense électorale.

Comme Sylvain A. Trottier l’expliquait la semaine dernière à Pop en stock:

Si, par exemple, je fais une vidéo, mais que ma vidéo, je la fais avec mon téléphone, j’le fais avec un ami, pis que personne ne me charge dans l’histoire, c’est pas une dépense électorale, donc j’peux l’faire sans limitation quelconque7.

En matière de diffusion, les médias exigent habituellement des frais contre de l’espace publicitaire. La révolution des «médias sociaux», c’est justement de démocratiser la diffusion en la rendant dans beaucoup de cas gratuite.

Comme nous avons vu dans le dernier billet, les médias sociaux sont considérés comme un espace public, du moins pour les personnes candidates. Ainsi, cette forme de diffusion publicitaire n’est aucunement limitée. Si on paie Facebook pour «sponsoriser» une publication de notre page, c’est-à-dire augmenter sa visibilité, ce coût de diffusion devient une dépense électorale.

Autrement dit, un parti peut publier gratuitement sur les réseaux sociaux autant de publicités conçues bénévolement qu’il ne le veut…

Et donc avoir beaucoup plus de publicités qu’un autre parti qui lui fait des dépenses pour chacune de ses publicités-là8.

comme l’a suggéré Sylvain à Pop en stock.

Vidéos devenus viraux

La vidéo de Brome-Missisquoi a été tournée par Olivier Jobin sous la direction de Thomas Fontaine, qui a également effectué le montage. Ils ont été payés, par peur comme à Rouyn en 2012 de faire accroc à la Loi électorale.

Le cas est similaire pour celle de la campagne d’Ismaël Seck dans Jeanne-Mance—Viger: le vidéaste et l’artiste qui a composé et interprète la chanson ont été payés. Les personnes qui apparaissent dans le vidéo clip sont bénévoles.

La diffusion dans les deux cas a d’abord été organique, c’est-à-dire qu’elle résultait du partage des personnes qui ont vu la publication sur la page Facebook de la campagne. Autrement dit, la production de cette publicité n’a pas été bénévole, mais sa diffusion était au départ gratuite. Les deux équipes ont depuis «sponsoriser» leur publication Facebook.

Voici ce qu’elles ont récolté comme circulation en date du mercredi 26 septembre à 18h:

Titre 2050: je me souviens Es-tu solidaire?
Circonscription Brome-Missisquoi Jeanne-Mance—Viger
Mise en ligne 18 septembre 2018 21 septembre 2018
Nb de vues +216000 +22000
Nb de partages +4300 452
Nb de réactions +3400 477
Nb de commentaires 597 134

La vidéo de Brome-Missisquoi est donc un peu moins de 10 fois plus populaire que celle de Jeanne-Mance—Viger, même si cette dernière a fait l’objet d’un article dans la section «Sac de chips» du Journal de Québec9.

Depuis lundi, deux autres vidéos produites par des créateurs de contenu circulent dans mes réseaux solidaires sur Facebook. Tout d’abord, on retrouve La Coalition de l’Anneau – une parodie de politique québécoise d’Alex Dornier, qui avait fait ses débuts en 2011 avec Harry Potter et la STM suivi en 2012 de Harry Potter et la GGI10. Ensuite, il y a Promesses électorales à l’hélium (avec Manon Massé) sur la chaîne YouTube de PL Cloutier.

On en reparle dans le prochain billet!

Données sources

Vous pouvez consulter le tableur qui a permis de faire le graphique sur Google Spreadsheets.

Notes

Réaction

Visibilité et dépenses électorales

Avant-hier, mon collègue Martin était de passage à l’émission Pop en stock à CHOQ, la radio étudiante de l’UQAM. Ç’a abondamment discuté de publicité sur les réseaux sociaux, mais aussi de la publicité gratuite que constituent les memes, citant au passage les enfants de François Legault qui se présentent pour Québec solidaire1.

Hier matin, je suis tombée sur la meilleure vidéo de campagne locale de Québec solidaire depuis celle de Rouyn-Noranda en 2012: elle vient justement de celle d’Alexandre Legault dans Brome-Missisquoi. J’ai trouvé que l’univers faisait bien les choses.

Ce matin, j’apprenais que le Directeur général des élections (DGEQ) avait mis en demeure la Centrale des syndicats du Québec (CSQ) pour des raisons similaires qu’Équiterre plus tôt cette semaine2. Les règles ne sont donc visiblement pas les mêmes pour les partis et les groupes de la société civile. Ou est-ce une différence entre site Web et réseaux sociaux?

Dépenses électorales: autorisation et plafond

D’après la porte-parole du DGEQ Julie St-Arnaud Drolet, «donner de la visibilité à un parti constitue une dépense électorale»3. Ok, qu’est-ce que ça change?

Deux choses:

  • les dépenses électorales doivent être approuvées par l’agent officiel ou l’agente officielle d’une personne candidate ou d’un parti;
  • elles sont soumises à un plafond de dépenses.

Payé et approuvé par…

Martin a parlé de la fonction d’agente ou d’agent officiel en parlant des mises en candidature dans le premier épisode de L’Antichambre électorale de 9:38 à 10:15:

Ça vous prend aussi un agent officiel: ça c’est la personne qui va autoriser vos dépenses. Déjà, dès le départ, si vous êtes tout seul, ça marche pas!

Vous devriez voir le nom de l’agente ou de l’agent officiel sur tout ce qui donne de la visibilité aux personnes candidates, comme les pancartes, les dépliants, même les macarons.

Avant, on écrivait systématiquement «Payé et autorisé par…», mais maintenant plusieurs partis n’indiquent que le nom de la personne suivi de la mention «agent officiel» ou «agente officielle».

La porte-parole du DGEQ cite à cet effet l’article 413, inchangé depuis l’adoption de la Loi électorale:

Pendant la période électorale, seul l’agent officiel d’un candidat ou d’un parti autorisé ou son adjoint peuvent faire ou autoriser des dépenses électorales4.

Max 0,75$ par électeur et électrice

Le plafond des dépenses électorales est défini à l’article 426 et indexé à chaque année en fonction de de l’indice moyen des prix à la consommation (IPC).

C’est un montant par électeur ou électrice, donc le plafond varie de circonscription en circonscription: les personnes candidates dans les plus grandes peuvent dépenser plus d’argent. Un montant plus élevé est toutefois accordé aux circonscriptions de régions éloignées: Rouyn-Noranda–Témiscamingue, Ungava (Nord-du-Québec), René-Lévesque et Duplessis (Côte-Nord) et Îles-de-la-Madeleine.

Limite de base 0,75 $
Duplessis
Rouyn-Noranda–Témiscamingue
René-Lévesque
Ungava
0,95 $ (0,75 $ + 0,20 $)
Îles-de-la-Madeleine 1,67 $ (0,75 $ + 0,92 $)

Source: «Limites des dépenses électorales». Élections Québec, 2018.

À ce montant s’ajoute un montant pour la campagne nationale de chaque parti politique. Il s’agit de 0,69$ pour chaque électeur ou électrice dans les circonscriptions où le parti présente une candidature.

Les quatre partis représentés à l’Assemblée ont donc le même plafond des dépenses électorales parce qu’ils présentent tous des candidatures dans chacune des 125 circonscriptions.

À l’autre bout du spectre, les partis qui ne présentent qu’un seul candidat (des hommes dans les deux cas) ont tout de même un avantage sur les candidatures indépendentes parce qu’ils peuvent dépenser presque le double (0,75$ + 0,69$ par électeur et électrice).

Qu’est-ce qui compte comme une dépense électorale?

C’est bien beau tout ça, mais qu’est-ce qui doit être autorisé par l’agente ou l’agent officiel et conséquemment être assujetti aux limites de dépenses? Équiterre et la CSQ ne croyaient pas que leur campagne d’information devait l’être. (La CSQ a obtempéré, mais Équiterre est prête à contester une éventuelle amende du DGEQ devant les tribunaux.)

D’après la mise en demeure reçue par Équiterre, son «document» est une «publicité»:

Comme ce document d’analyse et l’utilisation du site web pour le diffuser impliquent nécessairement un coût, cette publicité constitue une dépense électorale5

La porte-parole du DGEQ ajoute dans un article sur la mise en demeure reçue par la CSQ:

le coût de tout bien ou service utilisé pendant la période électorale pour diffuser ou combattre le programme ou la politique d’un candidat ou d’un parti représente une dépense électorale6

À cet effet (et c’est peut-être un ajout tardif), il est indiqué en haut de la démarche sur la deuxième page du document de la coalition environnementale et citoyenne:

Ce document a une visée informative exclusivement. Il ne vise pas à favoriser ou défavoriser, à diffuser ou à combattre un programme, à approuver ou désapprouver, un parti ou des mesures préconisées par celui-ci7.

Revenons à la mise en demeure. Le DGEQ considère visiblement deux coûts:

  • l’analyse;
  • l’hébergement, la création et le maintien du site Web.

Le premier est définitivement contestable puisqu’il s’agit «des réponses des principales formations politiques» (lire les quatre partis représentés à l’Assemblée nationale) à des questions posées par une coalition d’organisme.

Lettres aux organismes

C’était ma tâche principale en 2008 et en 2012 de répondre aux lettres des organismes: un travail extrêmement long et ardu qui offre très peu de gratifications parce qu’il se fait généralement dans l’ombre.

En 2008, j’en ai envoyé une cinquantaine et, en 2012, plus de 80. Combien d’organismes vous ont fait part des engagements de Québec solidaire à l’époque? Voilà, c’est ce que je disais: un travail de l’ombre.

Le travail d’analyse des plateformes a effectivement un coût mais, lorsque les organismes envoient des questionnaires aux partis politiques, la facture est refilée aux partis, qui doivent payer quelqu’un pour le faire (ou rediriger de l’énergie bénévole vers cette tâche). La «dépense électorale» est donc engagée par le parti, pas l’organisme.

Qui plus est, à quoi ça sert aux partis de répondre aux organismes s’ils n’ont pas le droit de diffuser les réponses sur leur site Web?!? Si seuls les médias ont droit de diffuser les réponses que leur donnent les partis, on a un problème démocratique.

(Certes, le DGEQ pourrait répondre que la révision des réponses obtenues gratuitement constitue une analyse supplémentaire qui engendre son propre coût8.)

Réglementation de la publicité (or lack thereof)

L’autre coût que considère le DGEQ dans le cas d’Équiterre est «l’utilisation du site web pour […] diffuser» le document. Effectivement, avoir un site Web, ça coûte de l’argent.

Est-ce que cela signifie que si Équiterre s’était contenté de publier le contenu du document sur sa page Facebook, sur sa chaîne YouTube et sur ses comptes Instagram, Twitter et Linkedin, le DGEQ n’aurait pas pu lui imputer des coûts de diffusion parce que l’utilisation de ces plateformes est gratuite?

C’est ici qu’on revient à l’émission Pop en stock. L’un des invités de cette semaine, Sylvain A. Trottier, se posait justement la question à savoir si la publicité sur les réseaux sociaux comptait dans les dépenses électorales, et donc dans le plafond des dépenses. Il a donc passé un coup de fil au Directeur général des élections (DGEQ).

Il a constaté que la publicité gratuite qu’offre le partage sur les réseaux sociaux n’est pas règlementée:

Des candidats peuvent faire des publications, et ils n’ont pas besoin de payer pour une publication. C’est une publication comme si j’étais sur la place publique et que je disais quelque chose9.

Toutefois, si de l’argent entre en jeu, la dépense doit être approuvée par l’agent officiel et est sujette au plafond des dépenses électorales.

Puisque sa question portait spécifiquement sur la publicité qu’effectuent les partis, on ne sait pas si le DGEQ considère que seuls les «candidats peuvent faire des publications» gratuites sans qu’elles comptent comme dépenses électorales, ou si ce droit est également accordé à tout membre de la société civile.

Dans le prochain billet, je reviendrai sur les vidéos que diffusent les personnes candidates sur Facebook et ma surprise à la vue de celle de Québec solidaire dans Brome-Missisquoi.

Notes