L'Antichambre électorale

S01E01 — Ça aussi, c’est un micro?

Martin et Marie parlent de sondages, de pointage et de pancartes à L'Antichambre électorale

Dans cet épisode inaugural, enregistré le mercredi 28 août 2018, Martin et Marie discutent d’élections à date fixe, de la volatilité de l’électorat, de mises en candidature, des petits partis, de pancartes et de bénévoles.

Réalisé par la lumineuse Gabrielle Labelle Joly.

Le langage employé par moment dans cet épisode n’est peut-être pas approprié pour des petites oreilles.

Billets discutés

Voir aussi

Références

5:02
Lajoie, Geneviève. «La CAQ domine un électorat volatil: un Québécois sur deux pourrait changer d’idée». Le Journal de Québec. 18 août 2018.
9:39
«Se porter candidate ou candidat». Élections Québec. Consulté le 28 août 2018.
15:26
Guidara, Amin. «Voter pour un Québec américain». La Presse+, 27 août 2018, sect. Actualités, écran 9.
26:00
Loi sur les élections et les référendums dans les municipalités, chapitre E-2.2, Recueil des lois et des règlements du Québec (1987).
Réaction

Jeunes, vertu et abstention

Jeudi était jour de débat, mais c’était aussi le jour où s’est tenu un colloque sur les jeunes et le/la politique. Dans ce cadre, La Presse a diffusé un sondage Ipsos concernant uniquement les jeunes de 18 à 25 ans (la catégorie habituelle est 18 à 35 ans).

Participation électorale des jeunes

Nous avons parlé il y a deux semaines des divergences entre Léger et Mainstreet concernant les intentions de vote chez les jeunes. Le sondage de cette semaine ne comportait pas de question sur les intentions de vote, mais plutôt sur l’intérêt envers la campagne, l’intention d’aller voter (sans demander pour qui) et les enjeux les plus importants.

Ce qui m’a marqué, c’est que 81% des jeunes sondés disaient avoir l’intention d’aller voter1.

Il n’y aurait donc pas de différences à prévoir selon l’âge en termes de participation électorale? En août, Léger avait trouvé que 79% des personnes qui leur ont répondu étaient «certaines» d’aller voter2. (C’est pas exactement la même question, comme faisait remarquer Martin Leduc3, mais les résultats sont tout de même comparables.)

Ça surprend parce qu’on décrie depuis longtemps le problème de la participation électorale épouvantablement basse des jeunes. En 1985, un peu moins des deux tiers des moins de 25 ans ont voté tandis que c’était les trois quarts de la population totale. En 2008, c’était moins de 40% des moins de 25 ans (contre 57% pour l’ensemble de la population ayant droit de vote)4.

Merveilleux! Le problème du décrochage des jeunes serait réglé!

Or is it?

J’ai plutôt l’impression qu’une partie de ces jeunes sont soit remplis de bonnes intentions, soit qu’ils connaissent la bonne réponse et c’est ça qu’ils répondent. (Un peu comme quand le dentiste nous demande si on passe la soie dentaire à tous les jours.)

C’est ce qu’a répondu aussi Sébastien Dallaire, premier vice-président et directeur général pour le Québec chez Ipsos:

Les sondages surestiment l’intention d’aller voter depuis…toujours. Peu importe l’âge.  Il y a une question de désirabilité sociale, mais aussi les gens peuvent avoir “l’intention” d’y aller, mais sans forte conviction et ne se déplacent pas le jour j5.

Quand il parle de «désirabilité sociale», il parle de savoir c’est quoi la bonne réponse.

Sondages et participation électorale

Comme Sébastien Dallaire dit, ce ne sont pas que les jeunes: c’est connu, les gens votent davantage dans les sondages que dans la vraie vie. En fait, je devrais dire que c’est documenté.

Dans un sondage post-électoral, en 2012, 90% des personnes sondées ont répondu avoir voté6. Le taux de participation provincial, toutefois, était de 75%. Un sondage post-électoral de 2008 a été complété par 74% de personnes qui disaient avoir voté alors que le taux de participation avait été de 57%7.

Les chercheurs de 2012 écrivent que c’est «parce que les abstentionnistes sont moins enclins à répondre aux sondages.» Pierre Drouilly, un sociologue qui commentait les résultats du sondage post-électoral de 2008, semble plus d’avis que c’est une question de «bonne réponse»:

Cette sous-estimation du taux de participation est probablement le reflet d’un discours social normatif, moraliste et réprobateur sur le “mauvais citoyen” qui néglige son “devoir démocratique”, alors qu’ailleurs dans le monde, “des gens meurent pour acquérir le droit de voter”8

Il pense donc que les personnes qui répondent aux sondages «manque de sincérité», plutôt que de conclure que les abstentionnistes ne répondent pas au sondage.

Il serait en fait théoriquement possible de vérifier si les personnes sondées mentent ou pas: les abstentionnistes sont le seul groupe de l’électorat auxquelles on peut attacher des données nominatives.

Les «feuilles de bingo»

Le vote est secret (au grand dam d’organisateurs et d’organisatrices comme moi), donc on ne pas savoir avec certitude qui vote CAQ, QS ou Bloc Pot: il faut demander, et les gens ont droit de mentir ou de ne pas répondre.

Sauf que vous avez remarqué, quand vous allez voter, qu’on barre votre nom de sur la liste électorale? C’est pour s’assurer que vous ne reveniez pas voter une deuxième fois. Mais ça veut quand même dire qu’on sait qui a voté et qui n’a pas voté (avec nom, adresse et date de naissance).

Les partis bien organisés utilisent cette information les jours de scrutin (vote par anticipation et le «vrai» jour d’élection) pour savoir qui, parmi les personnes qui les appuient, appeler et rappeler —et rappeler encore!— parce qu’ils et elles ne seraient pas encore aller voter.

Pour y arriver, chaque parti a des runners dans chaque circonscription où il fait sortir son vote. Ces personnes font en voiture ou à vélo la tournée de tous les bureaux de scrutin à chaque heure pour aller chercher les «feuilles de bingo». Celles-ci donnent les numéros d’électeur des personnes qui ont voté depuis la dernière feuille.

On les appelle des «feuilles de bingo» parce que, dans le bon vieux temps que je suis assez vieille pour avoir connu, les directions de scrutin ne fournissaient pas cette information.

Les partis postaient donc des bénévoles à chaque table avec une liste de personnes qui les appuyaient: la fameuse «feuille de bingo». Le personnel électoral donnait le numéro de la personne qui se rendait dans l’isoloir et, quand comme bénévole tu avais ce numéro sur ta feuille, tu criais «bingo!» (intérieurement).

Dans ce bon vieux temps, donc, les runners faisaient la tournée pour ramasser les feuilles de bingo de chaque bénévole de son parti dans chaque bureau de scrutin. Ça faisait beaucoup de va-et-vient et prenait beaucoup d’énergie bénévole pour nourrir la machine à faire sortir le vote!

Différentes sortes d’abstentionnistes

Tout ça pour dire que si les partis savent qui a voté et qui n’a pas voté, les membres de la communauté de recherche universitaire devraient pouvoir le savoir aussi. Il y a sans doute des enjeux de confidentialité qui font en sorte qu’ils n’utilisent pas cette source d’information.

Dans l’article cité ci-dessus, Drouilly a néanmoins caché une typologie intéressante de l’abstentionnisme dans une note de bas de page:

  • l’abstentionnisme «forcé»;
  • l’abstentionnisme «structurel»;
  • l’abstentionnisme «conjoncturel»9.

Abstentionnisme «forcé»

C’est ainsi que Drouilly désigne les personnes qui voulaient aller voter, mais ont eu un empêchement de dernière minute. Il évalue que ça explique l’abstentionnisme de 5% de l’électorat, parce que «c’est le taux qu’on observe dans les pays où le vote est obligatoire».

Le plus intéressant, pour moi, est que c’est exactement le même taux qu’ont trouvé les chercheurs de 2012, sans utiliser le terme! En effet, en construisant le questionnaire du sondage post-électoral, ils sont procédé à une expérience (une information qu’eux aussi ont caché dans une note de bas de page10).

Pour la moitié des personnes sondées, le choix de réponse était binaire (avez-vous voté? oui/non).

L’autre moitié avait quatre choix:

  • «je n’ai pas voté»;
  • «je voulais voter mais je ne l’ai pas fait»;
  • «d’habitude je vote mais je n’ai pas voté cette fois»; et
  • «je suis certain d’avoir voté à cette élection».

Sans surprise, des choix de réponse différents donnent des résultats différents:

Le pourcentage d’abstentions est légèrement plus élevé (5 points) quand on offre aux gens la possibilité de dire qu’ils n’ont pas voté cette fois mais que la chose n’est pas coutume.

Ça ressemble pas mal à la définition de l’abstentionnisme forcé de Drouilly.

Abstentionnisme «structurel»

Drouilly s’étend peu sur ce type d’abstentionnisme:

c’est un abstentionnisme d’origine sociologique, qui est le fait de populations défavorisées au plan économique, culturel et politique. Il est aussi le fait de populations en situation d’anomie sociale et (ou) d’isolement géographique.

C’est ce qui expliquerait donc que les habitations à loyer modique (HLM) votent peu, même lorsque les partis tentent spécifiquement de rejoindre les populations défavorisées qui y vivent. (L’équipe de Françoise David avait été déçue de constater que ses efforts particuliers n’avaient pas été récompensés dans Gouin en 2008.)

Si l’abstentionnisme «forcé» est donc temporaire pour une personne donnée, l’abstentionnisme «structurel» serait difficile à changer sans améliorer les conditions de vie des personnes qu’il affecte:

C’est l’abstentionnisme structurel qui explique que certaines circonscriptions votent toujours moins que la moyenne: ce sont généralement des circonscriptions défavorisées dans les centres urbains comme le Centre-Sud de Montréal (Hochelaga-Maisonneuve, Sainte-Marie-Saint-Jacques, Saint-Henri-Sainte-Anne), ainsi que certaines circonscriptions éloignées (en Gaspésie, en Abitibi-Témiscamingue, sur la Côte-Nord).

Drouilly évalue l’abstentionnisme «structurel» à environ 10%-15% parce que «dans le meilleur des cas les taux de participation ont de la difficulté à dépasser les 80%».

Abstentionnisme «conjoncturel»

C’est le type d’abstentionnisme qui intéresse le plus Drouilly parce qu’il croit que c’est lui qui fluctue d’élection en élection: il dit qu’il «origine du contexte de chaque consultation».

À une élection donnée, des électeurs peuvent s’abstenir davantage, soit qu’ils ne trouvent pas de parti à leur goût (c’était le cas des électeurs souverainistes aux élections fédérales avant l’apparition du Bloc québécois); soit qu’ils soient en rupture avec leur parti naturel, mais pas au point de voter pour l’adversaire; soit encore que l’enjeu de la consultation leur soit indifférent.

Drouilly, dans son article, analyse les quatre élections qui se sont déroulées entre 1998 et 2008. En 2007 et 2008, le taux de participation a connu une chute spectaculaire. C’est d’ailleurs pourquoi le Directeur général des élections du Québec avait mandaté la Chaire de recherche sur la démocratie et les institutions parlementaires pour étudier «Les motifs de la participation électorale au Québec: Élection de 2008», une enquête citée ci-dessus.

Nous reviendrons à l’hypothèse principale de Drouilly et aux changements au taux de participation dans la dernière décennie. Un indice: Bryan Breguet en parle dans ce billet sur des ajustements qu’il a apportés à son modèle.

Notes

Mise à jour

La discorde persiste concernant les appuis de Québec solidaire

Demandez (sur Twitter) et vous recevrez!

Joseph Angolano, vice-président chez Mainstreet, m’a envoyé le lien vers le rapport de Mainstreet. J’ai donc pu mettre à jour mes graphiques d’intentions de vote avant répartition (avec les barres d’erreur!).

Intentions de vote avant répartition dans les sondages complétés entre le 7 et le 10 septembre 2018

Je n’ai inclus que les derniers Mainstreet et Léger parce que les sondages de CROP, d’Ipsos et de Forum datent d’avant le déclenchement.

On constate que tous les résultats sont compatibles (les barres d’erreur se chevauchent), sauf ceux pour Québec solidaire:

Intentions de vote pour QS avant répartition dans les sondages complétés entre le 7 et le 10 septembre 2018

En effet, aucune des barres d’erreur ne touche à la ligne des 12,5%.

Hier soir, à l’annonce des résultats du sondage Léger, Bryan Breguet de Too Close To Call avait fait remarquer que Léger et Mainstreet divergaient sur les intentions de vote pour la CAQ et pour QS:

En gros Léger et Mainstreet s’entendent parfaitement sur le PLQ et le PQ, mais Léger a la CAQ 5 points plus élevé et QS 5 points plus bas. Intéressant que les différences soient entre CAQ et QS1.

Il arrive à cette conclusion à partir des résultats après répartition. Comme on a vu, avant répartition, les deux firmes de sondage s’entendent sur le fait que les intentions de vote pour la CAQ se trouvent entre 27% et 31%.

Dans son billet de ce matin, Bryan s’étendait plus longuement sur le sujet, en rappelant la différence entre les sondages locaux et nationaux de Mainstreet qu’il avait évoquée dans son billet d’hier:

Mainstreet et Léger en fait s’entendent parfaitement sur le PLQ et le PQ. Par contre ils ont des chiffres fort différents pour la CAQ et QS. Mainstreet a ces partis à respectivement 31% et 16% alors que Léger les a à 35% et 11%. Une différence de 4-5 points pour chaque parti. Qui dit vrai? Impossible d’y répondre pour sûr mais les sondages par comté de Mainstreet sont bien plus cohérents avec une Coalition à 35%-36% et QS à 11%. Ainsi je serais tenté de dire que Léger a possiblement raison ici. Mais il nous faudra attendre d’autres sondages (et en fait l’élection) pour en être sûr2.

Je vous encourage à lire par vous-mêmes son billet sur les divergences entre les sondages locaux et nationaux de Mainstreet. Pour vous titiller, voici le tableau sur lequel il se base:

Résultats moyens des partis dans les 31 circonscriptions avec des sondages locaux
Source: Breguet, Bryan. «Les sondages par circonscription indiquent un raz de marée CAQ. Ont-ils raison?» Too Close To Call (blogue), 10 septembre 2018.

Récapitulons: d’une part, les sondages nationaux de Léger et de Mainstreet continuent d’être en désaccord sur les appuis pour QS. D’autre part, les sondages locaux de Mainstreet donnent des résultats qui s’inscrivent davantage dans ceux que publie Léger (CAQ plus haute, QS plus bas).

Données sources

Vous pouvez consulter le tableur qui a permis de faire les graphiques sur Google Spreadsheets.

Notes

Mise à jour

Un électorat péquiste en hausse, mais plus volatile

Mon Dieu qu’il était temps! Comme l’a dit sur Twitter Bryan Breguet, qui piaffait d’impatience:

Juste une observation générale mais quand il y a davantage de personnes/sites faisant des projections que de firmes offrant des sondages, c’est pas vraiment normal1.

C’est fait: ce matin, nous avons le rapport du dernier sondage mené par Léger du 7 au 10 septembre!

J’attends de mettre la main sur le rapport du sondage Mainstreet effectué du 5 au 7 septembre pour refaire le graphique des intentions de vote avant répartition des personnes indécises. (C’est fait!) Pour l’instant, je n’ai que l’article du Soleil, qui ne donne que les résultats après répartition.

Nous pouvons toutefois mettre à jour nos graphiques concernant la volatilité de l’électorat:

La volatilité de l’électorat est plutôt stable, avec la portion de l’électorat qui a fait un choix pour qui ce choix est définitif qui est passée en deux semaines de 56% à 58%.

Les résultats par parti choisi sont plus révélateurs:

Les intentions de vote pour le Parti québécois semblent en progression, avec une hausse de deux points de pourcentage en deux semaines (19% à 21% après répartition des personnes indécises). Toutefois, il est passé du parti à l’électorat le plus solide au deuxième plus incertain des quatre grands partis.

En effet, au sondage se terminant le 28 août, 64% des personnes qui disaient avoir l’intention de voter pour le PQ considéraient leur choix comme étant définitif. Au sondage qui s’est conclu hier, ce ne sont que 54% de l’électorat qui ont l’intention de voter PQ. Le parti de Jean-François Lisée est donc le seul qui a vu la volatilité de son électorat augmenter!

Est-ce donc le signe que des personnes qui hésitent entre le PQ et la CAQ disent maintenant qu’elles voteraient pour le PQ, mais qu’elles peuvent encore changer d’idée?

Pour ça, il va falloir aller fouiller dans les réponses à la question du deuxième choix… à suivre!

Données sources

Vous pouvez consulter le tableur qui a permis de faire les graphiques sur Google Spreadsheets.

Notes

Mise à jour

Citoyens au pouvoir, un parti à surveiller

Dans «Pas tous égaux, les “petits partis”», j’avais posé la question à savoir si Citoyens au pouvoir, bien que relativement nouveau comme parti et ignoré par les sondeurs, n’était pas un parti à surveiller. En vérifiant l’état des candidatures officialisées hier, j’ai conclu que oui: il a dépassé non seulement le NPD Québec, mais aussi le Parti marxiste-léniniste en termes de nombre de candidatures authentifiées.

Voyons l’état actuel des forces en présence, selon l’ancienne classification.

Candidatures1    Dons2 Intentions de vote3
Partis représentés à l’Assemblée nationale
Coalition avenir Québec 117 594 268 $ 34,0%
Parti libéral du Québec 98 716 890 $ 30,4%
Parti québécois 93 997 622 $ 19,6%
Québec solidaire 78 436 110 $ 12,4%
Partis à surveiller
Parti vert du Québec 43 10 679 $ 1,9%
Parti conservateur du Québec 50 22 986 $ 1,1%
NPD Québec 15 31 200 $ 0,7%
«Petits partis» historiques
Parti marxiste-léniniste du Québec 19 6 055 $
Bloc Pot 3 6 149 $
Nouveaux «petits partis»
Citoyens au pouvoir du Québec 21 12 241 $
Équipe autonomiste 5 500 $
Parti nul 3
Parti 51 1 931 $
Parti libre 1 650 $
Alliance provinciale du Québec 1
Québec en marche 275 $
Québec cosmopolitain 100 $
Parti équitable 5 $

Voyez comme Citoyens au pouvoir dépasse les deux «petits partis» historiques tant sur le plan du financement que des candidatures? En plus de ces 21 candidatures officialisées, Citoyens au pouvoir en annonce 45 autres sur son site Web. Il reste à savoir si ces aspirants candidats et candidates réussiront cette semaine à ramasser 100 signatures de leurs concitoyens et concitoyennes.

J’ai donc officiellement déplacé le parti dans la catégorie «Partis à surveiller».

Qu’est-ce que le parti Citoyens au pouvoir?

Les partis que surveillent déjà les sondeurs ont tous des équivalents fédéraux (le Parti vert, le Parti conservateur et le NPD). Ainsi, même si les médias nationaux n’en parlent pas en cette campagne provinciale, les personnes qui suivent la politique ont une idée générale d’où se situent ces partis sur l’échiquier politique.

Il serait donc d’autant plus important que les médias nationaux présentent minimalement Citoyens au pouvoir, dont on ne sait autrement rien.

J’ai fait une petite revue de presse à l’aide de Google.

Entrevues journalistiques avec trois candidats et deux candidates

J’ai trouvé cinq articles dans des médias de masse présentant trois candidats et deux candidates:

  • Denis Paré dans Deux-Montagnes;
  • Jacques Gosselin dans Laviolette-Saint-Maurice;
  • Jean-François Racine dans Marguerite-Bourgeoys (qui comprend LaSalle, à Montréal);
  • Manon Gamache dans Brome-Missisquoi;
  • Nicole Goulet dans Beauce-Nord.

Du lot, seuls Denis Paré et Nicole Goulet avaient remis leur bulletin de candidature au DGEQ lundi matin. Reprenant un argument déjà utilisé par Québec solidaire, elle explique: «On ne divise pas le vote, on offre une différence. Notre clientèle cible, ce sont les 1 700 000 abstentions qui ne trouvent pas leur compte.»4

En entrevue au début du mois de septembre, Manon Gamache, directrice générale adjointe du parti, estime qu’il sera en mesure «de présenter plus de 60 candidats, […] un bond de géant depuis la dernière élection»5. Au moment de l’annonce de la candidature de Denis Paré en juillet, le chef du parti, Stéphane Blais, visait plutôt 125 candidatures et «entre 6,5% et 7% des votes dans l’ensemble du Québec, comme l’avait fait la défunte Action démocratique du Québec (ADQ) à ses débuts»6.

Jacques Gosselin est vice-président de l’équipe exécutive du Bloc québécois en Mauricie tandis que Jean-François Racine avait soumis sa candidature pour représenter la Coalition avenir Québec7. (La CAQ a préféré présenter Vicky Michaud.)

Un candidat islamophobe écarté

Le 19 juin, le Sac de chips du Journal de Québec présentait des captures d’écran du babillard Facebook de Michel A. Fournier, le candidat de Citoyens au pouvoir du Québec dans Matane-Matapédia. La journaliste Marie-Renée Grondin résume: «Non seulement croit-il qu’“il faut tuer l’islamisme”, sans quoi “c’est lui qui nous tuera”, le candidat est aussi d’avis qu’il faudrait tenir un référendum pour “supprimer” toutes les mosquées au Québec.»8

Le 3 août, L’Avantage de Rimouski rapportait que ce candidat islamophobe s’était désisté9. D’après le site Web du parti, ce serait Jacques Langlois qui le remplacerait, mais la page Facebook du parti pour Matane-Matapédia indique qu’il est toujours à la recherche d’une candidature.

À l’origine: une Assemblée constituante

J’ai trouvé l’historique qui explique le plus clairement les changements de noms successifs du parti dans un billet de Xavier Camus:

À l’origine (2011-2012), la formation politique – cofondée par Roméo Bouchard – se nommait «La Coalition pour la Constituante», car on y préconisait une refonte totale du politique, par le biais d’une assemblée constituante. Puisqu’on y prêche aussi l’abandon de la notion de partis politiques et de la partisanerie sans fin, la formation prendra le nom de «Parti des sans parti» de 2013 à 2016, pour devenir [Citoyens au pouvoir] sous Rambo Gauthier.10

En janvier 2017, Frank Malenfant, qui était chef du Parti des sans parti et est devenu co-porte-parole de Citoyens au pouvoir, a claqué la porte11. Dans son message Facebook, il explique:

Les nouveaux arrivants aussi ont droit à la dignité et aux meilleures chances d’intégration possible pour devenir des membres productifs de notre société. Je me dissocie publiquement de tous propos allant à l’encontre de ces valeurs que je me suis promis de servir pour le parti, et qui sont aussi fondamentalement les miennes.12

Il s’est joint à Option nationale au cours de l’année et suivi son nouveau parti dans la fusion avec Québec solidaire13.

Départ de Rambo, arrivée de Stéphane Blais

En décembre 2017, le co-porte-parole restant, le syndicaliste Bernard «Rambo» Gauthier, a quitté ses fonctions au parti Citoyens au pouvoir pour se refaire une santé14. (En tant que retraitée de la politique partisane, je le crois et le salue d’avoir respecté ses limites.)

Le mois suivant, le parti avait trouvé un nouveau dirigeant (remarquez le changement terminologique):

Janvier 2018, nomination de l’activiste et homme d’affaires Stéphane Blais, CPA, VP du mouvement intégrité Québec, à titre de chef par intérim du parti. Sous sa gouverne, le parti prévoit présenter 125 candidats aux élections à l’automne 2018 et solidifier ses finances en vue d’augmenter sa visibilité auprès du grand public.15

En juillet, dans un entretien sur les ondes de la station FM93, dont les animateurs comprennent Éric Duhaime et le Doc Mailloux, Stéphane Blais expliquait, d’après le compte-rendu de journal Le Peuple, que son parti:

compte faire élire des «non-professionnels» de la politique et vise à prendre le pouvoir le temps d’un seul et unique mandat. L’idée centrale demeurant, depuis sa fondation jusqu’à nos jours, de permettre au peuple québécois de court-circuiter la machine électorale le temps de faire un grand ménage en ce qui concerne la gestion du bien commun.16

Médias d’extrême droite

Le Peuple est produit par quatre «rédacteur[s] et vérificateur[s] de contenu» (au masculin)17. Pascal Bergeron, «fondateur et président actuel du journal», écrit également des articles islamophobes et transphobes pour Vigile.quebec.

Les articles de Le Peuple sont republiés sur le site de Horizon Québec Actuel, «un organisme à but non lucratif qui a pour objectif la diffusion de la langue française, le réseautage entre pays francophones et la défense du principe de souveraineté des États-Nations»18. Sur sa chaîne Nomos-TV, l’organisme a en avril 2017 appuyé Marine Le Pen, la candidate d’extrême droite à la présidentielle française.

La page Facebook de l’organisme a depuis été retirée par le géant des médias sociaux. Ce développement semble récent puisqu’à la mi-août Patrice-Hans Perrier a publié un article sur Le Peuple intitulé «La guillotine de la censure s’abat sur des têtes de patriotes». Il a été partagé sur le site de Horizon Québec Actuel sous le titre «Censure Facebook de HQA : interview au webzine Le Peuple».

Xavier Camus soulève des liens plus directs entre Citoyens au pouvoir et l’extrême droite dans deux billets de blogue parus à un an d’intervalle. Le premier a été publié lorsque Citoyens au pouvoir était sous la gouverne du porte-parole Bernard «Rambo» Gauthier19. Le second fait état des changements de régime dans le cadre desquels l’équipe de Yvon Simard a été remplacée par celle de Stéphane Blais10.

Un assemblage hétéroclite

Le parti Citoyens au pouvoir est donc un parti à surveiller dans plusieurs sens. Le chef de son ancêtre, le Parti des sans partis, est maintenant chez Québec solidaire. Certains candidats proviennent de la CAQ et du Bloc québécois. À partir des photos des candidatures sur le site Web, on note la présence d’au moins un candidat racisé: Jean Carrière dans Mirabel, dont la candidature n’est toutefois pas encore officialisée.

On se retrouve avec un assemblage donc bien hétéroclite de personnes qui promeuvent la démocratie directe à surveiller!

Réaction

Les projections ne sont *pas* des sondages!

Petite montée de lait en cette journée où j’ai découvert que j’étais une experte1: les projections ne sont pas des sondages! (Si vous le savez déjà, mais voulez comprendre comment ça marche, une projection, vous pouvez vous rendre tout de suite à la section de ce billet où j’en parle.)

En effet, les plus récents sondages placent le candidat sortant, Jean-François Lisée, presque ex æquo avec son adversaire et nouveau venu chez Québec solidaire (QS), Vincent Marissal.
Source: Delacour, Emmanuel. «Rosemont: Une course qui promet d’être serrée». Journal de Rosemont, 4 septembre 2018.

C’est Martin qui a encerclé ce paragraphe dans son journal local. «[L]es plus récents sondages» au 4 septembre donnaient Jean-François Lisée loin derrière François Legault et Philippe Couillard alors qu’un seul le plaçait devant Vincent Marissal: celui commandé par le Parti québécois dont on n’a jamais vu le rapport.

Vous avez bien lu: la vaste majorité des sondages sont nationaux. Le Parti québécois a publié des sondages locaux dans les circonscriptions de Rosemont et de Joliette, où se présentent le tandem Jean-François Lisée/Véronique Hivon. Mainstreet commence à mener des sondages dans certaines circonscriptions ciblées (dont Rosemont) pour son Baromètre Élections 2018, mais ils ne sont pas encore publiés.

Le journaliste voulait donc sans doute dire «les projections basées sur les plus récents sondages», en parlant de Qc125 et de Too Close To Call. (Il y a un troisième modèle qui m’était jusqu’à aujourd’hui inconnu: j’en parle plus bas.)

Des exemples à suivre et à éviter

Un exemple à mes yeux encore bien pire est paru samedi dernier dans le HuffPost:

Il y a quelques semaines, les sondages disponibles laissaient entrevoir une course à quatre dans Rosemont. La candidate de la CAQ Sonya Cormier récoltait 24% d’appuis, autant que MM. Lisée et Marissal, alors que la libérale Agata La Rosa suivait de près à 21%.

Depuis, le chef péquiste et le candidat solidaire se sont détachés quelque peu du lot, mais Mme Cormier estime qu’elle incarne une option intéressante.2

La candidate de la CAQ Sonya Cormier ne «récoltait» pas des appuis, on lui projetait plutôt 24% d’appuis. De plus, les seuls mouvements d’opinion publique mesurés ont été nationaux puisqu’il n’y a pas encore eu deux sondages locaux publiés pour la même circonscription: on ne peut donc pas dire que «le chef péquiste et le candidat solidaire se sont détachés […] du lot». On pourrait au mieux dire que la légère baisse de la CAQ à l’échelle nationale risque de se répercuter sur sa candidate dans Rosemont.

L’article de CTV auquel réfère le lien dans le HuffPost s’exprime mieux, en ne distinguant pas entre les trois «meneurs», quoique j’aurais ajouté un petit «All three are projected to have» au dernier paragraphe:

The QC125.com projection shows Lisée has about the same amount of support as Quebec Solidaire candidate and former journalist Vincent Marissal, and the CAQ’s Sonya Cormier, the director of the Movement to end homelessness in Montreal (MMFIM).

All three have from 24.2 to 24.6 percent support, while Liberal candidate Agata La Rosa, a school commissioner with the Pointe de L’Ile school board, has 21.3 percent support.3

Comme je l’ai dit dans l’entrevue qui a consacré mon statut d’experte (j’espère que vous constatez à quel point je trouve ça drôle):

Il y a beaucoup de gens qui pensent que les projections sont basées sur des sondages locaux. Non! Ce sont des sondages nationaux qui sont traduits en résultats locaux sur la base des résultats à la dernière élection, sur les changements démographiques du recensement, et d’autres informations si possible, comme Nate Silver aux États-Unis qui évalue le financement des candidats, la présence de scandales, l’avantage d’être un élu sortant qui se représente.4

Comment ça marche, une projection?

La section «Données, sondages et projections» dans notre b.a.-ba des élections donne un aperçu de la différence entre sondages et projections.

Je propose dans ce billet d’entrer dans la boîte noire des modèles de projection avec un nouveau modèle produit par des chercheurs universitaires, une collaboration entre un prof de McGill, Benjamin Forest, et un diplômé de l’Université de Montréal maintenant post-doctorant à Berkeley en Californie, Eric Guntermann. C’est un ami qui travaille aux communications à McGill qui m’en a glissé un mot.

Ce modèle a le net avantage de décrire de manière complètement transparente sa méthodologie. Pour vous donner une idée de comment fonctionnent les modèles, je vais en extraire les étapes.

Des choix à faire

Tous les modèles utilisent les sondages pour évaluer comme les résultats changeront par rapport à l’élection précédente. Voici, donc, les quatre questions auxquelles doivent répondre les modèles:

  • Comment se traduisent les résultats de 2014 sur la carte de 2017?
  • Comment ont bougé les appuis de chaque parti depuis les dernières élections?
  • Comment ça se traduit dans chaque circonscription?
  • Qu’est-ce que ça donne en termes de nombre de sièges?

Les modélisateurs peuvent choisir différentes façons plus ou moins sophistiquées d’y répondre. Comme Benjamin Forest est géographe, il s’est donné particulièrement du trouble pour rendre compte des changements à la carte électorale: c’est son expertise!

À la troisième question, par contre, le modèle Guntermann/Forest ne fait intervenir que les sondages nationaux. Rien sur les changements démographiques enregistrés au dernier recensement, sur les candidatures, sur les sondages locaux.

Voyons de plus près.

Comment se traduisent les résultats de 2014 sur la carte de 2017?

La carte électorale a changé l’année dernière. Les élections de 2012 et de 2014 se sont déroulées avec la carte de 2011; cette année, nous utilisons pour la première fois la carte de 2017, qui a enlevé une circonscription en Mauricie et à Montréal pour en ajouter deux dans la couronne nord de Montréal.

Il faut donc redistribuer les résultats de 2014 sur la nouvelle carte. Voici comment le modèle Guntermann/Forest s’y prend. Je vous invite à lire leurs explications, bien illustrées par un tableau et une carte, que j’ai reproduite.

Établir la correspondance entre les sections de vote de 2014 et les limites des circonscriptions de 2017

Carte de sections de vote de 2014 chevauchant deux circonscriptions de la carte de 2017 avec leur barycentres
Source: Guntermann, Eric et Benjamin Forest. «Méthodologie». Élections québécoises de 2018, Centre pour l’étude de la citoyenneté démocratique. Consulté le 6 septembre 2018, Carte 1.

Les sections de vote sont les plus petites subdivisions des circonscriptions. À l’aide d’un système d’information géographique (qu’on appelle souvent par son acronyme en anglais, GIS, pour geographic information system), Guntermann et Forest ont trouvé la circonscription de la carte de 2017 dans laquelle se trouve chaque section de vote de 2014.

C’est simple quand une section de vote se trouve entièrement dans une circonscription, mais ça se complique quand elle en chevauche deux. À la vue de la carte ci-contre, on se dit qu’on pourrait utiliser la méthode «y’inqu’à voir, on voit ben» (™ Anne-Marie Éthier, ma prof de maths en secondaire IV), mais ce serait long longtemps et peut-être pas toujours aussi évident5.

Pour déterminer chaque section de vote mitoyenne se trouve «plus dans laquelle» circonscription, Guntermann et Forest ont donc calculé son barycentre (point central) et établi il se situait dans laquelle deux des circonscriptions.

Répartir les votes qui ne sont pas attribués à une section de vote

Les résultats par section de vote ne sont disponibles que pour les voix exprimées le jour du scrutin. Les résultats du vote par anticipation sont donnés par bureau de vote par anticipation (BVA), des regroupements d’une dizaine de sections de vote6. Les résultats du vote par la poste, dans un bureau de vote itinérant et en prison ne sont donnés que pour la grandeur de la circonscription.

Guntermann et Forest ont fait deux choix:

  1. ignorer les BVA à titre de subdivisions de circonscriptions;
  2. supposer que les votes d’un même parti seraient distribués de la même façon au sein de la circonscription le jour du scrutin et avec les autres moments/façons de voter.

Ils ont donc redistribué, pour chaque parti et dans chaque circonscription, les résultats du vote par anticipation, par la poste, dans un bureau de vote itinérant et en prison en fonction de la répartition géographique des votes du parti au jour J dans chaque section de vote de la circonscription.

Ils ont ensuite additionné dans chaque section de vote et pour chaque parti cette estimation et les votes obtenus le jour J.

Comment ont bougé les appuis de chaque parti depuis les dernières élections?

Guntermann et Forest font le choix d’utiliser un seul sondage pour effectuer leur projection: le plus récent. Pour leur dernière projection, donc, ils utilisent le sondage Léger qui s’est terminé le 28 août.

Ils comparent donc à l’échelle nationale ce sondage aux résultats de 2014 en faisant pour chaque parti une simple division (pourcentage du parti au plus récent sondage national sur pourcentage obtenu par le parti en 2014).

Ils obtiennent donc cinq variations depuis la dernière élection, une pour chaque parti représenté à l’Assemblée nationale ainsi qu’une dernière pour les autres partis.

Comment ça se traduit dans chaque circonscription?

C’est sur cette question qu’on peut s’attendre à ce que les modèles divergent le plus.

Guntermann et Forest font 1000 simulations.

Dans les paramètres de leurs simulations, ils donnent l’hypothèse de départ suivante: le résultat de chaque parti en 2018 dépendra dans chaque circonscription d’une variation (swing) uniforme pour ce parti à travers la province, calculée à l’étape précédente. Ils génèrent des variations aléatoires pour chaque parti dans chaque circonscription à partir de cette hypothèse. Ensuite, ils multiplient le résultat du parti en 2014 dans la circonscription par la variation aléatoire de cette simulation-là.

Finalement, ils présentent les résultats par circonscription comme étant les chances de chaque parti de remporter le siège, c’est-à-dire le nombre de simulations dans lesquelles ce parti a rapporté le plus grand pourcentage de votes, divisé par 1000 (le nombre total de simulations).

Ils fournissent également un deuxième tableau avec le pourcentage obtenu par chaque parti dans la simulation médiane de chaque circonscription.

Qu’est-ce que ça donne en termes de nombre de sièges?

Pour déterminer le parti qui formera le gouvernement et si celui-ci sera minoritaire ou majoritaire, il faut additionner tous ces résultats par circonscription.

Chaque simulation est comme le résultat d’une élection hypothétique: on a des pourcentages pour chaque parti représenté à l’Assemblée nationale dans chaque circonscription, donc un gagnant dans chaque circonscription et, ultimement, un nombre de sièges remportés par chaque parti dans cette élection hypothétique.

On a donc une série de 1000 nombres de sièges pour chacun des quatre partis. Le modèle présente pour chaque parti la médiane de ces 1000 résultats, c’est-à-dire la moyenne entre le 500e et le 501e résultat lorsqu’ils sont placés en ordre croissant ou décroissant (ça revient au même).

Finalement, le modèle rend compte de l’incertitude en calculant l’intervalle de confiance à 95%. Autrement dit, on élimine les 25 simulations qui donnent le nombre de sièges le plus bas et les 25 simulations qui donnent le nombre de sièges le plus haut.

Pour leur dernière projection, qui date du 2 septembre, ça donne:

Projections du 2 septembre 2018 du modèle Guntermann/Forest
Source: Guntermann, Eric, et Benjamin Forest. «Projections actuelles (2 septembre 2018)». Élections québécoises de 2018, Centre pour l’étude de la citoyenneté démocratique.

On regardera comment Qc125 et Too Close To Call s’y prennent la prochaine fois.

Notes

Réaction

Visualisation et mode de collecte de données

Je vous ai laissés en suspens vendredi dernier en vous promettant une nouvelle visualisation des plus récents sondages. Pour se rafraîchir la mémoire, la marge d’erreur dépend du pourcentage obtenu dans le sondage (elle augmente à mesure qu’il s’approche de 50%) et de la taille de l’échantillon (l’un monte quand l’autre descend), pas de la taille de la population dont on veut connaître l’opinion.

Chose promise, chose due

J’ai refait un graphique similaire à celui de Qc125 (avec les marges d’erreur cette fois) pour les trois derniers sondages du diagramme présenté. J’ai joint le sondage de Forum (effectué le 23 août auprès de 965 personnes) et le dernier Léger (effectué du 24 au 28 août auprès de 1010 personnes)1.

J’ai d’abord tenté de le faire dans Google Spreadsheets, pour que vous puissiez accéder au fichier et vérifier le tout. Toutefois, je n’avais la possibilité que de mettre une barre d’erreur constante ou en pourcentage, or, nous avons vu vendredi que c’était justement un peu plus compliqué que ça.

J’ai aussi essayé avec Excel et son équivalent en logiciel libre LibreOffice pour arriver toujours au même problème: pas moyen de définir une barre d’erreur différente pour chaque point. Ce n’est donc pas surprenant qu’on voit aussi peu de représentations des données de sondage avec leurs marges d’erreur.

J’arrivais réussi à m’en sortir en faisant des graphiques en chandeliers comme on utilise pour représenter l’évolution des cours boursiers, mais Martin trouvait ça laid. Pour plaire donc à la moitié responsable du visuel de notre duo, j’ai donc sorti l’artillerie lourde: j’ai programmé le graphique dans le logiciel libre d’analyse statistique R.

Après plusieurs heures de gossage, ç’a donné ceci2:

Intentions de vote avant répartition avec marge d'erreur dans les sondages complétés entre le 20 et le 28 août 2018

Le point situe le résultat du parti dans le sondage. Le trait vertical, délimité par deux barres horizontales, indique l’intervalle de confiance si on tient compte de la marge d’erreur à 95% (ou 19 fois sur 20). On constate que les traits en haut sont plus longs que les traits en bas. Comme on l’a rappelé au début, la marge d’erreur augmente avec la proportion (ou plutôt sa proximité à 50%).

On voit ainsi en comparant les scores des différents partis verticalement au sein d’un même sondage que:

  • dans CROP, la CAQ et le PLQ sont à égalité statistique;
  • dans Forum, le PLQ est plutôt à égalité statistique avec le PQ (et la CAQ loin devant);
  • dans Léger, les intentions de vote pour la CAQ et le PLQ se chevauchent, donc sont à égalité statistique comme dans CROP.

Différences de mode de collecte de données

Bryan Breguet de Too Close To Call s’est penché jeudi sur les scores qui divergent d’un sondage à l’autre dans un billet intitulé «Québec Solidaire à 8 ou 14%?». Il est troublé par le fait que la divergence suit la différence dans le mode de collecte de données:

Intentions de vote pour QS avec marge d'erreur avant répartition dans les sondages complétés entre le 20 et le 28 août 2018

On constate que trois sondages situent le parti sous la barre des 10% et deux, ceux qui sont effectués par appels automatisés, sont au-dessus. Plus important encore: les résultats de ces deux groupes ne se chevauchent pas, même si on tient compte de la marge d’erreur. (Aucune des barres horizontales ne touche à la ligne des 10%.)

Mainstreet et Forum, qui utilisent des appels automatisés, obtiennent donc des résultats significativement plus élevés que CROP et Léger, qui utilisent des panels Web, et Ipsos. Cette dernière firme combine une collecte de données en ligne avec la bonne vieille méthode des êtres humains qui appellent d’autres êtres humains pour leur poser des questions.

Pareil, pas pareil?

Bryan a fait 10000 simulations pour conclure que soit Mainstreet, soit Léger se trompe. Il a supposé que les intentions de vote «réelles» à l’égard de Québec solidaire se situaient à 10%. Il a simulé pour une taille d’échantillon de 1010 personnes sondées, comme dans Léger.

Sur l’axe horizontal, on trouve les intentions de vote de Québec solidaire (centrées à 10% parce que c’est l’hypothèse de départ). Sur l’axe vertical, c’est le nombre de simulations pour lesquelles Québec solidaire obtenait un pourcentage donné.

Distribution de 10000 simulations
avec QS à 10% et une taille d’échantillon de 1010

Distribution de 10000 simulations avec QS à 10% et une taille d’échantillon de 1010
Source: Breguet, Bryan. «@Alex_Blanchet Voici la distribution de 10000 simulations avec QS à 10% et taille d’échantillon de 1010. Est-ce possible d’etre sous les 8? oui mais peu probable. Et être au-dessus de 13 (avec taille ech de 2650) est quasi impossible». Tweet. @2closetocall, 30 août 2018.

Léger a Québec solidaire à 6%: on voit que très peu de simulations placent le parti de gauche sous les 7%. Pour Mainstreet, Bryan utilise les données des sondages quotidiens (pour lesquels l’accès est payant). Québec solidaire était alors à 13,1% (il a depuis passé la barre des 15%). Encore une fois, à peu près aucune simulation n’obtenait des résultats aussi hauts.

Un effet que sur les intentions de vote pour Québec solidaire

Si on regarde les résultats pour les autres partis, on constate qu’il n’y a pas de biais systématique en fonction du mode de collecte des données.

Forum (qui utilise des appels automatisés) place la Coalition avenir Québec et le Parti québécois loin devant les autres, au-delà des marges d’erreur.

Intentions de vote pour la CAQ avec marge d'erreur avant répartition dans les sondages complétés entre le 20 et le 28 août 2018 Intentions de vote pour le PQ avec marge d'erreur avant répartition dans les sondages complétés entre le 20 et le 28 août 2018

Quant au Parti libéral, c’est CROP qui le place anormalement haut.

Intentions de vote pour le PLQ avec marge d'erreur avant répartition dans les sondages complétés entre le 20 et le 28 août 2018

On va donc surveiller de près l’évolution des différences entre les intentions de vote mesurées par les différentes maisons de sondage. Elles ne semblent toutefois importantes que pour déterminer la composition de l’Assemblée nationale puisque l’identité du gouvernement semble déjà déterminée: le billet d’hier sur Too Close To Call s’intitule «La CAQ a plus de 99% de chances de gagner!» (toujours si l’élection se tenait aujourd’hui).

Données sources

Vous pouvez consulter le tableur qui a permis de faire les graphiques sur Google Spreadsheets.

Notes

Réaction

Marge d’erreur et sondages divergents

Il semble que Bryan Breguet avait répondu un peu trop rapidement mardi au tweet de Marc-Antoine Berthiaume. Ce dernier avait soulevé les divergences énormes entre les sondages de Léger et de Mainstreet sur les intentions de vote des jeunes de 18 à 34 ans à l’égard de Québec solidaire. (Pour savoir de quoi je parle ou vous rafraîchir la mémoire, lisez mon billet de mercredi, «Le vote des jeunes et la variabilité des sondages».)

Les hauts dirigeants de Mainstreet ont lancé une campagne sur Twitter pour réitérer leur confiance en leurs résultats (et au passage dire que Léger est dans l’champ). Voici un de leurs plus récents tweets en date:

Nous assistons à une croissance réelle de QS au cours des derniers jours. Nous le ressentons de manière anecdotique, et nous le voyons dans nos sondages nocturnes. Quelque chose est en train de se passer.1

(On suppose que par «sondages nocturnes», le vice-président de Mainstreet veut dire «nightly polls», ou sondages effectués tous les soirs.)

Une observatrice, Suzanne Lachance, ancienne porte-parole du Rassemblement pour l’alternative progressiste (RAP), un des grands-parents de Québec solidaire, a résumé la situation:

Bon, en plus des querelles de politiciens, nous avons droit aux querelles de sondeurs… 😉2

Les simulations de Bryan

Pour en avoir le cœur net, Bryan a fait 20000 simulations en supposant que les «vraies» intentions de vote pour QS dans le groupe d’âge se situaient en fait à la moyenne entre les deux sondages: 18,4%. Il a supposé une taille de sous-échantillon de 150 personnes (la taille de celui de Léger).

Il a trouvé que c’était hautement improbable, sans être complètement impossible, que, si QS est vraiment à 18,4% chez les 18 à 34 ans, un sondage trouve 8% et l’autre, 25,9%. Le diagramme à barres ci-dessous montre le nombre de simulations de sondage (axe vertical) pour lesquelles un certain score (axe horizontal) d’intentions de vote pour QS chez les jeunes de 18 à 34 ans a été obtenu.

Simulations au sujet des intentions de vote des 18 à 34 ans à l'égard de Québec solidaire
Source: Breguet, Bryan. «Mais possiblement en raison des faibles tailles d’échantillons (150 chez Léger, 525 chez Mainstreet, les autres entre les deux). J’ai fait 20,000 simulations avec #QS en centrant à la moyenne des sondages (18.4%). Taille d’échantillon théorique pour les simulations: 150». Tweet. @2closetocall, 30 août 2018.

Il conclut donc que l’un des deux sondages est probablement dans l’champ (mais y’a pas moyen de savoir lequel parce que ça prendrait une élection là là, pas dans un mois).

En réalité, les appuis de QS chez les 18 à 34 ans doivent être soient plus élevés, soient plus bas que 18,4%. S’ils sont plus élevés, la courbe serait décalée vers la droite, et le score de Mainstreet (25,9%) ne serait plus aussi improbable. À l’inverse, s’ils sont plus bas, la courbe serait décalée vers la gauche, et le score de Léger (8%) ne serait plus aussi improbable.

Léger et Mainstreet sont les extrêmes, mais ni l’un ni l’autre n’est complètement seul:

Diagramme à bandes des intentions de vote pour QS chez les 18 à 34 ans pour chacune des cinq firmes de sondage
Source: Breguet, Bryan. «Ok, dernier regard sur les 18-34 ans pour @QuebecSolidaire et les différences entre sondeurs. Tout d’abord, voici le score de QS aprmi les 18-34 ans (électeurs décidés et enclin) chez les 5 firmes.». Tweet. @2closetocall, 30 août 2018.

Il résume donc la situation ainsi:

En conclusion: les différences observées entre sondeurs pour QS chez les 18-34 ans ne peuvent pas être complètement expliquées par les marges d’erreur et tailles d’échantillons. Il y a quelque chose d’autre. Après, j’avoue ne pas avoir d’explication actuellement.3

Mais qu’est-ce que cette marge d’erreur dont il parle? Est-ce que c’est toujours ±3, 19 fois sur 20?

Composition de la marge d’erreur

Ok, je vais mettre une formule pour les personnes à qui ça parle, mais n’ayez pas peur, je saute directement aux implications ensuite.

La marge d’erreur à 95% (donc 19 fois sur 20), c’est 1,96 écart-type ou:

Formule de la marge d'erreur à 95%
p est une proportion (le pourcentage qu’obtient le choix de réponse dans le sondage: 8% dans Léger et 25,9% dans Mainstreet) et n est la taille de l’échantillon (le nombre de personnes sondées).

Ça veut dire que:

  • La marge d’erreur est indépendante de la taille de la population qu’on veut étudier: qu’on cherche à connaître l’opinion dans une seule circonscription ou dans l’ensemble du Québec ne change rien à la marge d’erreur d’un sondage donné.

Autrement dit, ce n’est pas parce qu’on étudie une plus petite population qu’on peut se permettre d’avoir un plus petit échantillon: la marge d’erreur dépend de la taille de l’échantillon, pas de la taille de la population.

  • La marge d’erreur augmente quand la taille de l’échantillon diminue (ça, c’est assez intuitif).
  • La marge d’erreur dépend aussi du résultat obtenu au sondage (la proportion): plus le pourcentage est bas (ou s’éloigne de 50%, pour être plus exacte), plus petite est la marge d’erreur. Ce n’est donc pas toujours ± 3 (ou la marge d’erreur indiquée au début du sondage), 19 fois sur 20.

L’intervalle de confiance s’étend de la valeur du pourcentage obtenu moins la marge d’erreur à la valeur de ce même pourcentage plus la marge d’erreur.

Visualiser la marge d’erreur

Les graphiques de Qc125 rapportant les résultats des sondages ne représentent pas la marge d’erreur et donnent l’impression d’une variation dans le temps (avec le trait qui relie les observations). Je n’aime pas ces choix de représentation graphique.

Comparaison des intentions de vote du 10 au 21 août 2018 telle que présentée par Qc125
Source: Fournier, Philippe J. «La CAQ se maintient en territoire majoritaire». L’actualité, 27 août 2018.

Au moins, la visualisation contient toute l’information nécessaire pour calculer les marges d’erreur de chaque observation: le pourcentage (p) est indiqué dans les cercles et la taille de l’échantillon (n) se trouve au bas de chaque «colonne» (au-dessus du mode de collecte de données et les dates de terrain, qui n’influencent pas la marge d’erreur4).

Dans mon prochain billet, je propose une façon légèrement différente de visualiser les résultats des sondages et discuter plus en profondeur des différences entre maisons de sondage.

Notes

Réaction

Le vote des jeunes et la variabilité des sondages

Je me suis réveillée ce matin avec ceci dans mon fil Facebook:

Diagramme en bandes des intentions de vote des 18-34 ans auquel il a été ajouté «qui répondent au téléphone» superposé au-dessus d'une image de Ozzy Osbourne qui dit «What the fuck is that?» lorsque sonne un téléphone
Source: Franjeançois Vrobençal, Facebook

En haut, on trouve un diagramme en barres tiré d’un article du Devoir paru hier soir à 21h121 et amendé par Jean-François Provençal des Appendices. En bas, on retrouve ce qu’on appelle un meme. On y voit une image de l’émission de télé-réalité The Osbournes dans laquelle le métalleux déchu Ozzy Osbourne ne sait pas ce qui se passe lorsque le téléphone sonne2.

Il faut lire jusqu’au bout

L’ajout de «qui répondent au téléphone» après «18-34 ans» suppose que les sondages sont encore menés en appelant des numéros de téléphone tirés au hasard du bottin. Comme j’ai expliqué dans la section Sondages du b.a.-ba des élections, les maisons de sondage ont développé des nouvelles méthodologies pour s’adapter aux nouvelles habitudes communicationnelles.

Et justement, si on lit l’article du Devoir jusqu’à la fin, on retrouve cet encadré concernant la méthodologie:

Méthodologie

Le nouveau sondage Web de Léger a été réalisé auprès de 1010 Québécois ayant le droit de vote du 24 au 28 août, alors que la campagne était commencée. Par comparaison, un échantillon probabiliste similaire aurait une marge d’erreur d’environ plus ou moins 3%, 19 fois sur 20. (je souligne)

Donc le «problème» avec ce sondage n’est pas une méthode périmée dans notre monde de téléphones intelligents.

Sondages divergents

Capture d'écran du Baromètre élections 2018 pour les 18-34 ans en date du 28 août 2018
Source: Berthiaume, Marc-Antoine. Tweet. @maberthiaume2, 28 août 2018.

Marc-Antoine Berthiaume a soulevé sur Twitter un questionnement beaucoup plus pertinent:

Comment expliquer que chez @leger360, pour les 18-34 ans, #QS arrive en 5ème place avec 8% et que @MainStResearch place en 2ème position avec 23,4%? C’est un écart de 15,4%!

Il contraste ainsi le diagramme du Devoir basé sur les données du sondage Léger avec les données du Baromètre élections 2018 de Mainstreet. Cet outil est financé par le Groupe Capitales Médias qui regroupe des quotidiens francophones de Gesca (filiale de Power Corporation) qui ont été rachetés par Martin Cauchon3. L’abonnement pour les particuliers est payant4.

Bryan Breguet de Too Close To Call lui a répondu:

Facile: tailles d’échantillon petites. Donc variance est grande

mais a rapidement ajouté:

Cela étant dit la différence est un peu grande ici, je l’avoue

Regardons de plus près en plaçant les données côte à côte:

Mainstreet
avant répartition
Léger5
après répartition
Écart
n pondéré = 602 (sur 2350) 165 (sur 1012)
CAQ 25,3% 26% +1
QS 23,4% 8% -15
PLQ 22,1% 35% +13
PQ 12,1% 16% +4
PVQ 4,7% 9% +4
PCQ 1,2% 3% +2
NPDQ 3% +3
Autres 1,6% 0% -2
Indécis 9,7%

On constate tout d’abord que les données de Mainstreet sont avant répartition puisqu’elles comprennent un pourcentage de personnes indécises. Les résultats ventilés de Léger sont toujours après répartition.

Il est donc normal que les pourcentages de Léger soient plus élevés que ceux de Mainstreet: la somme des intentions de vote pour Léger est de 100% tandis qu’elle est de 90% dans Mainstreet6. Ça explique tout le bleu qu’on retrouve dans la colonne qui indique la différence entre les deux.

On peut par ailleurs supposer que la présence de 1,6% de jeunes qui ont l’intention de voter pour un autre parti dans Mainstreet et leur absence dans Léger est compensé par la présence dans ce dernier sondage de 3% de jeunes qui voteraient pour le NPD Québec. Autrement dit, probablement qu’une bonne part des jeunes qui voteraient pour un «autre» parti dans Mainstreet voterait en fait pour le NPD Québec.

Sauf que ce n’est pas cette différence qui a fait sursauter les Zinternetz. En plaçant les données côte à côte et en ordonnant les partis en fonction de leur score dans Mainstreet, on voit immédiatement là où les sondages divergent: les intentions de vote pour Québec solidaire et pour le Parti libéral du Québec (toujours chez les 18 à 34 ans).

Alexandre Blanchet, docteur en science politique, démontre bien l’incertitude inhérente aux sondages dans un exposé intitulé «Sous le capot des sondages: Un petit guide pour les journalistes et autres geeks». (Attention: les deux fois que j’ai ouvert la page, elle semble avoir fait planter ma connexion Internet.)

la bonne question à se poser n’est souvent pas de savoir quel sondage est meilleur qu’un autre, mais plutôt de savoir de quelle réalité il est le plus probable que ces sondages émanent. Les sondages sont une manifestation de la réalité qui nous intéresse. Ils en sont une manifestation plus ou moins précise, et parfois plusieurs réalités différentes pourront être cohérentes avec les sondages que nous observons. Avec le scénario de l’élection de 2003 où la réalité était claire et nette, nous avons obtenu des sondages qui étaient eux aussi très clairs: le PLQ menait, le PQ était deuxième et l’ADQ était troisième. Avec le scénario de l’élection de 2012, où les intentions de vote étaient beaucoup plus serrées, plusieurs réalités étaient concordantes avec les sondages que nous obtenions.7

En effet, les sondages peuvent changer sans que la réalité sous-jacente ne change.

En attendant que j’aie le temps de me plonger dans le sondage de Léger, je vous invite à lire le délicieux article de The Gazette sur le sujet, qui conclut en disant que:

many Quebecers are still indulging in a favourite pastime, which is to vote strategically8

(Le débat a continué sur Twitter: pour savoir où il en est rendu, il suffit de lire le billet suivant, «Marge d’erreur et sondages divergents».)

Notes

Réaction

Pas tous égaux, les «petits partis»

Hier, La Presse a publié un dossier sur les «petits partis». Amin Guidara offre un «[t]our d’horizon» axé sur une entrevue avec l’avocat beauceron Hans Mercier, chef du Parti 51, qui prône l’annexion du Québec aux États-Unis1. On retrouve ensuite 16 paragraphes présentant les partis en ordre alphabétique (sauf le Parti vert du Québec, qui apparaît en deuxième?).

Ça m’a semblé foncièrement injuste d’énumérer de manière indifférenciée un parti qui présente des candidatures depuis près de 30 ans (le Parti marxiste-léniniste du Québec), des partis comme le Nouveau Parti démocratique du Québec pour lesquels les sondeurs demandent les intentions de vote et ceux, comme le Parti culinaire du Québec, dont je n’avais pas entendu parler parce que je n’avais pas lu l’article de la Presse canadienne sur le sujet2.

En tant qu’organisatrice d’un parti qui a déjà été «petit», j’aimerais vous offrir un portrait plus nuancé mettant en valeur les forces organisationnelles de celles d’entre ces formations politiques qui en ont.

Le financement comme mesure de la force organisationnelle

Plutôt que de partir de la liste des 21 partis politiques autorisés par le Directeur général des élections (DGEQ), j’ai téléchargé les données disponibles publiquement concernant les dons aux partis politiques pour 2018. J’ai ainsi obtenu une liste de 18 partis, dont deux ne sont plus autorisés (le Parti union nationale et le Parti indépendantiste). Cinq partis autorisés n’ont donc amassé aucun don.

Partis Date d’autorisation3 20144 2018
Candidatures Résultats    Dons5 Intentions de vote6
CAQ 14 février 2012 122 23,05% 528 848 $ 37,2%
PLQ 22 février 19787 125 41,52% 684 933 $ 30,3%
PQ 22 février 19788 124 25,38% 964 402 $ 17,9%
QS 1 janvier 20189 124 7,63% 406 376 $ 10,2%
NPD Québec 30 janvier 2014 27 260 $ 0,8%
Parti conservateur du Québec 25 mars 2009 59 0,39% 20 150 $ 0,9%
Parti vert du Québec 14 novembre 2001 44 0,55% 6 390 $ 1,5%
Parti marxiste-léniniste du Québec 5 mai 1989 24 0,05% 5 855 $
Bloc Pot 18 mars 1998 14 0,06% 5 779 $
Citoyens au pouvoir du Québec 13 juin 2012 5 0,03% 10 506 $
Parti 51 13 octobre 2016 831 $
Parti libre 2 décembre 2016 600 $
Parti union nationale10 3 0,01% 500 $
Équipe autonomiste 21 mars 2012 5 0,01% 460 $
Québec en marche 29 novembre 2017 275 $
Parti indépendantiste11 1 0,00% 205 $
Québec cosmopolitain 22 juin 2018 100 $
Parti équitable 20 février 2012 5 0,04% 5 $

Pour obtenir une perspective historique, j’ai transcrit les dates d’autorisation indiquées sur le site du DGEQ ainsi que la performance aux dernières élections générales.

Le Parti Vert du Quebec est présentement à la recherche de candidat-e-s dans la majorité des régions du Québec! En apprendre plus →
Source: Capture d’écran du https://www.pvq.qc.ca/ effectuée le 28 août 2018.

La performance d’un «petit parti» se mesure tant à son score dans le vote populaire qu’aux nombres de candidatures qu’il a été en mesure de présenter. (D’ailleurs, voici comment faire pour vous présenter: vous avez jusqu’au 15 septembre 2018 à 14h.)

J’ai également ajouté, pour les partis pour lesquels des données existent, les intentions de vote en date du 27 août 2018 selon Too Close To Call.

Je vois dans ce tableau quatre catégories de partis:

les «grands» partis,
qui sont représentés à l’Assemblée nationale (que nous ignorerons dans ce billet);
les partis à surveiller,
qui ne sont pas représentés à l’Assemblée nationale mais apparaissent aux questionnaires des sondeurs;
les «petits partis» historiques,
qui existent depuis plus de 20 ans;
les nouveaux «petits partis»,
qui ont six ans et moins.

Je vois surtout dans cette dernière catégorie une grosse surprise.

Partis à surveiller

Je vais passer rapidement par-dessus les partis qui ne sont pas représentés à l’Assemblée nationale, mais pour lesquels les maisons de sondage demandent les intentions de vote. J’y reviendrai plus en profondeur quand nous saurons le nombre exact de candidatures qu’ils présentent.

Partis Date d’autorisation 2014 2018
Candidatures Résultats    Dons Intentions de vote
NPD Québec 30 janvier 2014 27 260 $ 0,8%
Parti conservateur du Québec 25 mars 2009 59 0,39% 20 150 $ 0,9%
Parti vert du Québec 14 novembre 2001 44 0,55% 6 390 $ 1,5%

J’ai ordonné les partis en fonction de la somme des dons qu’ils ont récoltés depuis le début de 2018.

Vous remarquerez toutefois que cette donnée semble présentement inversement proportionnelle aux intentions de vote. D’une part, les intentions de vote pour les tiers partis fluctuent beaucoup d’un sondage à l’autre (à leur échelle). D’autre part, on constate à la vue des résultats de 2014 que le Parti vert s’en est mieux tiré que le Parti conservateur du Québec avec moins de candidatures.

J’y vois deux explications: l’attrait du Parti vert auprès des non-francophones et l’image de marque facilement reconnaissable (brand recognition) de son nom (et qui m’a toujours rendue jalouse comme solidaire). En effet, la majorité de la population associe facilement le fait de voter vert (ou Green) à la protection de l’environnement sans avoir besoin d’aller lire la plateforme du parti. (Le positionnement idéologique des partis verts sur d’autres enjeux varient beaucoup d’une organisation à l’autre.)

Nous plongerons plus en profondeur dans les intentions de vote à une autre occasion (c’est fait!).

Partis historiques

Le Parti marxiste-léniniste du Québec (PMLQ) et le Bloc Pot sont des institutions des élections générales québécoises depuis respectivement 1989 et 1998.

Partis Date d’autorisation 2014 2018
Candidatures Résultats    Dons Intentions de vote
Parti vert du Québec 14 novembre 2001 44 0,55% 6 390 $ 1,5%
Parti marxiste-léniniste du Québec 5 mai 1989 24 0,05% 5 855 $
Bloc Pot 18 mars 1998 14 0,06% 5 779 $

Avec un financement d’environ 5 800 $ chacun depuis le début de l’année, ces partis sont en fait tout près du Parti vert du Québec. Ce dernier obtient néanmoins dix fois plus de voix en ne présentant que deux à trois fois plus de candidatures.

Pour l’instant, le PMLQ présente 25 candidatures et le Bloc Pot, neuf candidats et une seule candidate. On les retrouve à Montréal, sur la Rive-Sud, sur la Rive-Nord, dans la Capitale-Nationale et en Outaouais.

Nouveaux partis

J’ai trouvé dans les nouveaux partis une surprise importante: le degré de financement du parti Citoyens au pouvoir du Québec qui, avec ses 10 000 $, se classe 7e, devant le Parti vert.

Partis Date d’autorisation 2014 2018
Candidatures Résultats    Dons
Citoyens au pouvoir du Québec 13 juin 2012 5 0,03% 10 506 $
Parti 51 13 octobre 2016 831 $
Parti libre 2 décembre 2016 600 $
Parti union nationale 3 0,01% 500 $
Équipe autonomiste 21 mars 2012 5 0,01% 460 $
Québec en marche 29 novembre 2017 275 $
Parti indépendantiste 1 0,00% 205 $
Québec cosmopolitain 22 juin 2018 100 $
Parti équitable 20 février 2012 5 0,04% 5 $

Une visite sur le site Web de l’ancien parti du syndicaliste Bernard «Rambo» Gauthier donne l’impression que l’objectif est de présenter 125 candidatures. En effet, les 125 circonscriptions se succèdent en ordre alphabétique accompagnées soit du nom et de la photo de la candidature annoncée, soit d’une image indiquant qu’une candidature est recherchée.

Quinze circonscriptions incluant trois candidatures, les autres recherchées
Source: Capture d’écran du https://www.citoyensaupouvoir.ca/vos-candidats effectuée le 28 août 2018.

Avec ses 48 candidatures affichées, le parti Citoyens au pouvoir devance déjà confortablement les tiers partis historiques: ce nombre se situe même entre le nombre de candidatures présentées par le Parti vert et le Parti conservateur en 2014.

Le Parti vert et le Parti conservateur s’enlignent néanmoins pour faire de meilleures performances cette année, annonçant déjà respectivement 70 et 90 candidatures. Le NPD Québec de son côté semble mal parti. Malgré son avance dans les partis non représentés à l’Assemblée nationale en matière de dons, il n’a que 31 candidatures affichées sur son site Web.

Citoyens au pouvoir, un parti à surveiller?

Le parti Citoyens au pouvoir a récolté des sommes 40% plus élevées que le Parti vert. Il a déjà annoncé des candidatures pour près de 40% des circonscriptions pendant que le NPD Québec n’en a que pour 25%.

Pourquoi donc est-ce que les maisons de sondage n’incluent pas le parti Citoyens au pouvoir lorsqu’elles évaluent les intentions de vote?

Notes