Réaction

Le vote des jeunes et la variabilité des sondages

Je me suis réveillée ce matin avec ceci dans mon fil Facebook:

Diagramme en bandes des intentions de vote des 18-34 ans auquel il a été ajouté «qui répondent au téléphone» superposé au-dessus d'une image de Ozzy Osbourne qui dit «What the fuck is that?» lorsque sonne un téléphone
Source: Franjeançois Vrobençal, Facebook

En haut, on trouve un diagramme en barres tiré d’un article du Devoir paru hier soir à 21h121 et amendé par Jean-François Provençal des Appendices. En bas, on retrouve ce qu’on appelle un meme. On y voit une image de l’émission de télé-réalité The Osbournes dans laquelle le métalleux déchu Ozzy Osbourne ne sait pas ce qui se passe lorsque le téléphone sonne2.

Il faut lire jusqu’au bout

L’ajout de «qui répondent au téléphone» après «18-34 ans» suppose que les sondages sont encore menés en appelant des numéros de téléphone tirés au hasard du bottin. Comme j’ai expliqué dans la section Sondages du b.a.-ba des élections, les maisons de sondage ont développé des nouvelles méthodologies pour s’adapter aux nouvelles habitudes communicationnelles.

Et justement, si on lit l’article du Devoir jusqu’à la fin, on retrouve cet encadré concernant la méthodologie:

Méthodologie

Le nouveau sondage Web de Léger a été réalisé auprès de 1010 Québécois ayant le droit de vote du 24 au 28 août, alors que la campagne était commencée. Par comparaison, un échantillon probabiliste similaire aurait une marge d’erreur d’environ plus ou moins 3%, 19 fois sur 20. (je souligne)

Donc le «problème» avec ce sondage n’est pas une méthode périmée dans notre monde de téléphones intelligents.

Sondages divergents

Capture d'écran du Baromètre élections 2018 pour les 18-34 ans en date du 28 août 2018
Source: Berthiaume, Marc-Antoine. Tweet. @maberthiaume2, 28 août 2018.

Marc-Antoine Berthiaume a soulevé sur Twitter un questionnement beaucoup plus pertinent:

Comment expliquer que chez @leger360, pour les 18-34 ans, #QS arrive en 5ème place avec 8% et que @MainStResearch place en 2ème position avec 23,4%? C’est un écart de 15,4%!

Il contraste ainsi le diagramme du Devoir basé sur les données du sondage Léger avec les données du Baromètre élections 2018 de Mainstreet. Cet outil est financé par le Groupe Capitales Médias qui regroupe des quotidiens francophones de Gesca (filiale de Power Corporation) qui ont été rachetés par Martin Cauchon3. L’abonnement pour les particuliers est payant4.

Bryan Breguet de Too Close To Call lui a répondu:

Facile: tailles d’échantillon petites. Donc variance est grande

mais a rapidement ajouté:

Cela étant dit la différence est un peu grande ici, je l’avoue

Regardons de plus près en plaçant les données côte à côte:

Mainstreet
avant répartition
Léger5
après répartition
Écart
n pondéré = 602 (sur 2350) 165 (sur 1012)
CAQ 25,3% 26% +1
QS 23,4% 8% -15
PLQ 22,1% 35% +13
PQ 12,1% 16% +4
PVQ 4,7% 9% +4
PCQ 1,2% 3% +2
NPDQ 3% +3
Autres 1,6% 0% -2
Indécis 9,7%

On constate tout d’abord que les données de Mainstreet sont avant répartition puisqu’elles comprennent un pourcentage de personnes indécises. Les résultats ventilés de Léger sont toujours après répartition.

Il est donc normal que les pourcentages de Léger soient plus élevés que ceux de Mainstreet: la somme des intentions de vote pour Léger est de 100% tandis qu’elle est de 90% dans Mainstreet6. Ça explique tout le bleu qu’on retrouve dans la colonne qui indique la différence entre les deux.

On peut par ailleurs supposer que la présence de 1,6% de jeunes qui ont l’intention de voter pour un autre parti dans Mainstreet et leur absence dans Léger est compensé par la présence dans ce dernier sondage de 3% de jeunes qui voteraient pour le NPD Québec. Autrement dit, probablement qu’une bonne part des jeunes qui voteraient pour un «autre» parti dans Mainstreet voterait en fait pour le NPD Québec.

Sauf que ce n’est pas cette différence qui a fait sursauter les Zinternetz. En plaçant les données côte à côte et en ordonnant les partis en fonction de leur score dans Mainstreet, on voit immédiatement là où les sondages divergent: les intentions de vote pour Québec solidaire et pour le Parti libéral du Québec (toujours chez les 18 à 34 ans).

Alexandre Blanchet, docteur en science politique, démontre bien l’incertitude inhérente aux sondages dans un exposé intitulé «Sous le capot des sondages: Un petit guide pour les journalistes et autres geeks». (Attention: les deux fois que j’ai ouvert la page, elle semble avoir fait planter ma connexion Internet.)

la bonne question à se poser n’est souvent pas de savoir quel sondage est meilleur qu’un autre, mais plutôt de savoir de quelle réalité il est le plus probable que ces sondages émanent. Les sondages sont une manifestation de la réalité qui nous intéresse. Ils en sont une manifestation plus ou moins précise, et parfois plusieurs réalités différentes pourront être cohérentes avec les sondages que nous observons. Avec le scénario de l’élection de 2003 où la réalité était claire et nette, nous avons obtenu des sondages qui étaient eux aussi très clairs: le PLQ menait, le PQ était deuxième et l’ADQ était troisième. Avec le scénario de l’élection de 2012, où les intentions de vote étaient beaucoup plus serrées, plusieurs réalités étaient concordantes avec les sondages que nous obtenions.7

En effet, les sondages peuvent changer sans que la réalité sous-jacente ne change.

En attendant que j’aie le temps de me plonger dans le sondage de Léger, je vous invite à lire le délicieux article de The Gazette sur le sujet, qui conclut en disant que:

many Quebecers are still indulging in a favourite pastime, which is to vote strategically8

(Le débat a continué sur Twitter: pour savoir où il en est rendu, il suffit de lire le billet suivant, «Marge d’erreur et sondages divergents».)

Notes

Réaction

Pas tous égaux, les «petits partis»

Hier, La Presse a publié un dossier sur les «petits partis». Amin Guidara offre un «[t]our d’horizon» axé sur une entrevue avec l’avocat beauceron Hans Mercier, chef du Parti 51, qui prône l’annexion du Québec aux États-Unis1. On retrouve ensuite 16 paragraphes présentant les partis en ordre alphabétique (sauf le Parti vert du Québec, qui apparaît en deuxième?).

Ça m’a semblé foncièrement injuste d’énumérer de manière indifférenciée un parti qui présente des candidatures depuis près de 30 ans (le Parti marxiste-léniniste du Québec), des partis comme le Nouveau Parti démocratique du Québec pour lesquels les sondeurs demandent les intentions de vote et ceux, comme le Parti culinaire du Québec, dont je n’avais pas entendu parler parce que je n’avais pas lu l’article de la Presse canadienne sur le sujet2.

En tant qu’organisatrice d’un parti qui a déjà été «petit», j’aimerais vous offrir un portrait plus nuancé mettant en valeur les forces organisationnelles de celles d’entre ces formations politiques qui en ont.

Le financement comme mesure de la force organisationnelle

Plutôt que de partir de la liste des 21 partis politiques autorisés par le Directeur général des élections (DGEQ), j’ai téléchargé les données disponibles publiquement concernant les dons aux partis politiques pour 2018. J’ai ainsi obtenu une liste de 18 partis, dont deux ne sont plus autorisés (le Parti union nationale et le Parti indépendantiste). Cinq partis autorisés n’ont donc amassé aucun don.

Partis Date d’autorisation3 20144 2018
Candidatures Résultats    Dons5 Intentions de vote6
CAQ 14 février 2012 122 23,05% 528 848 $ 37,2%
PLQ 22 février 19787 125 41,52% 684 933 $ 30,3%
PQ 22 février 19788 124 25,38% 964 402 $ 17,9%
QS 1 janvier 20189 124 7,63% 406 376 $ 10,2%
NPD Québec 30 janvier 2014 27 260 $ 0,8%
Parti conservateur du Québec 25 mars 2009 59 0,39% 20 150 $ 0,9%
Parti vert du Québec 14 novembre 2001 44 0,55% 6 390 $ 1,5%
Parti marxiste-léniniste du Québec 5 mai 1989 24 0,05% 5 855 $
Bloc Pot 18 mars 1998 14 0,06% 5 779 $
Citoyens au pouvoir du Québec 13 juin 2012 5 0,03% 10 506 $
Parti 51 13 octobre 2016 831 $
Parti libre 2 décembre 2016 600 $
Parti union nationale10 3 0,01% 500 $
Équipe autonomiste 21 mars 2012 5 0,01% 460 $
Québec en marche 29 novembre 2017 275 $
Parti indépendantiste11 1 0,00% 205 $
Québec cosmopolitain 22 juin 2018 100 $
Parti équitable 20 février 2012 5 0,04% 5 $

Pour obtenir une perspective historique, j’ai transcrit les dates d’autorisation indiquées sur le site du DGEQ ainsi que la performance aux dernières élections générales.

Le Parti Vert du Quebec est présentement à la recherche de candidat-e-s dans la majorité des régions du Québec! En apprendre plus →
Source: Capture d’écran du https://www.pvq.qc.ca/ effectuée le 28 août 2018.

La performance d’un «petit parti» se mesure tant à son score dans le vote populaire qu’aux nombres de candidatures qu’il a été en mesure de présenter. (D’ailleurs, voici comment faire pour vous présenter: vous avez jusqu’au 15 septembre 2018 à 14h.)

J’ai également ajouté, pour les partis pour lesquels des données existent, les intentions de vote en date du 27 août 2018 selon Too Close To Call.

Je vois dans ce tableau quatre catégories de partis:

les «grands» partis,
qui sont représentés à l’Assemblée nationale (que nous ignorerons dans ce billet);
les partis à surveiller,
qui ne sont pas représentés à l’Assemblée nationale mais apparaissent aux questionnaires des sondeurs;
les «petits partis» historiques,
qui existent depuis plus de 20 ans;
les nouveaux «petits partis»,
qui ont six ans et moins.

Je vois surtout dans cette dernière catégorie une grosse surprise.

Partis à surveiller

Je vais passer rapidement par-dessus les partis qui ne sont pas représentés à l’Assemblée nationale, mais pour lesquels les maisons de sondage demandent les intentions de vote. J’y reviendrai plus en profondeur quand nous saurons le nombre exact de candidatures qu’ils présentent.

Partis Date d’autorisation 2014 2018
Candidatures Résultats    Dons Intentions de vote
NPD Québec 30 janvier 2014 27 260 $ 0,8%
Parti conservateur du Québec 25 mars 2009 59 0,39% 20 150 $ 0,9%
Parti vert du Québec 14 novembre 2001 44 0,55% 6 390 $ 1,5%

J’ai ordonné les partis en fonction de la somme des dons qu’ils ont récoltés depuis le début de 2018.

Vous remarquerez toutefois que cette donnée semble présentement inversement proportionnelle aux intentions de vote. D’une part, les intentions de vote pour les tiers partis fluctuent beaucoup d’un sondage à l’autre (à leur échelle). D’autre part, on constate à la vue des résultats de 2014 que le Parti vert s’en est mieux tiré que le Parti conservateur du Québec avec moins de candidatures.

J’y vois deux explications: l’attrait du Parti vert auprès des non-francophones et l’image de marque facilement reconnaissable (brand recognition) de son nom (et qui m’a toujours rendue jalouse comme solidaire). En effet, la majorité de la population associe facilement le fait de voter vert (ou Green) à la protection de l’environnement sans avoir besoin d’aller lire la plateforme du parti. (Le positionnement idéologique des partis verts sur d’autres enjeux varient beaucoup d’une organisation à l’autre.)

Nous plongerons plus en profondeur dans les intentions de vote à une autre occasion (c’est fait!).

Partis historiques

Le Parti marxiste-léniniste du Québec (PMLQ) et le Bloc Pot sont des institutions des élections générales québécoises depuis respectivement 1989 et 1998.

Partis Date d’autorisation 2014 2018
Candidatures Résultats    Dons Intentions de vote
Parti vert du Québec 14 novembre 2001 44 0,55% 6 390 $ 1,5%
Parti marxiste-léniniste du Québec 5 mai 1989 24 0,05% 5 855 $
Bloc Pot 18 mars 1998 14 0,06% 5 779 $

Avec un financement d’environ 5 800 $ chacun depuis le début de l’année, ces partis sont en fait tout près du Parti vert du Québec. Ce dernier obtient néanmoins dix fois plus de voix en ne présentant que deux à trois fois plus de candidatures.

Pour l’instant, le PMLQ présente 25 candidatures et le Bloc Pot, neuf candidats et une seule candidate. On les retrouve à Montréal, sur la Rive-Sud, sur la Rive-Nord, dans la Capitale-Nationale et en Outaouais.

Nouveaux partis

J’ai trouvé dans les nouveaux partis une surprise importante: le degré de financement du parti Citoyens au pouvoir du Québec qui, avec ses 10 000 $, se classe 7e, devant le Parti vert.

Partis Date d’autorisation 2014 2018
Candidatures Résultats    Dons
Citoyens au pouvoir du Québec 13 juin 2012 5 0,03% 10 506 $
Parti 51 13 octobre 2016 831 $
Parti libre 2 décembre 2016 600 $
Parti union nationale 3 0,01% 500 $
Équipe autonomiste 21 mars 2012 5 0,01% 460 $
Québec en marche 29 novembre 2017 275 $
Parti indépendantiste 1 0,00% 205 $
Québec cosmopolitain 22 juin 2018 100 $
Parti équitable 20 février 2012 5 0,04% 5 $

Une visite sur le site Web de l’ancien parti du syndicaliste Bernard «Rambo» Gauthier donne l’impression que l’objectif est de présenter 125 candidatures. En effet, les 125 circonscriptions se succèdent en ordre alphabétique accompagnées soit du nom et de la photo de la candidature annoncée, soit d’une image indiquant qu’une candidature est recherchée.

Quinze circonscriptions incluant trois candidatures, les autres recherchées
Source: Capture d’écran du https://www.citoyensaupouvoir.ca/vos-candidats effectuée le 28 août 2018.

Avec ses 48 candidatures affichées, le parti Citoyens au pouvoir devance déjà confortablement les tiers partis historiques: ce nombre se situe même entre le nombre de candidatures présentées par le Parti vert et le Parti conservateur en 2014.

Le Parti vert et le Parti conservateur s’enlignent néanmoins pour faire de meilleures performances cette année, annonçant déjà respectivement 70 et 90 candidatures. Le NPD Québec de son côté semble mal parti. Malgré son avance dans les partis non représentés à l’Assemblée nationale en matière de dons, il n’a que 31 candidatures affichées sur son site Web.

Citoyens au pouvoir, un parti à surveiller?

Le parti Citoyens au pouvoir a récolté des sommes 40% plus élevées que le Parti vert. Il a déjà annoncé des candidatures pour près de 40% des circonscriptions pendant que le NPD Québec n’en a que pour 25%.

Pourquoi donc est-ce que les maisons de sondage n’incluent pas le parti Citoyens au pouvoir lorsqu’elles évaluent les intentions de vote?

Notes

Réaction

Volatilité et probabilité d’aller voter

Dans leur balado de juin, Philippe J. Fournier de Qc125 et Alec Castonguay de L’Actualité discutaient de Laurier-Dorion, la circonscription où j’habite (et où Martin a été responsable du pointage durant la campagne de 2012). C’est la circonscription montréalaise au sud de la Métropolitaine entre l’Acadie et Papineau. Elle réunit deux quartiers très différents, séparés par un chemin de fer: Parc-Extension à l’ouest et Villeray à l’est.

Parc-Extension, c’est la place où manger du poulet au beurre (plus de l’agneau korma pour moi) et regarder des joueurs de cricket beaucoup plus compétents que dans La Grande Séduction.

Villeray, c’est des cafés qui donnent le choix entre du lait de vache, d’amande ou de soya et des bouchers qui font affaire directement avec des fermiers locaux. Bref, c’est comme le Plateau dans l’imaginaire de ben des gens. (Le Plateau est très différent de Villeray, mais je vais garder mes guerres de clocher de montréalo-centriste pour les visites avec les cousins et cousines.)

Donc, comme le disaient les gars à la balado politique de L’Actualité, Laurier-Dorion est une circonscription que Québec solidaire pourrait ravir aux libéraux si suffisamment de gens dans Parc-Extension restent à la maison. Jusque là, on est d’accord. Là où j’ai tiqué, c’est quand ils ont contrasté le potentiel manque de motivation de l’électorat allophone acquis au PLQ de Parc-Extension avec la supposément immanquable motivation de l’électorat solidaire dans Villeray:

Les partisans de Québec solidaire, là, ils ne restent pas à la maison. Quand t’es Québec solidaire, dans’ vie, la seule chose qui te reste, c’est d’aller voter. Ok? Parce que tu sais que tu vas pas gagner. Alors ils vont aller voter1.

C’est sans doute ce que porte à croire la ferveur des solidaires sur les médias sociaux, mais l’électorat de Québec solidaire est en fait le plus volatile de ceux des partis représentés à l’Assemblée nationale, and I have the numbers to prove it.

Source: «La politique provinciale au Québec». Léger, 18 août 2018, p. 7.

Québec solidaire est le seul parti représenté à l’Assemblée nationale dont plus de la moitié des gens qui ont l’intention de lui accorder leur vote pourrait changer d’idée. C’est presque toujours comme ça depuis que Léger a commencé à présenter les résultats pour l’électorat de Québec solidaire en 2012.

Un regard historique

Dans les dix sondages Léger pour lesquels nous avons des données sur QS, il n’y a qu’à trois reprises que l’électorat de CAQ est moins certain que celui de QS (31 juillet 2012, 31 août 2012 et 13 mars 2014). On constate par ailleurs que c’est généralement l’électorat du PQ qui est le plus solide.

Alors ils vont aller voter?

En plus d’être le plus volatile, l’électorat de Québec solidaire est moins enclin à aller voter que celui du Parti québécois ou de la Coalition avenir Québec. Il ressemble à cet égard à l’électorat du Parti libéral du Québec.

Source: «La politique provinciale au Québec». Léger, 18 août 2018, p. 39.

Sur cinq personnes qui ont répondu qu’elles avaient l’intention de voter pour Québec solidaire, quatre ont dit que c’était «certain» qu’elles iraient, mais une a dit que c’était «probable». Au Parti québécois, c’est juste une personne sur dix.

Ainsi, l’électorat qui dit dans les sondages qu’il a l’intention de voter pour Québec solidaire, c’est pas une gang de chevaliers et guerrières de la démocratie, toujours prête pour le combat. C’est du monde ordinaire qui se reconnaît dans le discours ou l’approche, mais pas tout à fait assez, dans bien des cas, pour se déplacer au bureau de scrutin ou pour concrétiser un changement d’allégeance.

Données sources

Vous pouvez consulter le tableur qui a permis de faire le graphique sur Google Spreadsheets.

Notes

Réaction

L’électorat est-il plus volatile qu’à l’habitude?

Le Journal de Montréal titrait samedi dernier «Du jamais-vu: 45% des électeurs peuvent encore changer d’idée»1.

Du jamais-vu: 45% des électeurs peuvent encore changer d'idée
Source: Alexandre Beaupré, Facebook

Est-ce que la conjoncture est si différente cette fois-ci? J’ai vérifié dans les sondages des dix dernières années. C’est beaucoup, 45% de l’électorat qui pourrait changer d’idée, mais c’est pas du jamais-vu:

Tout d’abord, le pourcentage de personnes qui répondent qu’il est probable qu’elles changent d’avis (bandes rouges) n’est pas la mesure la plus significative. En effet, c’est pas évident d’identifier la différence entre cette réponse-là (en rouge) et «Je ne sais pas» (en jaune) quand la question, c’est «Est-ce que votre choix est définitif?». Si 45% semble immense, c’est tout de même moins que la somme des «Ne sait pas» (24%) et des «Probable que je change d’avis» (25%) en mai dernier.

La mesure la plus significative, c’est plutôt la portion de gens qui affirment que leur choix est définitif. Comme on le constate sur le graphique avec les bandes bleues qui montent au cours d’une même année, puis redescendent au début de la prochaine année électorale, cette proportion augmente toujours au fil de la pré-campagne et de la campagne électorale.

L’autre fois où ça s’est produit…

Dans les sondages Léger des dix dernières années, outre cette année, cette mesure est passée une autre fois sous la barre des 50%: en janvier 2012. On était toutefois encore loin d’une campagne électorale. Le gouvernement libéral majoritaire avait été élu en décembre 2008: il restait donc un an à son mandat.

De plus, en janvier 2012, la grève étudiante se préparait, mais n’avait pas encore éclos dans l’univers médiatique. Elle n’avait donc pas encore polarisé la population québécoise.

Alors «45% des électeurs [qui] peuvent encore changer d’idée», ce n’est pas du jamais-vu, mais ce l’est aussi près d’une élection dans la dernière décennie.

Données sources

Vous pouvez consulter le tableur qui a permis de faire le graphique sur Google Spreadsheets.

Notes